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Hantavirus : l’OMS prévient que de nouveaux cas pourraient apparaître « dans les jours ou semaines à venir »

Publié par Cassandre le 12 Mai 2026 à 11:50

Trois morts, une Française en réanimation, 116 personnes évacuées d’un bateau de croisière en moins de 48 heures. Et l’Organisation mondiale de la Santé qui prévient : ce n’est probablement pas terminé. L’épidémiologiste Olivier Le Polain a lâché une phrase qui résonne comme un avertissement lundi soir : « On risque d’observer de nouveaux cas dans les jours ou les semaines à venir. » Pas à cause d’une propagation incontrôlée, mais à cause d’un virus dont la période d’incubation peut s’étirer jusqu’à six semaines.

Une passagère française entre la vie et la mort à Bichat

Parmi les cinq Français rapatriés dimanche depuis le MV Hondius et placés à l’isolement strict à l’hôpital Bichat, une femme a vu son état se dégrader brutalement dans la nuit. Ses tests sont revenus positifs à l’hantavirus Andes, premier cas confirmé sur le sol français. Lundi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé qu’elle se trouvait « toujours en réanimation dans un état stable ».

Entrée de l'hôpital Bichat à Paris avec ambulance

La ministre de la Santé Stéphanie Rist est restée évasive sur le pronostic vital. « Quand l’état d’un individu infecté par l’hantavirus se dégrade, il peut voir son pronostic vital engagé. C’est peut-être le cas de cette personne », a-t-elle déclaré sur France Inter. Une formulation prudente qui en dit long. Les quatre autres passagers français ont pour l’instant été testés négatifs, mais restent hospitalisés « jusqu’à nouvel ordre, au minimum 15 jours » dans des chambres à pression négative conçues pour empêcher toute contamination.

Cette femme avait commencé à présenter des symptômes – un peu de fièvre – durant le vol de rapatriement entre Tenerife et l’aéroport du Bourget. Un signal d’alerte qui a immédiatement déclenché le dispositif le plus strict. Mais la vraie inquiétude ne vient pas d’elle seule.

22 cas contacts français identifiés, 14 encore recherchés

Au-delà des cinq rapatriés du navire, ce sont 22 Français cas contacts que les autorités sanitaires ont identifiés. Huit d’entre eux se trouvaient à bord du vol du 25 avril reliant le territoire britannique de Sainte-Hélène à Johannesburg. Sur ce même vol voyageait une croisiériste néerlandaise infectée, décédée depuis. Ces huit passagers ont été placés à l’isolement « il y a presque une semaine », selon Stéphanie Rist.

Les 14 autres étaient à bord du vol Johannesburg-Amsterdam du même jour. La passagère néerlandaise était brièvement montée à bord de cet avion avant de finalement ne pas voyager dessus. Suffisant pour créer un risque. « Nous demandons à ces 14 passagers qu’ils nous contactent parce qu’il faut qu’on puisse renforcer l’isolement », a lancé la ministre. Un décret publié au Journal officiel dans la nuit de dimanche à lundi leur impose de se signaler « sans délai » et d’observer une quarantaine à domicile.

Salle de réunion de crise à Matignon

Par ailleurs, huit Français supplémentaires ayant partagé un vol avec une personne malade il y a 15 jours font désormais l’objet d’un « isolement renforcé en milieu hospitalier ». Classés cas contacts à haut risque, aucun ne présente de symptômes pour l’instant. Mais avec une incubation pouvant durer 42 jours, chaque journée qui passe sans symptôme ne signifie pas grand-chose.

Pourquoi l’OMS s’attend à d’autres cas positifs

C’est le point crucial de la journée de lundi. Olivier Le Polain, chef de l’unité d’épidémiologie et d’analyse de réponse de l’OMS, a expliqué en point presse que les éventuels nouveaux cas ne traduiraient pas forcément une propagation active du virus. La raison est plus mécanique : avec une incubation pouvant atteindre six semaines, des personnes contaminées à bord du MV Hondius ou durant les vols d’évacuation pourraient tout simplement ne pas encore avoir déclaré la maladie.

À ce stade, neuf personnes infectées ont été recensées dans le cadre du foyer lié au navire, selon le décompte présenté par l’OMS lundi. Trois croisiéristes sont décédés. Un Américain rapatrié a été testé positif lundi. Un Britannique hospitalisé à Johannesburg voit son état « s’améliorer progressivement ». Deux Espagnoles suspectées d’infection ont finalement été testées négatives par PCR à Tenerife.

L’OMS se veut rassurante sur un point : le niveau de risque épidémique reste « faible ». L’hantavirus Andes est bien moins contagieux que le Covid-19. Mais son taux de létalité peut dépasser les 40 % selon les spécialistes. Un chiffre qui change complètement la donne en termes de gravité individuelle.

La France déploie ses « mesures les plus dures de l’UE »

Deux réunions de coordination interministérielles par jour à Matignon. C’est le rythme annoncé par Sébastien Lecornu lundi soir. Le Premier ministre a reçu dans la soirée un aréopage d’épidémiologistes et de spécialistes : Olivier Schwartz de l’Institut Pasteur, Yazdan Yazdanpanah de l’agence des maladies infectieuses émergentes, Xavier Lescure de l’AP-HP Bichat et Jean-François Delfraissy, président du Comité national d’éthique. Le même Delfraissy qui avait piloté le conseil scientifique pendant la pandémie de Covid-19.

La réponse sanitaire française repose sur un principe simple résumé par Lecornu : « Pour tous les cas contacts, sans exception, quarantaine renforcée en milieu hospitalier. » La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a qualifié ces mesures de « drastiques » et « les plus dures de l’Union européenne ». Une manière de se démarquer de l’approche d’autres pays, tout en rappelant que « nous n’en sommes absolument pas » au stade du Covid-19.

Sur la question des stocks, la ministre de la Santé a assuré que la France disposait de suffisamment de masques et de tests. « L’organisation depuis le Covid a permis de faire en sorte que nous avons assez de stocks », a-t-elle affirmé. Un point qui avait cruellement fait défaut lors des premiers mois de la pandémie en 2020. Mais il manque toujours un élément décisif dans l’arsenal sanitaire.

Ni vaccin ni traitement : le talon d’Achille de la riposte

Chercheur en laboratoire de virologie analysant un échantillon

C’est la grande différence avec le Covid-19 : face à l’hantavirus Andes, les médecins n’ont aucun médicament spécifique à proposer. Aucun traitement antiviral ciblé, aucun vaccin disponible. La prise en charge est purement symptomatique. Quand le virus provoque un syndrome respiratoire aigu, les soignants ne peuvent qu’accompagner le patient avec les moyens classiques de réanimation.

Il existe bien des vaccins développés en Asie contre certaines souches de l’Ancien Monde (celles que l’on retrouve en Europe et en Asie), mais leur efficacité reste modeste. Et surtout, aucun ne cible les souches du Nouveau Monde, comme le virus Andes – le seul hantavirus connu capable de se transmettre d’humain à humain.

Une lueur d’espoir existe cependant. Le virologiste américain Dr Hooper et son équipe ont mis au point un vaccin expérimental contre le virus des Andes, rapporte le New York Times. Lors de la première phase de tests, plus de 80 % des participants ont produit des anticorps neutralisants. « C’est assez incroyable. L’obtention de ce type d’anticorps chez l’humain est impressionnante », a déclaré le scientifique. Mais entre un essai de phase 1 prometteur et un vaccin disponible en pharmacie, le chemin reste très long.

Le MV Hondius repart vers les Pays-Bas avec 32 membres d’équipage

Pendant que la France durcissait son dispositif, l’opération d’évacuation se terminait à Tenerife. Les 22 derniers occupants du navire devant être débarqués ont pris un avion lundi en direction des Pays-Bas. Un vol vers l’Australie, initialement prévu, a été annulé en raison de l’arrivée trop tardive de l’appareil aux Canaries.

Au total, 116 personnes de 23 nationalités différentes auront été évacuées en moins de 48 heures depuis le port industriel de Granadilla, dans une opération qualifiée de « sans précédent » par Madrid. Trois personnes avaient déjà été débarquées au Cap-Vert plus tôt. Le navire, ravitaillé en carburant lundi matin, a repris la mer en direction des Pays-Bas avec 32 membres d’équipage à bord – et le corps d’une passagère allemande décédée du virus.

« Je ne souhaite rien de plus à chacun, passagers comme membres d’équipage, que de pouvoir rentrer chez soi sain et sauf et en bonne santé », a déclaré le capitaine dans une vidéo publiée par l’exploitant néerlandais Oceanside Expeditions. Un vœu qui résonne douloureusement quand on sait que tous les occupants du MV Hondius, parti le 1er avril d’Ushuaïa, sont considérés comme des « contacts à haut risque » par l’OMS.

En Australie, six anciens passagers – dont quatre Australiens, un résident permanent et un Néo-Zélandais – seront placés en quarantaine au centre de Bullsbrook, construit pendant la pandémie de Covid-19 près de Perth. Aux Pays-Bas, un incident a déjà marqué les esprits : le personnel d’un hôpital traitant un patient infecté a été mis en quarantaine après des erreurs de procédure. L’Espagne, de son côté, s’est défendue de tout laxisme, assurant avoir pris « toutes les précautions » nécessaires.

Un virus rare, mais une mécanique implacable

Rappelons d’où tout est parti. Le patient zéro du MV Hondius aurait été contaminé lors d’une escale, probablement au contact de rongeurs porteurs du virus. Leo Schilperoord, un ornithologue néerlandais, s’était rendu dans une décharge pour observer un oiseau rare. À bord, le virus a ensuite circulé entre passagers – une transmission interhumaine exceptionnelle pour un hantavirus, caractéristique de la souche Andes.

La vidéo du capitaine annonçant le premier décès aux passagers, les messages désespérés de croisiéristes implorant de « rentrer chez eux » : les images de cette crise rappellent les heures sombres des quarantaines maritimes du Covid. Mais les autorités françaises martèlent un message : la comparaison s’arrête là. L’hantavirus Andes ne présente pas le même potentiel pandémique.

Le problème, c’est que ce virus compense sa faible contagiosité par une létalité redoutable. Et que pendant 42 jours encore, personne ne peut affirmer avec certitude que tous les anciens passagers du Hondius sont tirés d’affaire. Comme l’a résumé Stéphanie Rist : « Ce qui est important, c’est d’agir tout au début. C’est-à-dire de briser les chaînes de transmission du virus. » Encore faut-il que les 14 cas contacts français toujours recherchés se manifestent.

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