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Ciao Energy de Squeezie, Léna Situations et Inoxtag : ce que trois nutritionnistes révèlent sur cette boisson « naturelle »

Publié par Cassandre le 11 Juin 2026 à 14:06

Début juin 2026, Squeezie, Léna Situations et Inoxtag ont lancé Ciao Energy, une boisson énergisante présentée comme « zero bullshit ». Moins de sucre, caféine végétale, zéro taurine : sur le papier, on a presque envie d’y croire. Sauf que trois diététiciens-nutritionnistes interrogés par Science & Vie cassent le mythe en quelques phrases — et ce qu’ils pointent sur la cible réelle du produit fait grincer des dents.

Caféine « naturelle » : pourquoi votre corps s’en fiche complètement

Le gros argument de vente de Ciao Energy tient en deux mots : café vert et guarana. Des plantes, des graines, une image « propre ». Le genre de storytelling qui fonctionne à merveille sur Instagram.

Problème : cette distinction entre caféine naturelle et caféine de synthèse n’a strictement aucune réalité physiologique. Stéphanie Ballot, diététicienne-nutritionniste diplômée de la Sorbonne, est catégorique. Le corps ne fait pas la différence entre une molécule de caféine tirée d’une plante amazonienne et une molécule purifiée en labo.

Raphaël Gruman, nutritionniste installé à Paris, enfonce le clou. La guaranine est chimiquement identique à la caféine. Sa libération est simplement plus lente grâce aux tanins, mais le potentiel d’accoutumance, d’anxiété et de tachycardie reste entier. Autant dire que le vernis « nature » s’écaille vite quand on regarde les effets réels des stimulants sur l’organisme.

Pauline Pied, troisième diététicienne-nutritionniste consultée, va encore plus loin. À ce jour, aucune étude ne montre l’impact réel du guarana sur l’organisme humain. Un vide scientifique qui rend l’argument « naturel » franchement bancal. Son verdict est limpide : « Naturel ne veut pas dire meilleur pour la santé. C’est du marketing. »

Le terme « naturel » fonctionne comme un argument commercial bien rodé, pas comme un indicateur de santé. Et les trois experts s’accordent là-dessus sans la moindre hésitation.

Moins de sucre, même dose de risque : le vrai problème de Ciao Energy

Soyons honnêtes : réduire le sucre, ce n’est pas rien. Stéphanie Ballot reconnaît qu’une version allégée offre un apport calorique moindre, un impact réduit sur la glycémie et un risque limité de prise de poids. Jusque-là, pas de souci.

Mais elle enchaîne aussitôt : le souci principal des boissons énergisantes, c’est la dose de caféine. Et une canette estampillée « naturelle » ou « allégée » peut contenir autant de caféine qu’un Red Bull classique. Les effets stimulants, eux, ne bougent pas d’un milligramme.

Raphaël Gruman confirme sans détour. Le principal risque reste lié à la forte concentration en caféine, qui provoque des troubles cardiovasculaires et nerveux quelle que soit la recette. L’allègement en sucre ne diminue en rien la toxicité d’une surconsommation de stimulants. Palpitations, hausse de la pression artérielle, tremblements, nervosité, troubles du sommeil : ces effets sont documentés et liés à la molécule, pas au sucre autour.

Pauline Pied résume avec un sens du timing redoutable : « Rien de révolutionnaire. Red Bull a déjà une version allégée. » Difficile d’être plus clair. Le packaging change, le discours évolue, mais le fond reste un enjeu de santé publique bien réel.

Et il y a un piège supplémentaire que beaucoup ignorent : le cumul. Plusieurs cafés par jour, thé fort, maté, compléments pré-workout — quand on additionne toutes ces sources de caféine, le risque explose. Une réalité d’autant plus préoccupante que la génération visée consomme déjà de la caféine sous de multiples formes.

Canettes de boisson énergisante posées près d'un stéthoscope et de graines de guarana

Des millions d’abonnés mineurs : la question que Ciao Energy ne peut pas esquiver

C’est peut-être le point le plus sensible de ce lancement. Squeezie, Léna Situations et Inoxtag cumulent des dizaines de millions d’abonnés. Et une large part de cette audience est jeune — parfois mineure.

Or l’Anses déconseille explicitement la consommation de boissons énergisantes aux mineurs. Stéphanie Ballot rappelle que les enfants et adolescents présentent une sensibilité à la caféine bien plus élevée que les adultes. Raphaël Gruman ajoute que chez les jeunes, ces boissons altèrent le développement cérébral et le sommeil.

Pauline Pied pointe la contradiction frontalement. Ces influenceurs vendent un produit avec un discours « naturel et moins chimique » à une audience qui est précisément celle à qui les autorités sanitaires le déconseillent. Pour elle, c’est problématique.

Au-delà des mineurs, les trois experts dressent la même liste de populations à risque : femmes enceintes et allaitantes, personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, d’anxiété, de troubles paniques, de troubles du sommeil ou d’hypertension. La caféine traverse le placenta, passe dans le lait maternel, accélère le rythme cardiaque. Une dose tolérée chez l’un peut déclencher des effets indésirables sérieux chez un autre.

Pauline Pied tranche sans ambiguïté : elle ne conseille jamais ces boissons, puisque aucune autorité de santé — ni l’Anses, ni l’OMS — ne les recommande. Les nuances varient d’un expert à l’autre, mais le fond reste identique.

Le marketing « healthy » appliqué à une boisson énergisante ne change pas ce qu’elle est. Et quand la cible principale est une audience de millions de jeunes abonnés, la responsabilité dépasse largement la simple question du packaging. La prochaine fois qu’une canette vous promet d’être « naturelle », demandez-vous plutôt ce qu’elle contient vraiment — et à qui elle s’adresse.

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