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Trois morts sur un bateau de croisière : l’OMS suspecte une souche d’hantavirus au taux de mortalité de 40%

Publié par Cassandre le 06 Mai 2026 à 10:31
Trois morts sur un bateau de croisière : l'OMS suspecte une souche d'hantavirus au taux de mortalité de 40%

Trois passagers morts, sept autres malades, et un navire bloqué au large du Cap-Vert. L’épidémie qui frappe le MV Hondius vient de prendre une tournure bien plus grave que prévu. L’Organisation mondiale de la santé suspecte désormais une souche d’hantavirus capable de se transmettre d’humain à humain — avec un taux de mortalité qui avoisine les 40%. Voici ce qu’on sait, et pourquoi la situation inquiète bien au-delà du navire.

Un virus qui ne devrait pas être là

L’hantavirus, dans sa forme classique, se transmet par les rongeurs. Leurs excréments, leur salive, leur urine. Les humains l’attrapent en inhalant des particules contaminées, mais ne se le refilent pas entre eux. C’est la règle. Sauf qu’il existe une exception, et elle porte un nom : le virus des Andes.

Le MV Hondius ancré au large du Cap-Vert

Cette souche particulière ne se trouve normalement que dans les montagnes d’Argentine et du Chili. C’est la seule connue capable de se propager d’une personne à l’autre. Et c’est précisément celle que l’OMS suspecte à bord du MV Hondius. Un détail change tout dans l’équation : aucun rongeur n’a été retrouvé sur le bateau.

« On ne peut pas l’exclure », a concédé l’OMS mardi. Si la transmission interhumaine se confirme, un navire de 80 cabines avec environ 150 personnes à bord devient un environnement de cauchemar. Confiné. Clos. Idéal pour un virus qui tue quatre personnes sur dix.

Comment le virus est-il monté à bord ?

Le MV Hondius a quitté l’Argentine le 20 mars pour un voyage de plusieurs semaines à travers l’Atlantique. Problème : le départ n’a pas eu lieu dans une zone où le virus des Andes circule habituellement. Alors comment expliquer sa présence ?

Équipe médicale en tenue de protection montant à bord

Maria Van Kerkhove, directrice de la préparation aux épidémies et pandémies à l’OMS, a esquissé une hypothèse mardi sur BBC Breakfast : le premier passager tombé malade aurait pu contracter le virus avant même de monter à bord. « Notre hypothèse de travail, c’est qu’il y a probablement plusieurs types de transmission en jeu », a-t-elle précisé.

Le navire a fait escale sur plusieurs îles durant son voyage. Des passagers auraient pu y entrer en contact avec des rongeurs porteurs du virus, déclenchant une chaîne de contamination parallèle. Mais l’absence totale de rats à bord rend la piste de la transmission interhumaine de plus en plus crédible.

« Nous pensons qu’il y a probablement une transmission d’humain à humain en cours parmi les contacts vraiment proches », a lâché Van Kerkhove. Une phrase qui pèse lourd quand on parle d’un bateau de 107 mètres de long.

À bord, des équipes en tenue de protection intégrale

Le MV Hondius est resté ancré au large du Cap-Vert, ce petit archipel de l’Atlantique situé à 600 kilomètres des côtes africaines. Des équipes médicales en combinaison de protection complète ont été envoyées à bord pour évaluer la situation.

Deux membres d’équipage — un Britannique et un Néerlandais — présentent des symptômes suspects. Les médecins sont en train de tester d’autres passagers et membres d’équipage qui montrent des signes d’infection. En tout, dix personnes sont officiellement touchées : trois sont décédées, sept autres sont malades.

Sur un navire de croisière classique, une épidémie de norovirus suffit déjà à transformer un voyage de rêve en cauchemar sanitaire. Ici, on parle d’un virus dont le taux de mortalité est 200 fois supérieur à celui de la grippe saisonnière. Et la question qui se pose maintenant, c’est : où ce bateau va-t-il pouvoir accoster ?

L’Espagne hésite, personne ne veut du navire

L’OMS a annoncé que l’Espagne avait donné son accord pour accueillir le navire aux îles Canaries. Le problème : Madrid a immédiatement démenti.

Port des îles Canaries en attente de décision

« En fonction des données épidémiologiques recueillies sur le bateau alors qu’il passe au large du Cap-Vert, la prochaine escale la plus appropriée sera décidée », a indiqué le ministère espagnol de la Santé dans un communiqué. « D’ici là, le ministère de la Santé ne prendra pas de décision, comme nous l’avons expliqué à l’OMS. »

En clair : l’Espagne attend de savoir exactement à quoi elle a affaire avant d’ouvrir ses ports. On peut la comprendre. Un virus mortel dans 40% des cas, potentiellement transmissible entre humains, sur un bateau qui cherche à accoster sur son territoire — le scénario ressemble à un film catastrophe. Sauf que cette fois, il est bien réel.

Pourquoi le virus des Andes fait si peur

Les hantavirus forment une grande famille. La plupart provoquent des fièvres hémorragiques ou des syndromes pulmonaires, mais restent limités aux zones où vivent les rongeurs porteurs. La transmission s’arrête là : pas de chaîne humaine.

Le virus des Andes brise cette règle. Identifié en Amérique du Sud, il est le seul hantavirus pour lequel des cas documentés de transmission interhumaine existent. C’est ce qui le rend si redoutable dans un espace confiné. Un bateau, un avion, un hôpital — n’importe quel lieu où les gens partagent l’air et l’espace peut devenir un foyer d’amplification.

Avec un taux de létalité proche de 40%, chaque nouveau cas confirmé fait mathématiquement monter le risque. Sur 150 personnes à bord, si la transmission se poursuit sans contrôle, les chiffres peuvent grimper très vite. Les autorités sanitaires le savent. C’est pour ça que des protocoles d’urgence ont été déclenchés.

Ce que les prochaines heures vont changer

Tout repose désormais sur les analyses en cours au large du Cap-Vert. Si les tests confirment la présence du virus des Andes — et pas d’une autre souche d’hantavirus — la situation sera officiellement reclassée en urgence sanitaire de premier ordre.

Les résultats détermineront aussi le sort du navire. L’Espagne acceptera-t-elle de l’accueillir aux Canaries ? Un autre pays prendra-t-il le relais ? Les 150 personnes à bord sont en quarantaine de facto, coincées sur un bateau de 107 mètres quelque part dans l’Atlantique.

Ce qui est certain, c’est que cette crise remet sur la table une question que les épidémies à bord de paquebots posent régulièrement : que se passe-t-il quand un virus mortel se retrouve enfermé avec des centaines de personnes dans un espace dont personne ne peut sortir ? Le Covid avait déjà donné un aperçu avec le Diamond Princess en 2020. Mais avec un taux de mortalité de 40%, l’enjeu est d’un tout autre niveau.

Les prochaines heures seront décisives. Pour les passagers du MV Hondius, chaque résultat de test peut faire basculer le scénario dans un sens ou dans l’autre. Et pour le reste du monde, cette affaire rappelle une vérité inconfortable : un virus rare, dans les bonnes conditions, peut devenir un problème pour tout le monde.

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