Hantavirus sur un bateau de croisière : la souche détectée à bord peut se transmettre entre humains
Trois morts, un navire bloqué au large du Cap-Vert, et maintenant une annonce qui change la donne : la souche de hantavirus identifiée à bord du MV Hondius est celle des Andes — la seule connue pour se transmettre d’humain à humain. Depuis dimanche, 88 passagers et 59 membres d’équipage vivent un cauchemar sanitaire en plein Atlantique. L’OMS tente de coordonner les évacuations, mais la situation évolue d’heure en heure.

Un couple néerlandais et une Allemande : les trois premières victimes

Le MV Hondius, un navire d’expédition battant pavillon néerlandais, avait quitté Ushuaïa en Argentine pour rallier l’archipel du Cap-Vert. Une traversée de l’Atlantique qui devait être l’aventure d’une vie. Sauf que le virus détecté à bord a déjà tué trois personnes, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Parmi les victimes, un couple de Néerlandais et une passagère allemande. Le navire transporte des ressortissants de 23 nationalités différentes. Opéré par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, le Hondius est un petit bateau d’expédition — pas un géant des mers. Les conditions de proximité à bord rendent la situation d’autant plus tendue.
L’événement sanitaire a d’abord été soupçonné d’être un foyer classique de hantavirus, une maladie habituellement transmise par les rongeurs via leurs déjections ou leur urine. Syndrome respiratoire aigu, fièvre, détresse pulmonaire : les symptômes peuvent être fulgurants. Mais ce matin, une information a fait basculer le dossier dans une autre dimension.
La souche des Andes : pourquoi cette annonce change tout
Le ministre sud-africain de la Santé a confirmé ce matin qu’un passager a été infecté par la souche des Andes. Et ce détail n’a rien d’anodin. Habituellement, le hantavirus ne se transmet pas entre êtres humains. On l’attrape au contact de rongeurs infectés — en respirant des particules contaminées, en touchant des surfaces souillées. C’est d’ailleurs ce que rappelait l’OMS il y a encore quelques jours.

Sauf que la souche des Andes, identifiée principalement en Argentine et au Chili, est la seule variante connue capable de passer d’une personne à une autre. Des cas de transmission interhumaine ont été documentés en Patagonie lors d’une épidémie en 2018-2019. C’est rare, mais c’est possible. Et quand on est coincé sur un bateau avec 147 personnes, le mot « rare » ne rassure plus grand monde.
Pour autant, l’OMS maintient officiellement que cet épisode présente un « faible risque » de propagation à grande échelle. Ann Lindstrand, représentante de l’organisation au Cap-Vert, s’est rendue sur place pour coordonner la réponse. Le ton se veut rassurant, mais les décisions prises sur le terrain racontent une autre histoire.
Port fermé, passagers bloqués : le bras de fer au Cap-Vert
Depuis dimanche, le MV Hondius mouille au large de Praia, la capitale du Cap-Vert. Le navire a demandé à accoster. Réponse des autorités cap-verdiennes : non. L’objectif affiché est clair — « protéger la population cap-verdienne ». Un refus compréhensible quand on sait que l’archipel a déjà connu des crises sanitaires liées au tourisme.
Trois cas suspects sont encore à bord au moment où ces lignes sont écrites. Ce mardi, Ann Lindstrand a annoncé que ces trois personnes allaient enfin pouvoir être débarquées au port de Praia dans les prochaines heures. Le plan : les transférer par ambulance jusqu’à l’aéroport, puis les évacuer par voie aérienne. Pas de contact avec la population locale. Un protocole d’urgence chirurgical.
Reste une question : que deviennent les 144 autres personnes à bord ? Certaines n’ont aucun symptôme. D’autres sont peut-être en incubation. Et personne ne sait encore combien de temps le virus peut rester silencieux avant de frapper. Sur un navire de cette taille, les codes d’urgence ont dû résonner plus d’une fois ces derniers jours.
Direction les Canaries — mais dans quel état ?
Selon Madrid, le navire devrait maintenant faire route vers les îles Canaries. Comptez « 3 à 4 jours » de traversée. L’opérateur Oceanwide Expeditions avait déjà évoqué cette option avant même le refus du Cap-Vert. Les Canaries, territoire espagnol, disposent d’infrastructures hospitalières plus solides pour accueillir les passagers.
Mais trois à quatre jours de mer avec un virus potentiellement transmissible entre humains à bord, c’est long. Très long. Le hantavirus dans sa forme sévère peut évoluer en quelques heures vers un syndrome cardio-pulmonaire. Le taux de mortalité de la souche des Andes oscille, selon les études, entre 30 et 40 %. Des chiffres qui expliquent pourquoi chaque heure compte dans cette course contre la montre.
Les cauchemars sanitaires en croisière ne sont pas nouveaux. Le norovirus a déjà frappé des centaines de passagers sur d’autres paquebots. Mais un hantavirus transmissible entre humains sur un navire en plein océan, c’est du jamais vu. Des épisodes viraux sur des bateaux de luxe ont déjà marqué les esprits, mais jamais avec un pathogène de cette dangerosité.
23 nationalités, un seul bateau : le casse-tête diplomatique
Le Hondius transporte des passagers de 23 nationalités. Néerlandais, Allemands, Sud-Africains, et probablement d’autres Européens. Chaque pays concerné suit la situation de près. Le fait que le ministre sud-africain de la Santé soit monté au créneau ce matin montre l’ampleur de la mobilisation diplomatique.
Pour les familles des victimes, l’attente est insoutenable. Deux Néerlandais et une Allemande sont morts loin de chez eux, sur un bateau bloqué entre deux continents. Les rapatriements des dépouilles ne sont même pas encore organisés. Toute l’énergie est concentrée sur les vivants — et sur ces trois cas suspects qui doivent être évacués en priorité.
La question de la responsabilité va inévitablement se poser. Comment le virus est-il monté à bord ? Le hantavirus est endémique en Patagonie, la région d’où le navire a appareillé. Des rongeurs ont-ils embarqué à Ushuaïa ? Les mesures sanitaires étaient-elles suffisantes ? Oceanwide Expeditions n’a pour l’instant pas donné de réponse claire sur ce point.
Hantavirus : un virus méconnu mais redoutable
Le hantavirus fait partie de ces pathogènes que le grand public connaît à peine. Pourtant, il tue. Identifié pour la première fois dans les années 1950 pendant la guerre de Corée (d’où son nom, tiré de la rivière Hantan), il regroupe en réalité plusieurs souches aux profils différents.
En Europe, la forme la plus courante provoque une fièvre hémorragique avec syndrome rénal. En Amérique, c’est le syndrome cardio-pulmonaire qui domine — et c’est celui-là qui tue le plus vite. La souche des Andes, présente en Argentine et au Chili, est la seule à avoir démontré une capacité de transmission interhumaine. Les virus circulent parfois là où on ne les attend pas, et dans un espace confiné comme un bateau, les risques sont décuplés.
Il n’existe pas de vaccin homologué contre le hantavirus en dehors de la Chine et de la Corée du Sud. Pas de traitement antiviral spécifique non plus. La prise en charge est symptomatique : ventilation mécanique, soins intensifs, surveillance étroite. Autant dire que sur un navire en pleine mer, les options sont limitées.
L’OMS a beau évoquer un « faible risque » de propagation à grande échelle, la confirmation de la souche des Andes remet tout en perspective. Car si le virus reste à bord, le risque est contenu. Mais s’il débarque avec un porteur asymptomatique dans un aéroport, la donne change. L’histoire récente a montré qu’un seul cas importé peut suffire à déclencher une alerte sanitaire dans un pays entier.
Les prochaines 72 heures seront décisives. Arrivée aux Canaries, débarquement des passagers, mise en quarantaine probable. Et pour les 147 personnes toujours à bord du Hondius, chaque lever de soleil sur l’Atlantique est un soulagement — et une angoisse.