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Ciao Energy de Squeezie, Léna Situations et Inoxtag : ce que révèlent trois nutritionnistes derrière l’étiquette « naturelle »

Publié par Cassandre le 03 Juil 2026 à 7:29

Une canette au packaging épuré, un slogan « zero bullshit », et trois visages ultra-connus pour la porter : Squeezie, Léna Situations et Inoxtag ont lancé début juin 2026 leur propre boisson énergisante, Ciao Energy. Moins de sucre, caféine dite naturelle, promesse de transparence totale.

Sur le papier, tout semble pensé pour rassurer. Mais interrogés par Science & Vie, trois diététiciens-nutritionnistes livrent un avis nettement plus nuancé, voire inquiet pour certains publics.

Une boisson énergisante qui joue la carte du naturel

Le pari marketing de Ciao Energy repose entièrement sur un mot : naturel. Café vert, guarana, zéro taurine ni colorant artificiel. De quoi se démarquer des marques historiques du secteur, souvent pointées du doigt pour leur composition chargée en additifs.

Ce positionnement n’est pas anodin. Il vise une génération sensibilisée aux questions de santé cardiaque et méfiante envers les produits ultra-transformés. Sauf que cette bataille des étiquettes masque une question bien plus concrète : que fait réellement la caféine dans l’organisme, qu’elle vienne d’une graine amazonienne ou d’un laboratoire ?

C’est précisément sur ce point que les experts interrogés tempèrent l’enthousiasme ambiant. Car au-delà du guarana ou du café vert, c’est toute la question de la dangerosité réelle de la caféine qui refait surface, indépendamment de son origine botanique ou synthétique.

Le corps ne fait aucune différence, disent les nutritionnistes

Le verdict scientifique est unanime et sans appel. « Sur le plan physiologique, le corps ne fait pas la distinction entre une molécule de caféine naturelle et une molécule de caféine purifiée », tranche Stéphanie Ballot, diététicienne-nutritionniste formée à la Sorbonne.

Raphaël Gruman, nutritionniste parisien, confirme : la guaranine contenue dans le guarana est « chimiquement identique à la caféine » et possède les mêmes effets secondaires à haute dose. Seule différence, sa libération est plus lente à cause des tanins de la plante. Le potentiel d’accoutumance, d’anxiété et de tachycardie, lui, reste entier.

Pauline Pied va plus loin en pointant un vide scientifique gênant : aucune étude ne mesure aujourd’hui l’impact réel du guarana sur l’organisme humain. Sa conclusion résume tout : « Naturel ne veut pas dire meilleur pour la santé. C’est du marketing ».

Réduire le sucre a un intérêt réel mais limité, notamment sur la glycémie et le poids. Le problème central reste ailleurs, comme le rappelle l’Anses, qui documente palpitations, tachycardie et troubles du sommeil liés à la caféine, quelle que soit sa forme. Une réalité qui rappelle d’autres alertes sur des boissons à éviter selon les nutritionnistes.

Plusieurs canettes et tasses de café accumulées sur un comptoir

Le vrai problème n’est pas la recette, c’est le public visé

Les trois nutritionnistes convergent sur un point que le lancement de produits portés par des influenceurs pose de façon récurrente : la question de l’audience. Squeezie, Léna Situations et Inoxtag cumulent des dizaines de millions d’abonnés, majoritairement jeunes, parfois mineurs.

Or l’Anses déconseille explicitement la consommation de boissons énergisantes chez les mineurs. « Les enfants et adolescents ont une sensibilité à la caféine plus élevée que chez l’adulte », rappelle Stéphanie Ballot. Chez les jeunes, ces boissons peuvent altérer le développement cérébral et perturber durablement le sommeil, selon Raphaël Gruman.

Pauline Pied ne mâche pas ses mots : « Ces influenceurs ont une communauté jeune. Ils vendent ces boissons avec un discours naturel et moins chimique à une audience qui est précisément celle à qui on les déconseille. Pour moi, c’est problématique ».

Les populations à risque ne s’arrêtent pas là. Femmes enceintes ou allaitantes, personnes souffrant de troubles cardiovasculaires, d’anxiété, d’hypertension ou de troubles du sommeil : la liste dressée par Stéphanie Ballot est longue. Elle alerte aussi sur le cumul silencieux, entre café, thé fort, maté et compléments pré-workout, un phénomène proche de ce que révèlent certaines études sur les effets méconnus de certaines boissons du quotidien.

Pauline Pied reste catégorique : « D’une manière générale, je ne la conseille jamais, puisqu’aucune autorité de santé — Anses ou OMS — ne la conseille ». Un avis que partage largement Raphaël Gruman, pour qui l’allègement ou l’origine naturelle ne change rien à la toxicité d’une surconsommation de stimulants.

Au final, le message des trois experts tient en une phrase : une boisson énergisante reste une boisson énergisante, quelle que soit l’étiquette qui l’habille. Le marketing peut changer de vocabulaire, la molécule de caféine, elle, ne change pas de comportement dans le corps.

Reste une question que Ciao Energy n’a pas encore tranchée publiquement : comment une marque portée par des créateurs suivis massivement par des adolescents compte-t-elle assumer cette contradiction sur le long terme ?

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