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Ces 140 calories fantômes que votre microbiote absorbe chaque jour sans que vous le sachiez

Publié par Cassandre le 07 Juin 2026 à 14:03
Femme lisant une étiquette nutritionnelle dans sa cuisine

Vous comptez vos calories en lisant les étiquettes ou en utilisant une application ? C’est un bon réflexe, mais il manque un acteur crucial dans l’équation. Les 100 000 milliards de micro-organismes qui peuplent votre intestin modifient en silence le bilan énergétique de chaque repas. Une équipe de l’Université de l’Arizona vient de chiffrer précisément cette contribution invisible — et le résultat pourrait changer votre façon de penser l’alimentation.

Pourquoi les étiquettes alimentaires vous mentent sur les calories réelles

Bol de légumineuses et aliments riches en fibres

Le calcul affiché sur un emballage repose sur un principe simple : additionner l’énergie des protéines, des glucides et des lipides. Sauf que notre corps n’est pas un calorimètre de laboratoire. Les aliments traversent un écosystème vivant — bactéries, champignons, virus — qui transforme, fermente et redistribue l’énergie avant qu’elle n’atteigne nos cellules.

Rosa Krajmalnik-Brown, directrice du Biodesign Center for Health Through Microbiomes, résume le problème : « La digestion n’est pas seulement un processus humain, c’est une collaboration entre notre organisme et les milliards de microbes qui peuplent notre intestin. » Son équipe a donc conçu un modèle mathématique baptisé DAMM (Digestion, Absorption et Métabolisme Microbien), publié dans la revue Plos One, capable de suivre le parcours réel des aliments dans le tube digestif. Un outil bien plus précis que les méthodes standard, qui ignorent totalement ce que les bactéries de l’intestin font de votre assiette.

7,4 % de l’énergie totale produite par vos bactéries intestinales

Pour calibrer leur modèle, les chercheurs ont analysé une expérimentation où des adultes en bonne santé suivaient soit un régime occidental classique, soit un régime riche en fibres. Premier constat frappant : le groupe « occidental » ingérait en moyenne 116 calories de plus par jour. Pourtant, les volontaires du groupe « fibres » ne ressentaient pas davantage la faim.

Le modèle DAMM a ensuite révélé le mécanisme clé. Les fibres, non digérées dans l’intestin grêle, arrivent intactes dans le côlon où elles servent de carburant aux bactéries. Celles-ci les fermentent et produisent des acides gras à chaîne courte — butyrate, propionate, acétate — qui traversent la paroi intestinale pour rejoindre la circulation sanguine. Résultat chiffré : environ 140 calories par jour, soit 7,4 % de l’énergie utilisable totale, proviennent directement de cette activité microbienne. Autrement dit, 15 % de notre énergie est extraite dans la partie basse du tube digestif, avec une contribution massive des micro-organismes. Un phénomène que les recherches sur le microbiome commencent à peine à quantifier.

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Plus de fibres, plus d’activité microbienne… et pourtant moins de calories nettes

Le lien entre intestin et poids prend ici une tournure contre-intuitive. Le régime riche en fibres stimule davantage les bactéries, qui produisent plus d’acides gras à chaîne courte — confirmé par les analyses du sérum sanguin et des selles des participants. Logiquement, on s’attendrait à un surplus calorique. Or c’est l’inverse qui se produit.

L’apport calorique net global du groupe « fibres » restait inférieur à celui du groupe « occidental ». Les fibres augmentent le volume du bol alimentaire, ralentissent la vidange gastrique et nourrissent des souches bactériennes bénéfiques — tout en réduisant l’absorption des graisses et des sucres rapides dans l’intestin grêle. Le modèle DAMM capture cette dynamique que les simples étiquettes nutritionnelles ne peuvent pas refléter.

Pour Rosa Krajmalnik-Brown, cette découverte « offre un éclairage fondamental sur le fonctionnement de la communauté microbienne en partenariat avec l’hôte humain » et souligne l’importance de nourrir correctement son microbiote plutôt que de se fier uniquement aux chiffres imprimés sur un emballage.

Les calories ne sont donc pas un simple nombre figé : elles dépendent de qui les digère. La prochaine fois que vous hésiterez entre un plat ultra-transformé et une assiette de légumineuses, rappelez-vous que vos bactéries, elles, ont déjà fait leur choix. Et si la vraie clé de la gestion du poids se jouait moins dans le comptage obsessionnel que dans la qualité de ce qu’on offre à ses 100 000 milliards de colocataires ?

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