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Hantavirus sur le MV Hondius : six cas confirmés, le chef de l’OMS en route vers les Canaries

Publié par Cassandre le 09 Mai 2026 à 9:41

Un paquebot de croisière dérivant dans l’Atlantique, six passagers infectés par un virus rare, trois morts en quelques jours et un taux de létalité de 38 %. La crise sanitaire à bord du MV Hondius vient de franchir un nouveau cap : le patron de l’Organisation mondiale de la santé s’envole en personne vers les îles Canaries pour superviser l’évacuation. Voici où en est la situation, heure par heure.

Un virus qui ne devait pas se retrouver sur un bateau de croisière

L’hantavirus n’est pas un nom que l’on associe spontanément aux voyages en mer. Ce pathogène circule habituellement chez les rongeurs, dans des zones rurales d’Amérique du Sud. Sauf qu’ici, la souche identifiée à bord du MV Hondius est celle dite « des Andes ». Et c’est précisément ce détail qui fait basculer la situation dans une autre dimension.

Le navire MV Hondius naviguant seul dans l'Atlantique

Contrairement à la plupart des autres souches d’hantavirus, la souche des Andes peut se transmettre entre humains. Pas besoin de contact avec un rongeur. Un simple échange rapproché entre passagers suffit. C’est aussi celle qui affiche le taux de mortalité le plus élevé parmi toutes les variantes connues du virus.

L’OMS a d’ailleurs confirmé ce vendredi 9 mai que les six cas testés en laboratoire correspondent tous à cette souche précise. Deux autres cas, considérés comme « probables », sont encore en cours d’analyse. Au total : huit personnes touchées, trois décédées. Un taux de létalité de 38 % qui glace les autorités sanitaires internationales.

Pour mieux comprendre, il faut remonter au point de départ de cette croisière — et surtout à ce qui s’est passé quand les premiers symptômes sont apparus.

Chronologie d’une crise qui s’accélère

Le MV Hondius naviguait dans l’Atlantique quand les premiers signes d’infection ont été repérés à bord. Fièvre, douleurs musculaires, difficultés respiratoires : des symptômes qui, pris isolément, peuvent ressembler à une mauvaise grippe. Mais les deux premiers décès ont fait comprendre que le problème était bien plus grave.

L’OMS a alors lancé une alerte. Les analyses ont révélé la présence du virus des Andes, ce qui a immédiatement déclenché un protocole d’isolement strict. Mais sur un navire de croisière, isoler des passagers est un cauchemar logistique. Les espaces sont confinés, la ventilation partagée, les repas collectifs. L’OMS soupçonne d’ailleurs une transmission directe entre passagers, un phénomène rarissime pour ce type de virus.

Équipe médicale en combinaison Hazmat à bord d'un paquebot

Certains voyageurs avaient déjà quitté le navire lors d’une escale à Sainte-Hélène, avant que l’ampleur de la contamination ne soit connue. Ils ont ensuite pris des vols commerciaux, notamment vers Johannesbourg, disséminant potentiellement le risque sur plusieurs continents. Un ancien passager a même été testé positif en Suisse, ajoutant une couche d’inquiétude supplémentaire.

Seule bonne nouvelle dans ce tableau sombre : deux résidents de Singapour, âgés de 65 et 67 ans, qui se trouvaient à bord et avaient voyagé sur le même vol qu’un cas confirmé, ont finalement été testés négatifs. L’agence nationale des maladies infectieuses de Singapour l’a confirmé vendredi.

Reste que le navire, lui, continue de voguer vers sa destination d’urgence. Et c’est là que la situation prend un tournant diplomatique inédit.

Pourquoi le patron de l’OMS se déplace en personne

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, ne se déplace pas souvent sur le terrain en pleine crise. Quand il le fait, c’est que la gravité de la situation l’exige. Ce samedi, il s’envole pour les îles Canaries, où le MV Hondius est attendu dimanche.

Sa mission : coordonner l’évacuation des passagers encore à bord. Selon des sources au sein du ministère de l’Intérieur espagnol, le dispositif mobilise les autorités sanitaires locales, les services d’urgence de l’archipel et plusieurs équipes médicales internationales. L’Espagne se retrouve en première ligne d’une crise qu’elle n’a pas vue venir.

Le choix des Canaries comme port d’accueil n’est pas anodin. L’archipel dispose d’infrastructures hospitalières suffisantes pour gérer une quarantaine à grande échelle, tout en étant suffisamment isolé du continent européen pour limiter les risques de propagation. C’est un calcul stratégique autant que sanitaire.

Car le vrai cauchemar des autorités, c’est la dispersion. Des passagers du Hondius se trouvent déjà dans plusieurs pays. Chaque test négatif est un soulagement, mais chaque jour qui passe sans que tous les contacts soient retrouvés augmente le risque. Avec un taux de mortalité estimé à 40 % pour la souche des Andes, la marge d’erreur est quasi nulle.

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Ce qui rend cette souche si redoutable

Tous les hantavirus ne se valent pas. La plupart se transmettent par inhalation de particules contaminées par des déjections de rongeurs. On les attrape en nettoyant une grange, en dormant dans un refuge mal entretenu. La transmission interhumaine est considérée comme exceptionnelle… sauf pour le virus des Andes.

Port des Canaries préparé pour l'évacuation sanitaire du navire

Cette souche, identifiée pour la première fois en Argentine dans les années 1990, est la seule pour laquelle des chaînes de transmission de personne à personne ont été documentées de manière solide. Les symptômes initiaux — fièvre, maux de tête, douleurs abdominales — évoluent rapidement vers un syndrome cardiopulmonaire sévère. Les poumons se remplissent de liquide. Sans prise en charge médicale lourde, l’issue est souvent fatale.

Sur un bateau de croisière, avec des passagers souvent âgés et un accès limité aux soins intensifs, ces caractéristiques deviennent un cocktail particulièrement dangereux. Des passagers bloqués à bord ont envoyé des messages désespérés, réclamant simplement de pouvoir rentrer chez eux.

Le parallèle avec d’autres crises sanitaires en mer est tentant. On se souvient des épidémies de norovirus sur des paquebots, qui avaient déjà mis en lumière la vulnérabilité des navires de croisière face aux maladies infectieuses. Mais le norovirus, aussi désagréable soit-il, ne tue quasiment jamais. Ici, on parle d’un pathogène dont plus d’un tiers des cas confirmés sont décédés.

L’inquiétude dépasse largement l’Atlantique

Ce qui se passe sur le MV Hondius ne concerne pas que les 100 ou 200 passagers encore à bord. Les anciens voyageurs sont rentrés chez eux aux quatre coins du monde. Singapour, la Suisse, l’Afrique du Sud… La liste des pays potentiellement touchés s’allonge au fil des jours.

Les autorités sanitaires de chaque pays concerné ont activé leurs protocoles de surveillance. Les deux Singapouriens testés négatifs avaient été placés à l’isolement dès leur arrivée, preuve que la prise au sérieux est maximale. Mais retrouver l’ensemble des contacts d’un vol commercial entre Sainte-Hélène et Johannesbourg, plusieurs semaines après les faits, relève du défi.

L’OMS a déjà dû gérer des alertes mondiales récemment, notamment avec la variole du singe. Mais la combinaison d’un virus rare, d’un taux de létalité extrêmement élevé et d’un foyer mobile (un bateau) crée une configuration inédite. Certains observateurs n’hésitent pas à comparer la situation aux premiers jours du Diamond Princess en 2020, quand le Covid-19 avait transformé un paquebot en cluster géant.

La comparaison a ses limites : le hantavirus des Andes est bien moins contagieux que le SARS-CoV-2. Mais sa létalité est incomparablement plus élevée. Chaque cas compte, et chaque cas manqué peut devenir un drame.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines heures

Dimanche, le MV Hondius devrait accoster aux Canaries. C’est le moment charnière. L’évacuation des passagers devra se faire dans des conditions de biosécurité maximale. Des équipes en combinaison Hazmat seront probablement déployées, comme cela a déjà été le cas lors de précédentes évacuations médicales sur ce navire.

Plusieurs questions restent en suspens. Combien de passagers sont encore asymptomatiques mais potentiellement porteurs du virus ? Les deux cas « probables » seront-ils confirmés ? Et surtout, y a-t-il d’autres anciens passagers, quelque part dans le monde, qui développent des symptômes sans savoir qu’ils ont été exposés ?

La présence de Tedros Adhanom Ghebreyesus sur place est un signal fort. L’OMS ne veut manifestement pas revivre le scénario du début de la pandémie de Covid, quand l’organisation avait été accusée de réagir trop lentement. Cette fois, le message est clair : la communauté internationale prend cette crise au sérieux, dès maintenant.

D’ici là, alors que d’autres menaces virales émergent en Europe, la situation du MV Hondius rappelle une vérité simple : dans un monde hyperconnecté, un virus rare sur un bateau perdu dans l’Atlantique peut devenir le problème de tout le monde en quelques jours.

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