Sans bracelet et sans attendre : Marine Le Pen lance déjà sa campagne avec Bardella en Sarthe

Hier soir, sur le plateau du 20 Heures de TF1, Marine Le Pen a tranché : elle sera bien candidate à la présidentielle. Une décision prise « tout de suite » après sa sortie de la cour d’appel de Paris, selon la députée RN Laure Lavalette. Reste une question qui agite toute la classe politique depuis 24 heures : dans quelles conditions concrètes cette campagne va-t-elle démarrer ?
Un déplacement en Sarthe pour ouvrir les hostilités
Le rendez-vous est fixé à 11h ce matin. Marine Le Pen effectue son premier déplacement officiel en tant que candidate sur un marché de La Flèche, sous-préfecture de la Sarthe remportée par le RN lors des dernières municipales. Un symbole assumé, à quelques mois d’une échéance nationale qui s’annonce déjà comme l’une des plus commentées, au même titre que les débats autour de la présidentielle de 2027.
Elle ne s’y rend pas seule. Jordan Bardella l’accompagne pour ce lancement de terrain, une présence qui confirme la stratégie de couple politique déjà éprouvée par le parti. Le choix d’un marché plutôt que d’un meeting fermé n’est pas anodin : c’est le format qu’affectionne le RN pour incarner la proximité, loin des joutes parisiennes qui occupent d’ordinaire les commentateurs, y compris quand elles concernent des sujets aussi éloignés que la réponse de Marine Le Pen à Mbappé sur la Ligue des champions.
Pourquoi elle ne portera pas de bracelet électronique
C’est le point que tout le monde attendait de clarifier. Marie-Suzanne Le Quéau, présidente de la cour d’appel de Paris, l’a confirmé sur le plateau de TF1 : « À partir du moment où il y a un pourvoi en cassation, je ne mettrai pas à exécution l’arrêt rendu par la cour d’appel. Donc Marine Le Pen débutera sa campagne sans bracelet. »
La nuance est de taille pour la suite du calendrier électoral. Si la Cour de cassation tranche avant la présidentielle, la candidate pourrait alors devoir porter un bracelet pour la fin de sa campagne. Tout se joue donc sur le tempo judiciaire, un scénario qui rappelle par certains aspects d’autres affaires où la justice croise le calendrier politique, comme celle qui a récemment secoué l’entourage d’Emmanuel Macron.
Son avocat, Me Rodolphe Bosselut, a détaillé ce matin sur France Inter les arguments qui seront soumis à la Cour de cassation : l’article 432-15 du code pénal, mais aussi « le moyen de prévisibilité et la règle du Parlement européen ». Il évoque une « décision très satisfaisante », qui laisse selon lui « aux électeurs le choix de trancher ».
La comparaison avec Bayrou qui agace le Modem

Depuis hier soir, Marine Le Pen martèle un parallèle : celui avec l’affaire des assistants parlementaires du Modem, dont François Bayrou a bénéficié d’une relaxe en 2024. Un rapprochement que le patron du Modem juge trompeur.
« Quand Mme Le Pen dit que ce sont les mêmes faits, ce n’est pas vrai. Je n’étais pas député européen », a-t-il répondu sur Sud Radio. Il ajoute : « Le jugement du tribunal dit chez nous qu’il n’y avait pas de système. » Son propre procès en appel, lui, doit se tenir en septembre prochain.
Face à ces contestations, l’avocate du Parlement européen, Me Bérénice de Warren, a tenu à rappeler la teneur exacte de la décision de justice concernant la présidente du RN. « Ce choix n’occulte pas la réalité de la décision de la cour d’appel. La cour d’appel a confirmé l’existence d’un système de détournement massif de fonds publics », a-t-elle affirmé, coupant court à toute tentative d’assimiler les deux dossiers. Un désaccord juridique qui, à défaut d’être tranché ce matin, promet d’occuper l’espace médiatique jusqu’au verdict de cassation, un peu comme d’autres tensions internes agitent régulièrement la ligne du RN sur d’autres dossiers.
Un marché en Sarthe, un bracelet suspendu à un pourvoi, une bataille de mots avec Bayrou : la campagne de Marine Le Pen démarre déjà à trois vitesses. Reste à savoir si la Cour de cassation aura le temps de trancher avant les urnes, ou si elle deviendra l’ombre portée de toute cette course à l’Élysée.