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Un pêcheur croyait voir un rocher : c’était une épave romaine vieille de plus de 2000 ans

Publié par Cassandre le 26 Sep 2026 à 8:53
Amphores romaines intactes reposant sur le fond marin

Une masse sombre par 46 mètres de fond. Pour Giacomo De Mola, ça ressemblait à un rocher comme il en avait vu des dizaines. Sauf qu’en s’approchant, ce pêcheur sous-marin a compris qu’il venait de tomber sur quelque chose que personne n’avait revu depuis vingt siècles.

Une prospection ordinaire qui vire à l’extraordinaire

Ce jour-là, Giacomo De Mola ne cherchait rien de particulier. Une journée de prospection classique, au large de Mazara del Vallo, à l’ouest de la Sicile. Le genre de sortie où l’on scrute le fond sans rien attendre.

Sauf que le 8 août dernier, la routine s’arrête net. À 46 mètres de profondeur, une forme intrigue. Le pêcheur pense d’abord à un rocher, comme souvent dans ces zones. Ce type de méprise n’est pas rare : les fonds marins regorgent de formations qui trompent l’œil, un peu comme ces structures sous-marines repérées au large du Finistère qui ont longtemps intrigué les archéologues.

Mais cette fois, l’approche coupe le souffle. Sous lui s’étend une nappe d’amphores, posée sur le sédiment comme figée dans le temps.

Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, ne tardera pas à qualifier cette trouvaille d’une des plus importantes découvertes récentes en archéologie sous-marine. Mais à ce stade, personne ne mesure encore l’ampleur exacte de ce qui repose là. Et ce n’est qu’un début.

Ce qui se cachait sous les amphores

Une centaine de vases en terre cuite, en excellent état de conservation. Voilà ce que le pêcheur aperçoit en premier. Mais la vraie surprise se trouve dessous.

Sous cette nappe d’amphores repose une coque. Longue de 21 mètres, large de 6, haute de 2. Deux ancres en plomb l’accompagnent, intactes elles aussi.

Giacomo De Mola décrit un sentiment particulier : celui d’être parmi les tout premiers humains à revoir ce lieu depuis près de vingt siècles. Une sensation que peu d’archéologues amateurs connaissent un jour, comparable à celle ressentie lors de la découverte d’un cimetière de baleines vieux de 5 millions d’années dans l’océan Indien.

Ces amphores ne sont pas de simples poteries. Elles servaient au transport maritime des marchandises dans tout le bassin méditerranéen. Et surtout, elles racontent une histoire précise : leur forme renseigne sur leur provenance, leur époque, et même leur contenu d’origine. La classification de référence, établie par l’archéologue allemand Heinrich Dressel à la fin du XIXe siècle, permet de les dater avec une précision remarquable.

Sur cette épave sicilienne, la majorité relève du type Dressel 1A. S’y ajoutent des Lamboglia 2, de probables amphores nord-africaines, et une amphore néopunique. Cette diversité n’a rien d’anodin : elle indique un navire chargé dans plusieurs zones, ou circulant sur des routes reliant des aires de production distinctes. Autrement dit, ce bateau était un carrefour commercial flottant.

Coque d'épave antique entourée d'amphores sédimentées

Ce que ces vases révèlent vraiment

Il faut s’attarder sur ces amphores Dressel 1A, car c’est là que se joue tout l’intérêt de la découverte, à l’image de ces objets préhistoriques qui bouleversent l’histoire de l’écriture.

Ces récipients cylindriques munis d’anses transportaient du vin. Ils sont datés de la fin du IIe siècle et du début du Ier siècle avant notre ère. Une fenêtre temporelle précise, qui correspond à une période bien identifiée par les historiens : celle d’une intensification massive des exportations viticoles italiennes vers la Gaule et la Méditerranée occidentale.

Autrement dit, cette épave n’est pas un simple naufrage isolé. Elle documente concrètement les circuits commerciaux qui irriguaient toute la Méditerranée entre le IIe et le Ier siècle avant J.-C. Chaque amphore devient un fragment de carte, un indice sur les routes empruntées par les marchands romains il y a plus de deux mille ans.

C’est précisément cette valeur documentaire qui pousse le ministre Alessandro Giuli à parler d’une découverte majeure. Pas seulement pour le nombre d’objets, mais pour ce qu’ils révèlent collectivement sur les échanges d’une époque entière. Reste à savoir désormais ce que deviendra ce trésor sous-marin.

Ce qui attend désormais l’épave

L’épave et son chargement doivent maintenant passer entre les mains des archéologues de la Surintendance de la Mer, la structure sicilienne chargée du patrimoine sous-marin. Leur objectif : préciser l’origine exacte du navire et comprendre les circonstances de son naufrage, avant d’envisager une présentation au public.

Ce bon état de conservation prend une importance particulière quand on connaît les risques qui pèsent sur ce type de site. En mai 2022, quatre-vingts amphores avaient été retrouvées dans un garage à Cannes, un mois après le pillage d’un navire antique. Un rappel brutal que les épaves méditerranéennes, souvent accessibles en plongée, restent des cibles régulières pour les trafiquants.

Face à ces menaces, la préservation d’un chargement complet comme celui de Mazara del Vallo demeure exceptionnelle. Elle pourrait aussi relancer l’intérêt pour d’autres épaves oubliées, comme celle repérée par l’armée française à 2 550 mètres de profondeur, qui a elle aussi marqué un tournant dans l’archéologie sous-marine récente.

Et pour Giacomo De Mola, cette journée de prospection banale restera à jamais celle où il a croisé, par hasard, deux mille ans d’histoire méditerranéenne. Une trouvaille dont il ne mesurait sans doute pas l’ampleur au moment de l’apercevoir depuis la surface, mais dont les découvertes hors normes qui s’enchaînent en 2026 pourraient bientôt avoir un successeur tout aussi spectaculaire.

Un rocher qui n’en était pas un, et deux mille ans d’histoire remontés à la surface en une seule plongée. Si les fonds marins vous fascinent, le grand trou bleu le plus profond du monde vient tout juste d’être localisé, et son record dépasse tout ce qu’on imaginait.

Quant à ceux qui pensent que seules les épaves cachent des trésors, ce que des vacanciers ont trouvé sur une plage européenne cet été pourrait bien les faire changer d’avis.

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