« 15 jours après sa période d’essai, elle était en arrêt » : ce chiffre sur l’absentéisme qui décourage les patrons français

En France, l’absentéisme au travail n’a jamais été aussi élevé. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, la dégradation du marché de l’emploi ne freine plus le phénomène. Une étude publiée le 9 juin 2025 par Humanis révèle des chiffres qui donnent le vertige — et un témoignage de patronne qui résume à lui seul le désarroi des petites entreprises.
Un salarié sur trois en arrêt : les chiffres qui affolent les entreprises
Le constat est brutal. En 2025, un salarié du secteur privé sur trois a posé au moins un arrêt de travail. Ce n’est plus un pic conjoncturel. C’est une tendance de fond.
En permanence, 4,3 % des effectifs d’une entreprise sont absents. C’est 25 % de plus qu’en 2019, avant la crise sanitaire. Le Covid a provoqué une rupture nette en 2020, et depuis, aucun retour à la normale ne s’est amorcé.
Deux populations alimentent cette spirale. D’un côté, les seniors de plus de 55 ans, qui travaillent plus longtemps et dont les arrêts durent de plus en plus. De l’autre, les jeunes actifs, absents moins longtemps mais de plus en plus fréquemment. Le résultat est le même : les plannings explosent.
Pour les petites structures, chaque absence pèse comme un boulet. Virginie, patronne d’une entreprise de services à la personne dans le Gard, témoigne sur le plateau d’Apolline Matin sur RMC Story. Son cas illustre un scénario que des milliers de dirigeants de TPE connaissent par cœur.
Après quatre ans sans déléguer, elle embauche enfin une assistante. Quatre mois de période d’essai se passent. Et 15 jours après la validation, l’employée se retrouve en arrêt maladie. Depuis, les prolongations s’enchaînent — et Virginie, elle, encaisse seule.
Santé mentale : le premier motif d’arrêt devant les douleurs physiques
Si l’absentéisme grimpe, ce n’est pas qu’une histoire de flemme ou de confort. Le motif numéro un des arrêts en France, c’est désormais la santé mentale. Près de 4 cas sur 10 relèvent de troubles psychologiques — loin devant les troubles musculo-squelettiques, longtemps en tête.
Les jeunes salariés évoquent des difficultés financières croissantes, des postes plus pénibles qu’attendu et une détresse psychologique qui s’installe. Chez les cadres, l’absentéisme reste deux fois moins élevé que chez les non-cadres. Mais il progresse vite, porté par l’hyperconnectivité permanente et un télétravail qui a bouleversé les repères managériaux.
Et le système de soins n’aide pas. L’accès aux psychologues et psychiatres se dégrade d’année en année. Les délais s’allongent. Les entreprises commencent à investir dans la prévention, mais la reprise du travail après un arrêt long reste très mal accompagnée.
Virginie, elle, reste perplexe face au « craquage mental » invoqué par son employée. Le poste était en télétravail, de 9 h à 16 h, avec le mercredi chômé. Des conditions que beaucoup de salariés rêveraient d’avoir. « Je ne sais pas où peut être ce craquage mental dans ces conditions », lâche-t-elle, avant de pointer du doigt les médecins qui « mettent des prolongations d’un mois ».

« On n’a plus envie d’embaucher » : le cri d’alarme des petits dirigeants
Derrière les statistiques nationales, il y a des histoires individuelles qui racontent un système grippé. Virginie ne mâche pas ses mots : pour elle, certains arrêts sont devenus un levier de négociation. « C’est un chantage pour demander des ruptures conventionnelles », affirme-t-elle.
Son constat dépasse le cas de son employée. Dans les TPE françaises, chaque embauche est un pari. Un salarié absent, c’est une charge qui reste, un remplacement impossible à financer et une activité qui tourne au ralenti. Quand on ajoute les cotisations Urssaf et la pression administrative, le découragement s’installe.
« On essaie d’embaucher, de créer de l’emploi dans notre secteur, et quand on veut déléguer, on tombe sur ce genre de personnages. C’est super décourageant. » La phrase de Virginie résonne comme un aveu d’impuissance partagé par des milliers de dirigeants de petites structures.
Et puis il y a l’angle mort du débat : la santé mentale des patrons eux-mêmes. On parle beaucoup du mal-être des salariés — à raison. Mais personne ou presque ne s’intéresse à l’épuisement de ceux qui portent seuls leur entreprise. « On est en train de tuer les petites entreprises », conclut Virginie, sans détour.
Un salarié sur trois en arrêt, des patrons qui n’osent plus recruter, et une santé mentale collective en chute libre : le cercle vicieux de l’absentéisme français ne fait que commencer. La vraie question, c’est de savoir qui va craquer en premier — les salariés qui n’en peuvent plus, ou les dirigeants qui tiennent à bout de bras des entreprises de plus en plus fragiles.