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En 1890, Clément Ader a décollé avant les frères Wright : son Éole n’est pourtant ni reconnu ni oublié

Publié par Cassandre le 03 Oct 2026 à 19:03

Et si le premier avion de l’histoire avait décollé en France, dans le parc d’un château, avant les frères Wright ? Le 9 octobre 1890, l’Éole de Clément Ader aurait parcouru environ 50 mètres à 20 centimètres du sol. Mais ce conditionnel pèse lourd, et il en dit long sur ce qui s’est vraiment passé ce jour-là.

À retenir

  • Le 9 octobre 1890, dans le parc du château de Gretz-Armainvilliers, l’Éole aurait volé sur environ 50 mètres, à environ 20 cm du sol.
  • L’appareil mesurait 13,5 mètres d’envergure et pesait sur un moteur à vapeur de 20 chevaux, avec une hélice en bambou à 4 pales.
  • En juin 1990, une réplique dotée d’un moteur de 30 chevaux a volé à Meaux-Esbly.
Avion à vapeur du XIXe siècle aux ailes de chauve-souris

Des chauves-souris dans un jardin parisien

Tout commence avec des roussettes des Indes, de gigantesques chauves-souris dépassant 1,10 mètre d’envergure. Clément Ader se les procure et les observe planer dans une volière construite dans son jardin, à Paris.

De leurs ailes, il tire l’Éole. Le nom vient d’Éole, maître des vents dans la mythologie grecque. Le vent sait d’ailleurs se montrer brutal, comme l’a prouvé une mini-tornade près de Rouen.

La machine mesure 4,6 mètres de long pour 13,5 mètres d’envergure. Son armature en bois est recouverte de soie élastique, et son moteur à vapeur à 4 cylindres brûle de l’alcool pour fournir 20 chevaux.

L’hélice en bambou compte 4 pales de 2,6 mètres de diamètre. Selon la page anglaise, l’engin ne bat pas des ailes : il compte sur la portance de ses ailes en mouvement vers l’avant.

Reste à trouver l’argent et un terrain. Le financement vient du baron Péreire, banquier important, déjà impliqué dans les opérations immobilières de la modernisation de Paris menée par le préfet Haussmann. Et le terrain d’essai, lui, est un parc de château bien précis.

Cinquante mètres au ras du sol

Ader teste son appareil dans le parc du château de Gretz-Armainvilliers, au sud-est de Paris. Il dispose d’une piste de 200 mètres de long.

Le 9 octobre 1890, l’Éole aurait fait un bond d’une vingtaine de centimètres de hauteur sur environ 50 mètres. Les sources parlent d’un vol sans véritable contrôle de l’appareil par Ader. L’engin n’avait d’ailleurs aucun moyen de diriger sa trajectoire.

La faible puissance du moteur par rapport au poids et le mauvais temps auraient limité l’altitude atteinte. Ader prétendra plus tard avoir refait voler l’Éole en septembre 1891 sur 100 mètres, mais cette seconde affirmation est encore moins étayée.

Voler sans maîtriser sa trajectoire, c’est tout l’inverse d’un simple passager qui prend les commandes d’un vol FlyDubai. Quitter le sol reste d’ailleurs toujours une affaire de risques, comme le raconte cette aéronaute électrocutée en montgolfière.

L’armée, elle, s’intéresse au projet. Les militaires commandent à Ader un appareil plus puissant : c’est le début de l’« Avion II ». Et l’« Avion III » aurait, selon Wikipédia, volé sur 300 mètres. Mais qui l’a vu, et qui peut le prouver ?

Le vol que seul Ader a raconté

Voici le nœud. Selon la page anglaise, le vol du 9 octobre 1890 repose sur des déclarations d’Ader lui-même, faites à la fin de 1907. Les pages consultées ne citent aucun témoin indépendant.

Ajoutez l’absence de contrôle directionnel : un bond rectiligne, subi plus que piloté. C’est ce qui explique que l’Éole ne soit pas reconnu comme le premier vol, malgré le « décollage » de 1890.

Certains y voient pourtant le premier vrai avion, puisqu’il a quitté le sol par ses propres moyens avec un homme à bord. Mais l’argument adverse tient aussi : les avions à vapeur se sont révélés une impasse technique.

Hélice en bambou d'une réplique ancienne posée au sol

Ader et ses partisans ont dit que les premiers avions des Wright avaient besoin d’une catapulte. En réalité, selon la page anglaise, les Wright n’en ont pas utilisé pour leurs premiers vols de 1903, seulement pour de nombreux vols en 1904 et après.

Les répliques ont donné des résultats mitigés. Une copie à moteur de 30 chevaux a volé à Meaux-Esbly en juin 1990, et de petits vols réussis sont signalés. Selon la page anglaise, une réplique grandeur nature construite à l’École Centrale Paris s’est écrasée dès son premier vol, blessant son pilote, tandis que des maquettes ont bien volé.

Voilà pourquoi l’Éole n’est ni reconnu ni oublié : il reste un décollage possible, jamais vérifié. Les crashs de petits avions comme à La Baule rappellent à quel point la maîtrise du vol a été difficile à acquérir.

Un bond de 50 mètres sans témoin suffit-il à faire entrer quelqu’un dans l’histoire ? La question reste ouverte, comme celle de ce vol Ryanair qui a déclenché le code de détournement, ou de ce pilote accusé d’avoir poignardé son copilote en plein vol.

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