Hantavirus : le MV Hondius accoste à Tenerife, les 5 Français rapatriés par vol sanitaire avec 45 jours d’isolement

Le navire de croisière MV Hondius, à bord duquel un foyer d’hantavirus a été détecté, a finalement jeté l’ancre ce dimanche matin au port de Granadilla, dans le sud-est de Tenerife, aux Canaries. L’évacuation des quelque 150 passagers et d’une partie de l’équipage a débuté dans la foulée — sous un protocole sanitaire digne d’un film catastrophe. Cinq Français sont à bord. Leur sort est désormais scellé : vol sanitaire, quarantaine hospitalière, puis 45 jours d’isolement à domicile. On fait le point, heure par heure.

Une arrivée sous haute tension à Granadilla

Peu après 7h du matin, un journaliste de l’AFP a pu confirmer sur place l’approche du MV Hondius vers le port de Granadilla, dans le sud de l’île espagnole de Tenerife. Les données du site VesselFinder ont corroboré cette observation : le navire, après des jours d’errance en mer depuis que six cas d’hantavirus ont été confirmés à bord, se dirigeait droit vers la côte canarienne.
À 7h20, c’était chose faite. Le bateau de croisière est entré dans le port de Granadilla. L’ambiance sur les quais était tout sauf celle d’une escale touristique. Pas de familles qui attendent, pas de taxis alignés. Ici, c’est un dispositif sanitaire et sécuritaire qui s’est déployé, avec un mot d’ordre martelé par Madrid : « aucun contact » entre les passagers et la population locale.
Le ministre de l’Intérieur espagnol Fernando Grande-Marlaska a qualifié l’opération de « rapide ». Mais derrière ce mot, c’est une mécanique millimétrée qui s’est mise en place. Les passagers ne devaient pas poser le pied sur le sol du port. L’évacuation s’est faite en mer, via de petites embarcations, par groupes de cinq personnes maximum. Autrement dit, même à quai, le Hondius restait une île sanitaire flottante.
Ce protocole ultra-strict rappelle à quel point la souche d’hantavirus détectée à bord est prise au sérieux par les autorités internationales. Et ce n’est pas un hasard si l’OMS elle-même s’est mobilisée sur ce dossier.

Masques FFP2, débarquement échelonné : le ballet sanitaire décrypté
La porte-parole du ministère espagnol de la Santé, Mónica García Gómez, a détaillé le protocole. Chaque passager a d’abord subi un examen médical à bord. Ensuite, le débarquement a eu lieu « de manière échelonnée et ordonnée ». Personne n’emportait ses bagages. Tout le monde portait un masque FFP2.
Les 14 passagers et membres d’équipage espagnols ont été les premiers à quitter le navire. Ils ont été conduits par embarcation vers la terre ferme, puis transférés en bus dédié jusqu’à l’aéroport de Tenerife-Sud, situé à une dizaine de minutes seulement. De là, un avion militaire les a emmenés vers l’hôpital militaire Gómez Ulla, à Madrid.
À leur arrivée, quarantaine immédiate. Chacun d’entre eux a subi un test PCR dès son admission, avec un second test prévu sept jours plus tard. Pendant cette semaine, les autorités espagnoles ont mis en place ce qu’elles appellent une « quarantaine très stricte ». Pas de visite, pas de sortie, surveillance permanente.
Pour les autres passagers — des dizaines de nationalités différentes —, le même schéma s’est répété. Embarcation, transfert à l’aéroport, rapatriement par avion vers leur pays d’origine. Le tout sans jamais croiser un civil canarien. C’est cette « bulle sanitaire » que le journaliste Sylvain Rousseau de France 24 a décrite : un tunnel hermétique entre le bateau et l’avion.
Un passager avait déjà lancé un message désespéré depuis le navire quelques jours plus tôt. Dimanche matin, pour lui et les autres, l’attente touchait enfin à sa fin — mais une autre forme d’enfermement commençait.
Ce qui attend les 5 Français à leur retour
Les cinq passagers français à bord du MV Hondius sont rapatriés « par un vol sanitaire ce jour », ont confirmé les ministères de la Santé et des Affaires étrangères dans un communiqué conjoint publié dimanche. Le transfert se fait « dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur et en conformité avec les recommandations de l’OMS ».
Mais le retour en France ne signifie pas le retour à la vie normale. Loin de là. À leur arrivée sur le sol français, les cinq passagers seront immédiatement placés en quarantaine hospitalière pendant 72 heures. Trois jours d’évaluation complète — analyses sanguines, surveillance clinique — avant que la suite du protocole ne se mette en place.
Et cette suite, elle dure. Après la quarantaine hospitalière, les cinq Français rejoindront leur domicile pour un isolement de 45 jours. Près d’un mois et demi coupés du monde, avec une surveillance médicale adaptée. C’est considérable — mais c’est cohérent avec la durée maximale théorique d’incubation de l’hantavirus, estimée à six semaines.
Les Agences régionales de santé (ARS) prendront ensuite le relais dans les régions de résidence de chaque passager. Le suivi comprend une prise de contact initiale, puis un suivi régulier pendant les six semaines d’incubation. Des recommandations sanitaires seront transmises à chaque personne exposée mais encore asymptomatique.
Le communiqué gouvernemental précise un point crucial : si l’un des cinq Français développe des symptômes pendant cette période, il sera « immédiatement reclassé comme cas suspect ». Cela déclenche alors une procédure spécifique : évaluation spécialisée, isolement hospitalier, prélèvements diagnostiques et mesures de prévention renforcées. Autrement dit, c’est le scénario redouté — celui où la transmission interhumaine suspectée par l’OMS prendrait une dimension nationale.
Pourquoi ce virus fait aussi peur aux autorités
Depuis le début de cette crise, un mot revient en boucle dans les communications officielles : « sans précédent ». Et pour cause. L’hantavirus, dans sa souche détectée à bord du MV Hondius, est suspecté d’être transmissible entre humains. C’est rarissime. La plupart des hantavirus se transmettent par contact avec des rongeurs ou leurs excréments — un geste anodin dans un garage peut suffire.
Mais la souche Andes, que l’OMS suspecte dans ce cas, change la donne. Elle est l’une des rares à pouvoir passer d’un humain à un autre. Avec un taux de mortalité estimé jusqu’à 40% selon certaines évaluations, on comprend pourquoi Madrid, Paris et Genève ont activé le mode alerte maximale.
Trois personnes sont déjà mortes à bord du MV Hondius. Les deux premiers décès avaient déclenché l’intervention de l’OMS. Un ancien passager a même été testé positif en Suisse après avoir quitté le navire, prouvant que le virus avait potentiellement déjà franchi les frontières maritimes.
Pour l’heure, aucun traitement antiviral spécifique n’existe contre l’hantavirus. La prise en charge est symptomatique, avec un recours possible à la réanimation dans les cas graves. C’est cette absence de remède qui rend chaque heure de quarantaine aussi cruciale : détecter tôt, isoler vite, surveiller sans relâche.
Après Tenerife, cap vers les Pays-Bas
Une fois l’ensemble des passagers évacués, le MV Hondius ne restera pas à quai. Le navire doit poursuivre sa route vers les Pays-Bas, où son armateur est basé. À bord resteront une partie de l’équipage, indispensable à la navigation. Leur statut sanitaire exact n’a pas été précisé dans les dernières communications officielles.
Cette traversée résiduelle pose de nouvelles questions. Les marins restés à bord sont-ils tous négatifs ? Qui assurera leur suivi médical pendant la traversée ? Des escales intermédiaires sont-elles prévues ? Autant de zones grises que les autorités néerlandaises devront rapidement éclaircir.
Ce qui est certain, c’est que cette affaire redéfinit les protocoles sanitaires des croisières internationales. Après les épidémies de norovirus qui ont frappé d’autres paquebots ces dernières années, le MV Hondius devient le symbole d’une menace d’un tout autre calibre. L’OMS, qui avait déjà géré l’alerte variole du singe, se retrouve face à un cas de figure inédit : un virus potentiellement mortel, confiné dans un espace clos flottant, avec des passagers de dizaines de nationalités.
Les cinq Français, eux, ne verront pas le bout de cette histoire avant au moins six semaines. Six semaines à compter de ce dimanche, enfermés chez eux, le téléphone à portée de main au cas où la fièvre monterait. Six semaines pendant lesquelles chaque courbature, chaque mal de tête, prendra une dimension nouvelle. C’est le prix à payer pour avoir croisé la route d’un virus que personne n’attendait sur un bateau de croisière.