« On veut juste rentrer chez nous » : le message désespéré d’un passager bloqué sur le navire frappé par l’hantavirus

Trois morts, sept malades, près de 150 passagers confinés dans leurs cabines au large du Cap-Vert. Le MV Hondius, surnommé « navire de la peste » par la presse anglophone, est au cœur d’une crise sanitaire inédite liée à l’hantavirus. À bord, un influenceur américain, Jake Rosmarin, a pris la parole sur Instagram pour rappeler au monde que derrière les gros titres, il y a des êtres humains terrifiés qui attendent de pouvoir rentrer chez eux.
Voir cette publication sur Instagram
Confinés en cabine depuis des jours, sans date de retour
Le MV Hondius n’est pas un gigantesque paquebot de luxe. C’est un navire d’expédition de taille modeste, conçu pour les croisières polaires et les traversées au long cours. Depuis que l’hantavirus a été détecté à bord, les quelque 150 passagers sont confinés dans leurs cabines, sans certitude sur la date à laquelle ils pourront débarquer.

Au 5 mai, le bilan officiel fait état de sept personnes malades et trois décès. Deux cas ont été formellement confirmés comme étant liés à l’hantavirus. Un patient se trouve en soins intensifs, mais son état serait « en amélioration » selon les autorités sanitaires. Deux autres malades sont en cours de préparation pour une évacuation médicale.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que des opérations de désinfection et des mesures de santé publique étaient en cours à bord du navire. Mais pour les passagers, l’attente reste insoutenable. Et c’est précisément cette incertitude qui a poussé Jake Rosmarin à briser le silence.
« On n’est pas juste des gros titres » : le cri du cœur d’un passager
Jake Rosmarin, influenceur voyage américain, fait partie des passagers bloqués sur le Hondius. Son premier message Instagram avait un ton grave, loin des stories habituelles de voyage. « Nous ne sommes pas juste une histoire, pas juste des gros titres. Nous sommes des gens avec des familles, des vies, des proches qui nous attendent à la maison », a-t-il écrit.

Sa voix tremblait entre la dignité et la détresse. « Il y a beaucoup d’incertitude et c’est la partie la plus difficile. Tout ce qu’on veut, c’est se sentir en sécurité, avoir de la clarté et rentrer chez nous. » Un message qui tranche avec le traitement médiatique sensationnaliste dont le navire fait l’objet depuis plusieurs jours.
Rosmarin a demandé « de la gentillesse et de la compréhension » à ceux qui suivent l’affaire de loin. « Si vous voyez la couverture médiatique, rappelez-vous qu’il y a de vraies personnes derrière, et que ce n’est pas quelque chose qui se passe loin de vous. Ça nous arrive à nous, maintenant. »
Le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est lui aussi exprimé, 19 ressortissants britanniques figurant parmi les passagers du navire. La dimension diplomatique de la crise ajoute une couche de complexité à une situation déjà chaotique.
Un virus rare qui ne se transmet presque jamais entre humains — presque
L’hantavirus n’est pas un virus comme les autres. Contrairement au Covid-19 ou à la grippe, il se transmet habituellement par contact avec l’urine, les excréments ou la salive de rongeurs infectés. La transmission interhumaine est considérée comme rare — mais elle existe, et c’est précisément ce qui inquiète les épidémiologistes dans le cas du Hondius.
Des experts ont suggéré qu’il pourrait y avoir un « mélange » de modes de transmission à bord, ce que les autorités sanitaires sont en train d’investiguer. L’une des escales du navire se trouvait dans une zone où une souche spécifique d’hantavirus avait déjà été identifiée, ce qui oriente les recherches.
La souche Andes de l’hantavirus est la seule connue pour pouvoir se transmettre d’humain à humain. Son taux de mortalité est estimé à environ 40 %, un chiffre qui explique la mobilisation rapide de l’OMS. Il n’existe aucun traitement spécifique ni vaccin contre l’hantavirus : la prise en charge repose sur une détection précoce et des soins de soutien intensif.
Les autorités sanitaires internationales ont toutefois tenu à rassurer : le risque pour la population mondiale reste faible. Mais à bord du navire, cette statistique globale n’offre qu’un maigre réconfort.
Entre les murs d’une cabine, garder le moral coûte que coûte
Dans une mise à jour publiée le 5 mai, Rosmarin a posté un selfie depuis ce qui semble être le balcon de sa cabine. Le ton, cette fois, se voulait plus apaisé. « Je me sens bien, je prends l’air frais, et je continue à être bien nourri et pris en charge par l’équipage à bord », a-t-il écrit.

L’influenceur a salué le travail de l’équipage du Hondius, une constante dans ses messages. Malgré la situation, il tente de « se concentrer sur le positif, penser aux bonnes choses » et de garder le sourire. « Il y a encore de l’incertitude, mais c’est rassurant de savoir qu’il y a un plan en place », a-t-il ajouté.
Son dernier message se terminait par une phrase simple : « Pour l’instant, on prend les choses étape par étape. On va s’en sortir. » Un optimisme prudent, à la mesure d’une situation dont personne ne connaît encore l’issue.
L’affaire du MV Hondius rappelle que les crises sanitaires sur les navires de croisière ne sont pas des scénarios de fiction. Les espaces confinés, la promiscuité et l’éloignement des infrastructures médicales terrestres créent des conditions idéales pour la propagation de pathogènes. Le norovirus avait déjà frappé plusieurs paquebots ces dernières années. Mais avec l’hantavirus, c’est un cap inédit qui est franchi.
Un navire de croisière transformé en zone de quarantaine flottante
La question qui hante désormais les passagers et leurs familles est simple : quand pourront-ils débarquer ? Le navire stationne au large du Cap-Vert, archipel situé dans l’Atlantique au large de l’Afrique de l’Ouest. Les évacuations médicales sont en cours pour les cas les plus graves, mais pour les passagers asymptomatiques, le confinement en cabine reste la règle.
Il existe des protocoles stricts à bord des navires pour gérer ce type de crise, mais l’hantavirus pose des défis inédits. Contrairement au norovirus, contre lequel les équipages sont formés, ce virus est une première sur un bateau de croisière. Les procédures sont élaborées en temps réel, sous la supervision de l’OMS.
Pour les proches restés à terre, l’angoisse est d’autant plus vive que les communications depuis le navire restent limitées. Les messages sporadiques de Rosmarin sur Instagram sont devenus, malgré lui, la fenêtre principale sur ce qui se passe réellement à bord. Une responsabilité qu’il n’avait pas demandée, mais qu’il assume avec une sobriété remarquable.
Alors que les incidents sanitaires en mer se multiplient ces dernières années, l’affaire du Hondius pourrait bien redéfinir les normes de sécurité dans l’industrie des croisières d’expédition. En attendant, 150 personnes comptent les heures dans leurs cabines, accrochées à l’espoir que le prochain message sera celui du retour à la maison.