La chute du bitcoin provoque des licenciements dans une plateforme d’échange de cryptomonnaies
La chute du bitcoin n’est plus seulement une ligne rouge sur un graphique. Elle commence à se traduire en décisions très concrètes dans les entreprises du secteur.
La plateforme américaine Gemini, fondée par les frères Winklevoss, vient d’annoncer une vaste restructuration. Avec une réduction d’effectifs et un retrait de plusieurs marchés hors des États-Unis. Selon Boursorama (AFP), près d’un quart des salariés seraient concernés. Au moment où le bitcoin est repassé sous les 68 000 dollars après un pic historique atteint quelques mois plus tôt.
Derrière ce plan, Gemini avance deux raisons. La pression économique liée au retournement du marché. Et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, présentée comme un levier permettant de “faire plus avec moins”. Cette justification intervient alors que l’ensemble de l’écosystème crypto traverse une phase de défiance. Nourrie par la volatilité des prix et par l’incertitude réglementaire. Notamment aux États-Unis. Beaucoup se demandent alors s’il faut continuer d’ investir dans ce secteur.
Gemini coupe dans ses effectifs et ferme des marchés clés
L’annonce a été faite alors que le marché enchaînait plusieurs semaines difficiles. D’après l’AFP, Gemini a acté le licenciement d’environ un quart de ses employés. Et la fermeture de ses activités au Royaume-Uni. Dans l’Union européenne et en Australie, afin de se recentrer sur son marché historique : les États-Unis.
Dans les éléments rapportés par Reuters, l’ampleur du plan est plus précise. Jusqu’à 200 postes seraient supprimés. Avec une exécution prévue sur le premier semestre 2026, sous réserve des obligations locales de consultation. Les mêmes informations évoquent aussi une stratégie recentrée. Avec une réduction de la voilure à l’international pour limiter des coûts jugés trop lourds.
Ce qui frappe, c’est le contraste avec la trajectoire récente de l’entreprise. Gemini avait compté jusqu’à environ 1 100 salariés en 2022, mais ne représentait plus qu’environ la moitié de cet effectif fin 2025, selon les données citées par l’AFP. Autrement dit, la plateforme enchaîne les ajustements depuis plusieurs années, et cette nouvelle vague s’inscrit dans une tendance de contraction déjà engagée pour ces cryptomonnaies.
La chute du bitcoin, déclencheur immédiat… mais pas unique
Le marché donne le tempo, et Gemini n’échappe pas à la règle. Toujours selon l’AFP, la décision intervient alors que le Bitcoin est tombé sous les 68 000 dollars, environ trois mois après avoir touché un record à 126 251,31 dollars. Cette amplitude résume à elle seule la violence du mouvement : un actif capable de doubler puis de reperdre une large partie de sa valeur en un trimestre place mécaniquement les entreprises du secteur sous tension.
D’autres observateurs décrivent une chute encore plus marquée, avec des passages sous les 60 000 dollars avant un rebond technique. Barron’s évoque par exemple un aller-retour autour de 60 000–70 000 dollars sur fond de stress plus large sur les actifs risqués. Quand les investisseurs réduisent leur exposition au risque, les cryptos — très sensibles à l’humeur du marché — figurent souvent parmi les premiers actifs vendus.
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Ce contexte de défiance n’est pas seulement “crypto”. CoinDesk souligne que le mouvement a aussi suivi une faiblesse plus globale des marchés “risk-on”, ce qui renforce l’idée d’une correction qui dépasse les seules spécificités du bitcoin. Dans ce type de séquence, les volumes baissent, les spreads s’élargissent et les plateformes d’échange voient leurs revenus de trading se contracter, particulièrement quand les particuliers se mettent en retrait.
L’IA comme argument : “faire plus avec moins”, vraiment ?
Gemini assume une partie de son discours : l’intelligence artificielle améliorerait suffisamment la productivité pour fonctionner avec moins de salariés. Les frères Tyler et Cameron Winklevoss, cités par l’AFP, résument la logique par une formule appelée à faire réagir : “faire plus avec moins n’a jamais été plus vrai” qu’aujourd’hui.
Sur le papier, l’argument s’insère dans une tendance bien plus large, observée dans de nombreuses entreprises technologiques. Automatiser le support client, accélérer la conformité documentaire, industrialiser des tâches de reporting ou de détection de fraude : les cas d’usage existent, et les plateformes financières ont de quoi être tentées. Pourtant, la coïncidence entre ce discours et une baisse brutale des cours du bitcoin interroge, car une restructuration motivée par l’IA arrive rarement seule dans ce type de période.
En clair, l’IA peut être un facteur facilitateur, mais elle ne suffit pas à expliquer un retrait de marchés entiers. Quitter le Royaume-Uni, l’UE et l’Australie relève plutôt d’une décision stratégique lourde, qui traduit une recherche de simplification : moins d’entités, moins de règles locales, moins de coûts fixes, et une exposition réglementaire plus concentrée. Sur ce point, Gemini met d’ailleurs en avant la complexité et le coût de l’expansion internationale, jugée “chère et complexe” par les fondateurs, selon l’AFP.
Régulation : l’Europe se durcit, les États-Unis hésitent
Le calendrier européen n’aide pas les acteurs qui voudraient “attendre et voir”. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle que la période transitoire permettant à certains prestataires de continuer sans autorisation sous MiCA prend fin le 1er juillet 2026, avec une obligation d’être autorisé pour poursuivre légalement certaines activités.
À Bruxelles, la discussion porte aussi sur le niveau de centralisation de la supervision. La Commission européenne a proposé un paquet visant davantage d’intégration des marchés de capitaux, et l’ESMA a publiquement accueilli favorablement l’idée d’un transfert de supervision directe pour certains acteurs, dont des prestataires crypto significatifs. Pour les plateformes, cela signifie potentiellement des exigences plus harmonisées, mais aussi un “gendarme” plus puissant à l’échelle de l’UE.
Côté américain, la situation paraît paradoxale. D’un côté, l’administration Trump a envoyé des signaux favorables au secteur, et une loi sur les stablecoins a bien été adoptée : la GENIUS Act a été promulguée le 18 juillet 2025, selon la Maison-Blanche et le texte officiel du Congrès. De l’autre, un cadre plus large reste disputé, et l’incertitude réglementaire continue de peser sur les décisions d’investissement, comme le souligne l’AFP dans le cas de Gemini.
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Ce que cette restructuration raconte du moment “crypto”
Gemini n’est pas un acteur marginal : son mouvement est donc observé comme un indicateur. Quand une plateforme choisit de se replier sur son marché domestique, elle admet implicitement qu’un modèle “global” coûte trop cher à maintenir dans une phase de baisse. Cette lecture vaut d’autant plus que le secteur a déjà connu plusieurs cycles de licenciements lors des précédents “hivers crypto” pour ceux qui détiennent des bitcoins.
Un autre signal est financier : moins de trading, c’est moins de revenus variables, et donc une pression plus forte sur les charges fixes. Les entreprises les plus exposées aux volumes des particuliers sont souvent les premières à ajuster, car leur chiffre d’affaires dépend directement de l’activité de marché. Enfin, la concurrence s’intensifie : entre bourses crypto, applications grand public, acteurs de la fintech et plateformes multi-actifs, chaque point de marge devient disputé.
Pour les utilisateurs européens, la décision de Gemini pose aussi une question pratique sur leurs comptes : qu’advient-il des services et de l’accès à certains produits ? Sur d’autres marchés, certaines annonces évoquent des bascules vers des modes “retrait uniquement” puis des fermetures à date, même si les modalités exactes peuvent varier selon les juridictions et les services utilisés. Dans tous les cas, le mouvement rappelle une réalité simple : une plateforme peut se retirer, et l’utilisateur doit alors s’adapter rapidement.
Un marché particulièrement volatile
La chute du bitcoin agit comme un révélateur. Elle met à l’épreuve les modèles économiques des plateformes et accélère des décisions que beaucoup repoussaient : couper dans les coûts, simplifier l’empreinte internationale, ou se repositionner face à des règles qui se durcissent. Chez Gemini, le discours sur l’IA et la productivité apporte une justification moderne, mais le timing et l’ampleur de la mesure racontent surtout un repli défensif dans un marché devenu brutalement moins porteur.
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