« Je pensais que c’était une grippe » : cette maman de 45 ans perd ses 4 membres après un voyage au Gabon

Chaque année, des milliers de voyageurs français partent en Afrique sans traitement antipaludique. Pour Lucie Retail, maman solo de trois enfants, cette décision a eu des conséquences irréversibles. Ce qu’elle prenait pour une simple grippe au retour du Gabon s’est transformé en cauchemar médical — et l’a menée vers une quadruple amputation. Trois ans plus tard, son parcours de reconstruction force le respect.
Un voyage au Gabon, une décision fatale et des symptômes minimisés
Lucie connaît bien le continent africain. Elle y a voyagé plusieurs fois sans incident majeur. Mais lors de ce séjour au Gabon, effectué avec son compagnon de l’époque, elle prend une décision qu’elle regrettera longtemps.
Pour la première fois, elle renonce au traitement préventif contre le paludisme. Un médicament qu’elle supportait mal physiquement. À ce stade, rien ne laisse présager ce qui va suivre.
Quelques jours après son retour en France, tout bascule. Une fièvre violente s’installe, accompagnée de frissons intenses et de douleurs extrêmes dans les bras et les jambes. Comme beaucoup de voyageurs, elle minimise d’abord les symptômes. Face à certaines maladies infectieuses, le réflexe est souvent le même : on se rassure.
« On se dit, le paludisme, c’est quoi, une mauvaise grippe ? », a-t-elle confié au micro du podcast Les Gens du Coin d’Actu.fr. Sauf que la situation devient critique en quelques heures. Transportée aux urgences de Saint-Nazaire, elle est immédiatement admise en réanimation.
Le parasite du paludisme attaque alors plusieurs de ses organes vitaux. Les médecins décident de la placer en coma artificiel. Lucie se souvient seulement des derniers mots entendus : « On va vous endormir, madame. » Et puis, le vide. Personne ne sait encore si elle en sortira vivante.
Coma artificiel, choc septique et une annonce qui fait basculer sa vie
Pendant que Lucie dort, son corps livre une guerre silencieuse. L’infection déclenche un choc septique, une complication redoutable où l’organisme réagit de manière excessive à l’agression. Le corps entre en mode survie : le sang irrigue en priorité le cerveau et le cœur.
Les extrémités, elles, sont sacrifiées. Privés d’oxygène et de circulation sanguine, les tissus de ses mains et de ses pieds se nécrosent progressivement. Quand Lucie se réveille enfin, le verdict médical est sans appel. Les médecins lui annoncent qu’une quadruple amputation est devenue la seule option pour lui sauver la vie.
La nouvelle est un séisme. Dans un premier temps, elle refuse d’y croire. Elle demande d’autres avis. Mais l’état de ses membres ne laisse aucune place au doute. « Ma réaction était ridicule, pense-t-elle après coup, mes mains étaient aussi dures que du bois. » C’est un détail glaçant qui dit tout de la violence du processus.
Les opérations sont programmées rapidement. En quelques jours, cette mère de famille active voit son quotidien basculer de façon définitive. Se déplacer, s’habiller, tenir un verre d’eau : chaque geste du quotidien devient un défi à réinventer. La rééducation qui suit est longue, exigeante et demande une force mentale que peu de gens soupçonnent.
Mais Lucie refuse un récit de victime. Elle refuse aussi la narration facile de la revanche sur la vie. « Ce n’est pas l’histoire d’une épreuve puis d’une revanche, c’est la vie », résume-t-elle avec une lucidité qui bouleverse.

Du Mont Fuji à la Team Zéro Palud : Lucie, 3 ans après le drame
Trois ans après cette épreuve, le parcours de Lucie Retail donne le vertige. Équipée de prothèses, elle a repris la danse et la course à pied. Plus spectaculaire encore : elle est devenue la première personne quadri-amputée à gravir le Mont Fuji, au Japon. Un exploit qui dit tout de sa détermination.
« Je peux quasiment tout faire seule, aujourd’hui », se réjouit-elle. L’autonomie reconquise n’est pas un slogan. C’est le fruit de milliers d’heures de rééducation, d’adaptation et de refus de céder.
Mais Lucie ne se contente pas de reconstruire sa propre vie. Depuis mars 2023, elle est engagée dans la Team Zéro Palud, une association qui sensibilise le grand public au paludisme. Car cette maladie, transmise par les moustiques, tue encore plus de 600 000 personnes par an dans le monde selon l’OMS. Et beaucoup de voyageurs continuent de partir sans traitement préventif, exactement comme elle l’a fait.
Son témoignage rappelle une réalité que l’on oublie trop facilement : le paludisme n’est pas une maladie du passé. Un simple oubli de comprimé peut tout changer. Lucie, entourée de ses trois enfants, en est la preuve vivante.
L’histoire de Lucie Retail tient en une phrase : un comprimé non pris, quatre membres perdus, et une femme qui refuse de s’arrêter. La prochaine fois que vous préparez un voyage en zone tropicale, demandez-vous sincèrement : avez-vous vraiment pris rendez-vous chez votre médecin ?