Cap-Vert : 1 700 touristes tombés malades et 8 morts, TUI sort du silence
Plus de 1 700 vacanciers ont engagé des poursuites contre le géant du tourisme TUI après être tombés gravement malades lors de séjours au Cap-Vert. Huit d’entre eux seraient décédés. Vomissements de sang, convulsions, infections bactériennes : les témoignages sont glaçants. Le voyagiste, longtemps silencieux, vient enfin de prendre la parole.
Un resort cinq étoiles devenu un cauchemar sanitaire
Tout se joue au Riu Karamboa, un complexe hôtelier cinq étoiles situé sur l’île de Sal, au Cap-Vert. Cette destination prisée des Britanniques, au large de l’Afrique de l’Ouest, a été frappée à deux reprises ces dernières années par des épidémies de shigellose, une infection bactérienne hautement contagieuse.
Mais la shigellose n’est pas la seule menace. Selon le cabinet d’avocats Irwin Mitchell, qui représente les plaignants, les vacanciers ont contracté un éventail terrifiant de maladies gastro-intestinales : E. coli, salmonelle, shigella, mais aussi des infections parasitaires comme le Cryptosporidium, responsable de diarrhées sévères, de crampes abdominales et de fièvre.
Parmi les victimes figurent des adultes de tous âges, mais aussi un bébé de six mois. Les descriptions des conditions d’hygiène sont accablantes : des vidéos montreraient de la nourriture crue mal conservée, des buffets envahis de mouches et de la moisissure dans les chambres.
Alisha, 21 ans, a vomi du sang et perdu connaissance
Alisha Hussain avait 21 ans quand elle a réservé son séjour au Riu Karamboa pour 900 livres sterling par personne. Ce devait être des vacances de rêve. Elles ont viré au cauchemar médical.
La jeune femme, originaire de Rotherham dans le South Yorkshire, a commencé à vomir du sang avant de subir des convulsions. Son amie, paniquée, a dû alerter le personnel de l’hôtel alors qu’Alisha s’étouffait avec ses propres vomissements. Transportée d’urgence à l’hôpital après avoir perdu connaissance, elle a déclaré au Daily Star : « Je n’ai jamais été aussi malade de toute ma vie. »

Alisha n’est malheureusement pas un cas isolé. Elle fait partie d’un groupe massif de plaignants qui ne cesse de grossir, semaine après semaine.
Huit décès recensés, un avocat stupéfait par l’ampleur du dossier
Le cabinet Irwin Mitchell estime que huit ressortissants britanniques sont décédés après avoir séjourné au Cap-Vert. Parmi les victimes identifiées : Karen Pooley, 64 ans, Mark Ashley, 55 ans, et David Smith, 54 ans (identité modifiée). Tous trois résidaient dans un hôtel de la chaîne espagnole Riu, qui exploite six établissements dans l’archipel.
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Les causes de décès sont multiples : gastro-entérite sévère, fractures osseuses liées à des chutes, insuffisance cardiaque. Autant de complications médicales survenues pendant ou après leur séjour.
Jatinder Paul, avocat spécialisé en dommages corporels internationaux chez Irwin Mitchell, ne cache pas sa stupéfaction. « En toutes mes années de pratique, je n’ai jamais vu une affaire aussi vaste, et malheureusement, avec autant de décès liés aux maladies contractées », a-t-il déclaré sur BBC Breakfast.
Un couple témoin de scènes effarantes en cuisine
Mark Watts, 55 ans, et sa femme Tracy, 56 ans, avaient choisi le Cap-Vert pour célébrer leur anniversaire de mariage en juillet dernier. Le séjour a tourné à la catastrophe.

Tracy, retraitée pour raisons médicales et atteinte de diabète de type 1, a vu sa glycémie devenir incontrôlable. Diarrhées, vomissements, frissons, difficultés respiratoires : elle a dû recevoir des soins médicaux d’urgence comprenant des antibiotiques par intraveineuse, des antiémétiques et une réhydratation par perfusion. Elle pense même avoir fait une réaction allergique aux antibiotiques administrés sur place.
Mais au-delà de leur propre calvaire, le couple rapporte des observations glaçantes. Ils affirment avoir vu des chefs manipuler de la viande crue sans gants. Des mouches et des oiseaux étaient, selon eux, omniprésents dans le restaurant. Des conditions sanitaires qui, si elles sont confirmées, pourraient constituer des manquements graves aux normes d’hygiène alimentaire.
TUI brise enfin le silence
Face à l’ampleur du scandale, TUI a finalement réagi par un communiqué. « Nous sommes profondément attristés par les rapports faisant état de ces pertes tragiques et présentons nos sincères condoléances aux familles touchées », a déclaré un porte-parole du voyagiste.
Le groupe assure que « la santé et la sécurité des clients sont toujours la priorité absolue » et affirme disposer de « procédures établies pour accompagner tout client tombant malade en vacances, incluant l’accès à des soins médicaux appropriés et une assistance sur place ».
Cependant, TUI a ajouté une précision qui n’a pas manqué de faire réagir : « Pour pouvoir apporter ce soutien, il est important que la maladie soit signalée à nos équipes pendant le séjour. Lorsque ce n’est pas le cas, cela limite l’assistance que nous sommes en mesure d’offrir. » Une déclaration perçue par certains plaignants comme une tentative de se dédouaner.
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Des millions de livres en jeu devant la justice
L’affaire prend désormais une dimension judiciaire considérable. Avec plus de 1 700 plaignants, il s’agit de l’une des plus importantes actions collectives jamais menées contre un voyagiste au Royaume-Uni pour des problèmes sanitaires.
Maître Jatinder Paul est catégorique : « Nous poursuivons toutes nos affaires contre TUI. Ils avaient la responsabilité d’emmener nos clients en vacances dans le cadre d’un voyage organisé qui ne devait pas les rendre malades. Malheureusement, c’est l’exact opposé qui s’est produit. »
Et l’avocat prévient : « Si nous ne parvenons pas à un accord à l’amiable, nous attendons qu’un juge de la Haute Cour rende une ordonnance impliquant le versement de millions de livres de dommages et intérêts à nos clients. » Le montant total des indemnisations pourrait atteindre des sommes colossales compte tenu du nombre de victimes, de la gravité des préjudices et des décès recensés.
Un archipel sous surveillance
Le Cap-Vert reste une destination conseillée par le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO), l’équivalent britannique du ministère des Affaires étrangères, qui n’a pas émis de déconseillation formelle. TUI précise d’ailleurs « continuer à suivre les recommandations du FCDO et à travailler avec ses partenaires hôteliers et les autorités compétentes ».
Reste que la chaîne Riu, groupe hôtelier espagnol qui gère six propriétés dans l’archipel, se retrouve au cœur de la tourmente. Deux épidémies de shigellose en quelques années sur le même site soulèvent des questions sérieuses sur les protocoles sanitaires en place.
Pour les 1 700 plaignants et les familles des huit personnes décédées, les condoléances ne suffisent plus. C’est désormais devant les tribunaux que se jouera la suite de cette affaire hors norme.
