« Restons calmes, la peste, c’est traitable » : la patronne de l’Institut Pasteur calme le jeu après la mort d’une laborantine

Le mot « peste » suffit à glacer n’importe qui. Quand une technicienne de laboratoire meurt en Russie, dans un institut qui travaille justement sur cette maladie, les inquiétudes montent vite. Sur France Inter, la directrice de l’Institut Pasteur a choisi un ton très différent. Et elle a glissé un détail sur un vaccin que peu de gens connaissent.
Une laborantine morte, des soupçons, et une phrase pour tempérer l’angoisse
Tout part d’un décès. Quelques jours avant l’intervention radio, une technicienne de laboratoire est morte. Elle travaillait pour l’Institut de lutte contre la peste, en Russie, et ce seul nom d’établissement a suffi à lancer les spéculations.
C’est vendredi 9 octobre, sur France Inter, que Yasmine Belkaid a pris la parole. Elle est directrice générale de l’Institut Pasteur et immunologiste. Sa formule : « Restons calme, absolument vigilant, mais calme, la peste, c’est traitable. »
Elle a pourtant commencé par un rappel de prudence. « Aujourd’hui, on n’a pas les faits, donc on ne va pas faire de spéculations sur ce qu’il se passe », a-t-elle dit. Pas de scénario catastrophe, donc, mais pas de minimisation non plus.
Du côté des autorités russes, le message est clair. Elles ont affirmé jeudi qu’« aucune pathologie infectieuse » n’avait été détectée à l’issue de la surveillance médicale de toutes les personnes ayant été en contact avec la laborantine. Un démenti qui n’a pas dissipé toutes les inquiétudes à l’étranger.
Pour comprendre ce qui a inquiyté jusqu’à Washington, la surveillance de 200 personnes et le regard de la Maison-Blanche racontent l’autre versant de l’affaire. Mais que dit exactement la scientifique sur la maladie elle-même ?
« On connaît bien cette maladie » : pourquoi Pasteur parle avec autant d’aplomb
L’aplomb de Yasmine Belkaid n’est pas un hasard. L’Institut Pasteur héberge le Centre national de référence de la peste, le CNR. Autrement dit, c’est en France l’endroit où cette maladie est suivie et étudiée de près.
« On connaît bien cette maladie », assure la chercheuse. Ce n’est pas un détail : parler de peste à des gens qui l’imaginent rangée dans les manuels d’histoire, c’est aussi leur rappeler qu’elle n’a jamais disparu.
Elle le dit sans détour : « la peste n’est pas éliminée, elle existe dans le monde ». La menace n’a donc rien d’un fantôme médiéval, mais elle n’a pas non plus la forme d’une apocalypse. Elle reste une maladie connue, surveillée, documentée.
Les chercheurs de l’institut ne se contentent pas de la surveiller. Ils travaillent aussi sur la riposte. Un point précis de son intervention en dit long sur l’avancée de ces travaux, et il arrive juste après un autre rappel essentiel pour les patients.
Avant cela, un mot sur l’inquiétude du public. À Irkoutsk, une pneumonie inexpliquée a nourri bien des craintes : c’est précisément ce flou que la directrice cherche à calmer. Alors, que faut-il retenir de son message de santé ?

Antibiotiques, vaccin en essai clinique : ce que la directrice a vraiment dit
Voici le cœur du message. Dans cette affaire de peste pulmonaire en Sibérie, la question que tout le monde se pose est simple : peut-on soigner ? Réponse de Yasmine Belkaid : oui, à une condition.
« Si elle est prise tôt, elle est traitable par des antibiotiques », a rappelé la directrice générale. Tout tient dans ce « prise tôt ». Le diagnostic rapide fait la différence, et c’est pourquoi elle insiste sur la vigilance, en plus du calme.
Le second élément est celui qui surprend le plus. Les chercheurs de l’Institut Pasteur sont « en train de développer un vaccin qui est en essai clinique ». Un vaccin contre la peste, donc, déjà en phase de test sur l’humain.
Reprenons : une maladie qui existe encore dans le monde, un traitement par antibiotiques si elle est détectée à temps, un centre de référence en France, et un vaccin en cours d’essai. C’est la promesse de son « restons calme » : pas une absence de risque, mais une maladie que la science sait nommer et combattre.
Elle n’a rien dit, en revanche, du cas russe lui-même : faute de faits, elle refuse de commenter. Reste une autre partie de son intervention, plus inattendue, qui l’a conduite à parler d’argent.
Recherche, budget et Pasteurdon : le plaidoyer qui a suivi
Yasmine Belkaid n’a pas seulement parlé de peste. L’occasion était trop belle pour plaider en faveur de la recherche, à quelques jours de la présentation du projet de loi de finances au Parlement. « L’investissement dans la recherche, ce n’est pas un coût, c’est l’investissement d’une société qui croit dans son futur », a-t-elle lancé.
Son constat chiffré est net : la France est « un grand pays de scientifiques » mais n’investit pas assez. « Aujourd’hui, nous sommes à 2,1 % [du PIB] et nous devrions être à 3 % », a-t-elle déclaré. Pour elle, investir dans la recherche, c’est aussi investir dans une force économique.
Le timing n’a rien d’anodin. L’Institut Pasteur a lancé jeudi la 20e édition du Pasteurdon, qui court jusqu’à dimanche. Fondation privée, l’institut repose en partie sur les dons, ce qui représente selon sa directrice « notre capacité à être libre scientifiquement ».
Les chiffres donnent la mesure du chemin parcouru. Le Pasteurdon a démarré à 800 000 euros il y a vingt ans. En 2025, il a récolté 2,6 millions d’euros, et l’institut espère dépasser les trois millions en 2026.
Elle y voit une question d’indépendance : « notre science est libre et entièrement au service de la société ». Un message qui prend un relief particulier quand une maladie ancienne refait la une. Et les inquiétudes mondiales, elles, n’ont pas fini de faire parler, comme le montre l’alerte de l’OMS sur l’hantavirus, autre menace sanitaire suivie de près.
Autre rappel utile sur la façon dont les scientifiques parlent aux grands publics : les alertes sur les objets du quotidien montrent à quel point il faut dissocier le réflexe d’inquiétude du danger réel.
La peste se soigne si on la repère à temps : c’est la phrase à retenir, et le reste n’est que vigilance.
Si les grandes peurs de l’humanité vous fascinent, la date de la fin de l’humanité calculée par un scientifique pourrait bien vous retourner l’esprit. Et si vous voulez savoir ce qui dort sous nos pieds, les 30 000 cadavres sous le métro de Londres ont une histoire qui glace.