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Émeutes du 17 octobre : Laurent Nuñez remet sa démission à Macron, qui la rejette

Publié par Elodie le 19 Oct 2026 à 9:46

Samedi, des rues saccagées, des vitrines éventrées, un pays sidéré. Dimanche, le ministre de l’Intérieur a mis son poste sur la table. Ce lundi 19 octobre, l’Élysée a tranché, selon BFMTV, et la décision d’Emmanuel Macron comme la raison officielle qui l’accompagne en disent long sur l’état du pouvoir à six mois de la présidentielle.

Laurent Nunez

Marseille, 30 000 pilleurs et un ministre sous pression

Reprenons depuis le début. Samedi 17 octobre, la mobilisation a dégénéré dans de nombreuses villes, et les images ont sidéré le pays. Selon les autorités citées par BFMTV, Marseille a été frappée de plein fouet, avec jusqu’à 30 000 pilleurs recensés.

À Paris, la place de la République a servi d’épicentre. Dès le matin, des incidents avaient éclaté avant même le départ du cortège, un signe avant-coureur de ce qui allait suivre.

Le bilan officiel donne le vertige : 2 400 interpellations et près d’un millier de membres des forces de l’ordre blessés, d’après les autorités. Côté commerces, la Fédération du commerce et de la distribution évoque environ 1 500 magasins pris pour cible, pour des dégâts chiffrés à plusieurs centaines de millions d’euros.

La gestion de la crise a été étrillée, notamment par les maires de Paris, de Marseille et de Limoges. À gauche, on réclamait la démission du locataire de la place Beauvau. Laurent Nuñez, lui, est attendu à Marseille, ville la plus touchée.

Dimanche soir, le chef de l’État a pris la parole lors d’une allocution solennelle. Quelques phrases y ont marqué les esprits. Mais c’est ce qui s’est passé en coulisses qui a vraiment fait basculer la séquence.

Une allocution, des oppositions déchaînées et une démission sur la table

Dimanche soir, le président s’est adressé aux Français. « Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Nous ressentons tous (…) de la colère, de la honte. »

Il a aussi promis que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser », assurant que l’État serait « intraitable ». Des mots forts, prononcés à six mois de la présidentielle, sous le feu nourri des oppositions.

Marine Le Pen a dénoncé « une crise profonde de confiance, d’autorité, qui fait peser une menace sur la démocratie ». Jean-Luc Mélenchon, lui, a accusé Emmanuel Macron de jouer le « pourrissement ».

Pendant ce temps, la rue ne désarmait pas. En fin de journée, de nouveaux heurts ont éclaté place de la République, et des pillages ou tentatives de pillage ont été rapportés à Paris, Lyon et Marseille, selon l’AFP et les autorités. À Paris, la police a fait état de 92 interpellations vers minuit.

Il faut dire que le 17 octobre avait démarré sous haute tension, entre une fac en feu à Rouen et un important dispositif policier. Le risque était connu. Reste à savoir ce qui avait vraiment été anticipé.

C’est dans ce climat que Laurent Nuñez a pris sa décision. Selon BFMTV, le ministre de l’Intérieur a présenté sa démission à Emmanuel Macron dimanche. Et la réponse du président, tombée ce lundi 19 octobre, est un refus.

Rue déserte, vitrines brisées et débris au petit matin

« Commandement continu » : la raison officielle du refus, et la mission confiée à Nuñez

Pendant que de nouveaux affrontements et des pillages se poursuivaient place de la République, l’Élysée a rendu sa décision publique par communiqué.

Emmanuel Macron a choisi de reconduire le ministre « au nom de la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre dans le contexte actuel ». Le message est limpide : pas question de changer de chef en pleine crise.

Mais le maintien a un prix. Le président a demandé à Laurent Nuñez de déployer « au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d’action (…) en matière de lutte contre les casseurs ». Une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre, en somme, face à des violences qui ont sidéré le pays.

Le chef de l’État réclame aussi de la transparence. Il pointe « les défaillances d’anticipation et de renseignements » qui ont conduit aux émeutes et aux destructions. Le ministre est donc sauvé, mais il n’est pas blanchi.

Le contraste est frappant. D’un côté, une démission réclamée à gauche, des maires qui étrillent la gestion, des chiffres vertigineux. De l’autre, un président qui garde son ministre et lui fixe un cap.

Tout tient en trois points : un refus, une raison officielle, une feuille de route. La démission a été offerte, elle n’a pas été acceptée, et Laurent Nuñez doit désormais prouver que cette nouvelle approche fonctionne.

Cellule de crise, Bercy, tour de table : ce qui se joue dès ce lundi

Le dossier ne s’arrête pas à la place Beauvau. Dès 10h, le Premier ministre Sébastien Lecornu doit réunir une cellule interministérielle de crise, avec trois volets, selon Matignon : « économie-commerce », « assurance » et « suivi judiciaire ».

Emmanuel Macron lui a aussi confié une mission politique : réunir partis, syndicats, collectivités et parlementaires. Reste à voir ce que ces rencontres produiront.

Dès 9h, commerçants, distributeurs, hôteliers, restaurateurs, banques et assurances sont attendus à Bercy pour mesurer l’ampleur des dégâts matériels. Samedi, quelque 1 500 commerces ont été visés, selon la FCD.

À Lyon, le maire Grégory Doucet a appelé l’État, la région et la métropole à se mobiliser « très très vite » pour venir en aide aux commerçants. La question de l’aide aux victimes s’impose désormais.

Pour Laurent Nuñez, ce n’est pas la première fois que l’opposition lui met la pression, mais l’enjeu est cette fois d’une tout autre ampleur.

Reste l’équipe autour de lui : le ministre sauvé fait partie d’un gouvernement déjà scruté de près par les Français, et la suite de la séquence dira s’il tient.

Démission offerte, démission refusée : Emmanuel Macron a préféré un ministre sous surveillance à un fauteuil vacant en pleine crise. Pari risqué. Et si vous pensiez vos données à l’abri, le sort de 11,7 millions de demandeurs de passeport ou de carte d’identité pourrait vous faire réfléchir. Besoin de souffler ? Ce que contenait l’assiette des écoliers il y a 50 ans risque de vous laisser bouche bée.

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