Selon une étude sur 88 000 personnes, cette heure de coucher précise protège vraiment le cœur

On culpabilise souvent de se coucher trop tard, en pensant surtout au manque de sommeil. Mais si le vrai danger n’était pas la durée, plutôt le moment précis où l’on s’endort ? Une étude menée sur près de 88 000 personnes vient de mettre le doigt sur une fenêtre horaire bien plus étroite qu’on ne l’imagine, et les résultats surprennent presque tout le monde.
Une étude massive qui traque le sommeil au poignet
Publiée en 2021 dans European Heart Journal, Digital Health, cette recherche s’appuie sur la cohorte britannique UK Biobank. Au total, 88 026 participants âgés en moyenne de 61 ans ont été suivis pendant 5,7 ans. Rien n’a été laissé au hasard : chacun portait un accéléromètre au poignet pendant sept jours, histoire d’obtenir des données objectives plutôt que des souvenirs approximatifs de coucher.
Derrière cette mécanique, il y a le rythme circadien, cette horloge interne de 24 heures que le Dr David Plans, de l’Université d’Exeter, place au cœur de l’équilibre cardiovasculaire.
Un dérèglement de cette horloge pourrait avoir des conséquences bien plus larges qu’une simple fatigue passagère, un peu comme certains signaux du corps qu’on apprend à reconnaître trop tard.
D’autres travaux, comme la baisse générale du niveau de vie ou du bien-être quotidien, montrent à quel point les habitudes de vie s’accumulent silencieusement avant de peser lourd sur la santé.
Le créneau qui change tout pour le cœur
Sur les 5,7 ans de suivi, 3 172 personnes, soit 3,6 % de la cohorte, ont développé une maladie cardiovasculaire : infarctus, insuffisance cardiaque, AVC ou accident ischémique transitoire. Et la fenêtre la plus protectrice s’est dégagée avec netteté : s’endormir entre 22h00 et 22h59.
Comparé à ce créneau doré, le risque grimpe de 12 % pour un endormissement entre 23h et 23h59, de 25 % à partir de minuit, et surtout de 24 % pour ceux qui s’endorment avant 22h. Contre-intuitif, non ?
On pourrait croire que se coucher tôt protège toujours, mais ce n’est visiblement pas si simple, un peu comme certaines idées reçues qu’on croise dans d’autres études santé qui bousculent nos réflexes du quotidien.
Les chercheurs ont ajusté leurs calculs selon l’âge, le tabac, l’IMC, le diabète ou encore le statut socio-économique, histoire de ne pas confondre horaire de coucher et mode de vie global, comme on ajuste aussi les facteurs environnementaux pour comprendre un phénomène complexe.

La régularité, l’ingrédient qu’on oublie trop souvent
Mais l’heure fixe ne fait pas tout.
Une étude plus récente, publiée en 2025 dans le Journal of the American Heart Association, montre qu’une irrégularité de la durée de sommeil d’une nuit à l’autre est associée à un risque accru d’infarctus et d’AVC, indépendamment de l’heure de coucher elle-même.
Autrement dit, dormir tantôt six heures, tantôt neuf, abîme le cœur presque autant qu’un mauvais horaire, un peu comme l’irrégularité des vagues de chaleur perturbe l’organisme à sa manière.
Le mécanisme n’est pas encore totalement élucidé, mais le Dr Plans avance une piste concrète : se coucher après minuit réduit les chances d’être exposé à la lumière du matin, un signal essentiel pour recaler l’horloge biologique. Entre écrans qui s’éternisent et horaires qui dérivent, c’est souvent cette régularité qui finit par lâcher en premier.
Autre détail qui a son importance : l’association entre coucher tardif et risque cardiovasculaire est plus marquée chez les femmes. Chez les hommes, seul un endormissement avant 22h ressort comme significatif. La British Heart Foundation appelle toutefois à la prudence, le nombre de participants s’endormant très tôt étant relativement faible dans l’échantillon.
Au final, la leçon tient en une phrase : viser 22h-22h59, et surtout éviter les montagnes russes d’un soir à l’autre. Votre cœur, lui, ne compte pas les heures de sommeil, il compte leur régularité. Et vous, à quelle heure éteignez-vous vraiment la lumière ?