Hantavirus sur le MV Hondius : qui était Leo Schilperoord, l’ornithologue parti observer un oiseau rare dans une décharge ?
Un couple de retraités néerlandais, passionnés d’ornithologie, avait entamé un voyage de cinq mois en Amérique du Sud. Personne ne pouvait imaginer que l’observation d’un oiseau rare dans une décharge près d’Ushuaia allait déclencher une crise sanitaire mondiale. Leo Schilperoord, 70 ans, est aujourd’hui identifié comme le patient zéro de l’épidémie d’hantavirus sur le MV Hondius. Son épouse Mirjam est décédée quinze jours après lui. Voici leur histoire.

Un voyage de rêve de cinq mois à travers l’Amérique du Sud
Leo et Mirjam Schilperoord vivaient à Haulerwijk, un village paisible de 3 000 habitants aux Pays-Bas. En novembre dernier, ces deux retraités avaient atterri en Argentine pour un périple ambitieux : cinq mois à sillonner l’Amérique du Sud. Chili, Uruguay, Argentine… Le couple avait prévu un itinéraire riche, ponctué d’escales nature.
Car Leo et Mirjam n’étaient pas des touristes ordinaires. Tous les deux ornithologues passionnés, ils profitaient de chaque étape pour observer des espèces rares. Le couple avait même publié des articles dans des revues spécialisées néerlandaises. L’observation d’oiseaux, c’était leur vie entière.
Lors de leur deuxième passage en Argentine, les Schilperoord se sont dirigés vers Ushuaia, la ville la plus australe du monde. C’est là que leur passion les a menés vers un endroit que les habitants de la région évitent soigneusement. Et pour cause.
Une décharge « évitée comme la peste » par les locaux
Selon le New York Post, qui a retracé le parcours du couple grâce à leurs avis de décès publiés dans le journal local de Haulerwijk, Leo et Mirjam se seraient rendus dans une déchetterie proche d’Ushuaia. Leur objectif : observer le Caracara à gorge blanche, une espèce de rapace qui ne vit qu’au Chili et en Argentine.

Le site est un spot bien connu des amoureux d’oiseaux venus du monde entier. Les volatiles y viennent se nourrir parmi les montagnes de déchets. Problème : les piles d’ordures attirent aussi des rongeurs en masse. Et ces rongeurs sont le réservoir naturel de l’hantavirus.
Le journal américain précise que la décharge est « évitée comme la peste par les locaux ». Les habitants d’Ushuaia savent pertinemment que les rongeurs qui pullulent sur le site représentent un danger sanitaire réel. Mais pour des ornithologues étrangers, l’appel du Caracara à gorge blanche était visiblement plus fort que la prudence. L’OMS a depuis confirmé la dangerosité de la souche contractée.
Les premiers symptômes en pleine mer
Quelques jours après cette visite fatidique, le 1er avril, Leo et Mirjam Schilperoord ont embarqué à bord du MV Hondius, un navire de croisière d’expédition, au port d’Ushuaia. Le bateau partait pour une traversée de l’Atlantique.
Le 6 avril, Leo a signalé ses premiers symptômes. Fièvre, maux de tête, légère diarrhée. À bord d’un navire en plein océan, les options médicales sont limitées. Cinq jours plus tard, le 11 avril, le Néerlandais de 70 ans est décédé. Il est devenu le premier mort officiel de ce qui allait se transformer en crise sanitaire majeure liée à une souche au taux de mortalité de 40%.
À ce moment-là, personne à bord ne mesurait encore l’ampleur de la menace. D’autres passagers présentaient déjà des symptômes similaires. Le virus était en train de se propager silencieusement entre les ponts du navire.
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« Comme des oiseaux en plein vol… »
Le 24 avril, la dépouille de Leo a été débarquée à Sainte-Hélène, territoire britannique au milieu de l’Atlantique. Mirjam, qui présentait elle aussi des symptômes, a été débarquée en même temps. Le lendemain, elle a pris un vol pour Johannesburg, en Afrique du Sud, première étape d’un rapatriement vers les Pays-Bas.

Mais son état de santé s’est rapidement dégradé. À Johannesburg, Mirjam a brièvement embarqué sur un vol vers les Pays-Bas avant d’en être éconduite — elle était trop malade pour voyager. Le 26 avril, quinze jours après son mari, Mirjam Schilperoord est décédée. Son infection à l’hantavirus a été confirmée le 4 mai.
Dans le journal local de Haulerwijk, les amis du couple ont publié un hommage poignant. « Comme des oiseaux en plein vol… Après avoir dû dire au revoir le 11 avril à son mari, Leo Schilperoord, c’est maintenant notre chère amie Mirjam Schilperoord-Huisman qui est décédée le 26 avril. Vous nous manquerez, ainsi que vos histoires », ont-ils écrit. Une association de quartier a également rendu hommage au couple dans ses colonnes.
L’effet domino : du patient zéro à la crise mondiale
L’identification de Leo Schilperoord comme patient zéro permet de reconstituer la chaîne de contamination. Le couple a très probablement inhalé des particules contaminées par des excréments de rongeurs infectés dans la décharge d’Ushuaia. Une exposition qui rappelle les dangers méconnus liés aux déjections de rongeurs, y compris en France.
Leo a ensuite développé la maladie à bord du MV Hondius. La question qui obsède désormais l’OMS : le virus s’est-il transmis directement entre passagers ? La souche andine de l’hantavirus, contrairement à la plupart des autres souches, est capable de se transmettre entre humains. Un confinement en milieu clos — un navire de croisière — a pu amplifier la propagation de manière dramatique.
Depuis, six cas ont été confirmés à bord du navire. Le MV Hondius a accosté à Tenerife pour permettre l’évacuation de passagers. Cinq Français ont été rapatriés par vol sanitaire, dont un présentant déjà des symptômes. En France, 27 cas contacts ont été placés à l’isolement. Un passager américain rapatrié a aussi été testé positif.
Quand la passion dépasse la prudence
L’histoire de Leo et Mirjam Schilperoord est celle d’un couple uni par une passion dévorante. Observer un Caracara à gorge blanche dans une décharge infestée de rongeurs, là où les habitants n’osent pas mettre les pieds — il fallait un amour inconditionnel de l’ornithologie pour prendre ce risque.
Les passagers bloqués sur le navire ont vécu des semaines d’angoisse, certains envoyant des messages désespérés à leurs proches. Une photo troublante d’une évacuation en combinaison Hazmat a fait le tour du monde, illustrant la gravité de la situation.
Le couple de Haulerwijk ne saura jamais l’ampleur de la crise déclenchée par leur visite dans cette décharge argentine. Leurs amis, eux, ont choisi de retenir l’essentiel : deux passionnés partis « comme des oiseaux en plein vol », emportés par la maladie au milieu d’un dernier grand voyage. Un voyage dont ils ne sont jamais revenus.