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Oracle licencie 10 000 salariés par e-mail : « Aujourd’hui est votre dernier jour »

Publié par Elsa Fanjul le 01 Avr 2026 à 9:20

Un e-mail. Quelques lignes froides. Et c’est fini. Ce mardi 1er avril 2026, des milliers de salariés du géant informatique Oracle ont découvert leur licenciement de la façon la plus abrupte qui soit : un message électronique reçu aux aurores, sans appel téléphonique, sans entretien, sans aucune forme d’humanité.

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Derrière cette vague brutale, une logique implacable que beaucoup d’entreprises de la tech mondiale ont déjà adoptée. Et une tendance qui ne semble pas près de s’arrêter.

Le message qui a tout changé en quelques secondes

oracle licenciement

Le texte de l’e-mail, révélé par Business Insider, ne laisse aucun doute sur ce qui attend son destinataire. « Après un examen attentif des besoins actuels d’Oracle, nous avons pris la décision de supprimer votre poste dans le cadre d’une réorganisation plus large. Par conséquent, aujourd’hui est votre dernier jour de travail. »

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Voilà. C’est tout. Aucun mot de remerciement. Aucune reconnaissance pour les années de service. Une phrase, et l’histoire s’arrête.

Dans les heures suivant la réception du message, les accès informatiques des salariés concernés ont été désactivés. Messagerie professionnelle, outils internes, fichiers partagés : tout coupé. Comme si ces employés n’avaient jamais existé au sein de l’entreprise.

Près de 10 000 personnes touchées en une seule journée

Selon un employé interrogé par la BBC, ce seraient environ 10 000 postes qui auraient été supprimés en une seule journée. Un chiffre vertigineux, que l’entreprise n’a pas officiellement confirmé.

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Oracle comptait 162 000 salariés en mai 2025, selon un document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission américaine. Si les estimations se vérifient, c’est donc près de 6 % de l’effectif total qui vient d’être rayé d’un trait de plume numérique.

La firme, fondée par le milliardaire Larry Ellison et basée à Austin au Texas, justifie sobrement ces suppressions par « les besoins actuels de l’entreprise ». Aucun communiqué officiel. Aucune conférence de presse. Face aux demandes des journalistes américains, Oracle garde le silence.

Qui sont les victimes de cette purge ?

Employée quittant son bureau avec ses affaires
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D’après les publications LinkedIn de plusieurs employés remerciés, les licenciements touchent des départements très variés : Oracle Health, les équipes Ventes, Cloud, Customer Success et NetSuite. Ce ne sont pas des postes périphériques ou des stagiaires.

Michael Shepard, cadre supérieur qui a échappé à la vague, a pris la parole sur LinkedIn pour mettre les choses au clair. Parmi les licenciés figurent des « ingénieurs seniors, architectes, responsables opérationnels, chefs de programme et spécialistes techniques ».

Il a insisté sur un point crucial : ces suppressions ne sont pas liées à la performance individuelle. « Les personnes concernées n’ont pas été licenciées en raison de ce qu’elles ont fait ou n’ont pas fait », a-t-il écrit. Avant de conclure avec une formule qui ressemble presque à une consolation : « Ceci est la fin d’un chapitre, pas de votre histoire. »

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Pour les concernés, la distinction est peut-être difficile à ressentir au moment où leur badge ne fonctionne plus.

L’indemnité proposée : un mois de salaire

Toujours selon la BBC, les salariés licenciés se sont vu proposer une indemnité de départ équivalente à un mois de salaire. Dans un pays sans le filet de protection sociale à l’européenne, cette somme peut sembler bien maigre pour des professionnels qui doivent désormais tout reconstruire.

En France, la situation serait juridiquement très différente. Un licenciement économique de cette ampleur imposerait des délais, des consultations des représentants du personnel, des plans de sauvegarde de l’emploi. Aux États-Unis, la législation du travail est bien plus favorable aux employeurs, ce qui rend ce type d’opération éclair légalement possible.

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Ce n’est pas sans rappeler d’autres situations récentes qui ont choqué l’opinion. Microsoft avait suscité la polémique en conseillant à ses 9 000 salariés licenciés à cause de l’IA de recourir à… l’IA pour rebondir. Un comble qui avait fait grand bruit.

L’IA comme justification officielle

Cadre anxieux lisant un message sur son téléphone

Pourquoi maintenant ? La réponse est dans les chiffres. Oracle prévoit d’investir au moins 50 milliards de dollars cette année dans le développement de ses infrastructures d’intelligence artificielle, comme le rapportait le Wall Street Journal en février dernier.

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L’objectif est clair : répondre à une demande déjà contractée auprès de clients comme Nvidia, Meta Platforms, TikTok, OpenAI, ou encore xAI, la société d’Elon Musk, et le fabricant de puces AMD.

Mike Sicilia, co-directeur général d’Oracle, avait d’ailleurs vendu la mèche quelques semaines plus tôt. « L’utilisation d’outils de codage par IA au sein d’Oracle permet à des équipes d’ingénieurs plus réduites de fournir des solutions plus complètes à nos clients, plus rapidement », avait-il déclaré en début de mois.

Traduction : moins de salariés, plus de robots. Et plus de profits.

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Stargate, OpenAI et les ambitions colossales d’Ellison

Oracle ne se contente pas d’investir dans ses propres infrastructures. L’entreprise est également partenaire du projet Stargate, une initiative à 500 milliards de dollars lancée aux côtés d’OpenAI, de SoftBank et de MGX — un fonds d’investissement soutenu par Donald Trump — pour développer des centres de données aux États-Unis.

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C’est dire l’ampleur des ambitions de Larry Ellison. L’homme, connu pour d’autres frasques récentes — il avait notamment fait parler de lui après avoir dû rebaptiser son yacht suite à une révélation embarrassante — joue dans une autre cour désormais. Celle de la course mondiale à l’IA.

Pour financer cette course, il faut des ressources. Et visiblement, les hommes et les femmes qui ont construit Oracle pendant des décennies en font désormais partie.

La Bourse applaudit, les salariés dévastés

Mains tapant sur un clavier d'ordinateur portable
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Pendant que des milliers de familles découvraient la nouvelle le jour même, Wall Street, elle, célébrait. L’action Oracle a progressé de 2,5 % mardi à la mi-journée. Une éclaircie pour un titre qui avait pourtant perdu plus de 27 % depuis le début de l’année, comme le note Forbes.

Le marché financier a une façon bien particulière de valoriser les êtres humains. Ici, leur départ vaut une hausse de cours. C’est brutal, mais c’est la réalité de la finance moderne.

Cette situation illustre une tendance plus large qui préoccupe de nombreux observateurs. Des experts ont déjà dressé la liste des emplois qui n’existeront plus d’ici dix ans à cause de l’IA. Le cas Oracle en est une démonstration grandeur nature, en accéléré.

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Oracle, loin d’être un cas isolé

Ce qui se passe chez Oracle n’est pas une anomalie. C’est le symptôme d’un bouleversement profond qui secoue toute la Silicon Valley, et au-delà.

En janvier, Amazon avait annoncé la suppression de 16 000 postes pour « réduire les niveaux hiérarchiques et supprimer la bureaucratie ». Une formulation corporate pour dire, là aussi, que l’IA allait remplacer des postes à coût humain élevé.

La semaine dernière, c’est Meta qui faisait la une : la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp songerait à licencier au moins 20 % de ses 79 000 employés dans le monde. L’objectif ? Compenser l’augmentation des investissements en IA et se préparer à l’arrivée massive des assistants conversationnels.

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Un chef d’entreprise avait récemment dressé le bilan après avoir remplacé 90 % de ses salariés par une IA. Son témoignage avait choqué. Aujourd’hui, les grandes entreprises semblent suivre le même chemin, mais à une échelle incomparablement plus large.

Quels emplois résisteront à cette vague ?

Collègues inquiets dans un bureau open space

La question que se posent des milliers de professionnels, pas seulement aux États-Unis, est légitime : mon métier sera-t-il le prochain sur la liste ?

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Des experts ont tenté d’identifier les 15 emplois qui résisteront à l’IA. Spoiler : les métiers impliquant une forte dimension humaine, de l’empathie et de l’improvisation créative semblent les mieux armés. Les fonctions très codifiées, répétitives ou algorithmisables sont les plus vulnérables.

Et le cas du jeune consultant en IA de 26 ans qui a découvert à ses dépens le vrai prix de son « emploi de rêve » illustre une ironie cruelle : même ceux qui travaillent sur l’IA ne sont pas à l’abri de ses effets.

Une transformation qui touche aussi l’emploi en France

Si ces licenciements massifs se déroulent outre-Atlantique, les répercussions se font sentir partout. En France, le droit du travail protège davantage les salariés. Mais la pression économique liée à l’IA est tout aussi réelle.

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Dès juin 2026, de nouvelles règles sur la transparence salariale vont transformer les relations au travail en France. Et les entreprises françaises investissent, elles aussi, massivement dans l’automatisation.

La chute du bitcoin a déjà provoqué des licenciements dans une plateforme d’échange de cryptomonnaies. La technologie, dans tous ses aspects, remodèle le marché de l’emploi à une vitesse que peu avaient anticipée.

Que reste-t-il aux licenciés d’Oracle ?

Pour les 10 000 salariés d’Oracle qui ont reçu cet e-mail glacial, la question est plus concrète. Que faire le lendemain matin, quand votre agenda professionnel est vide et que votre messagerie professionnelle n’existe plus ?

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Certains ont commencé à partager leur expérience sur LinkedIn, cherchant à transformer cette épreuve en opportunité visible. D’autres se retrouvent dans une situation de grande vulnérabilité, surtout ceux qui avaient construit toute leur carrière dans l’écosystème Oracle.

Un mois de salaire comme indemnité. Une phrase dans un e-mail comme épitaphe professionnelle. Et une entreprise dont l’action remonte pendant que ses anciens employés cherchent comment payer leur loyer.

Ce que traverse Oracle aujourd’hui, c’est peut-être le visage nu d’un monde du travail en pleine mutation. Une mutation qui ne demande pas la permission, et qui n’envoie qu’un e-mail pour prévenir.

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