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Cet avion de 1942 retrouvé sous 82 mètres de glace au Groenland a redécollé 60 ans plus tard

Publié par Cassandre le 24 Juil 2026 à 13:36
Avion de chasse extrait d'un puits de glace

Un avion de chasse américain englouti par la glace pendant soixante ans, ça sonne déjà comme une légende. Sauf que Glacier Girl a vraiment existé, et son histoire est encore plus dingue qu’elle n’y paraît. Car entre son atterrissage forcé en 1942 et sa résurrection, l’appareil n’est même pas resté immobile sous la calotte glaciaire. Il a voyagé. Et la façon dont on l’a retrouvé relève presque de l’exploit scientifique.

Une escadrille perdue dans la tempête du Groenland

Le 15 juillet 1942, six chasseurs P-38 et deux bombardiers B-17 décollent du Maine avec 25 hommes à bord. Direction le Royaume-Uni, dans le cadre de l’opération Bolero, qui vise à acheminer des centaines d’avions américains vers l’Europe. Une mission logistique banale, jusqu’à ce que le ciel se referme au-dessus de l’inlandsis groenlandais.

Pris dans une tempête et à court de carburant, les huit appareils n’ont plus le choix : ils se posent en catastrophe sur la calotte glaciaire, près de la baie de Køge.

Fait rare pour l’époque, aucun homme ne perd la vie dans cette manœuvre périlleuse, un peu comme ce soulagement inattendu qui suit parfois une frayeur collective. Les équipages patientent neuf jours sur la glace avant l’arrivée des secours, puis abandonnent leurs machines.

Personne n’imagine alors que ces carlingues deviendront, un demi-siècle plus tard, une véritable obsession pour des passionnés d’aviation, un peu à la manière de ces secrets enfouis sous la glace que le Groenland cache depuis des décennies.

82 mètres de glace et un déplacement de 5 kilomètres

La neige se transforme peu à peu en glace compacte. Glacier Girl finit ensevelie sous 268 pieds, soit 82 mètres, l’équivalent d’un immeuble de 25 étages posé sur le cockpit. Dans les années 1980, Pat Epps et Richard Taylor se lancent à sa recherche, persuadés qu’un simple coup de pelle suffira. La réalité sera bien plus complexe.

Premier obstacle : le glacier bouge, il coule lentement vers la mer. Les avions ont ainsi été déplacés d’environ 5 kilomètres par rapport à leur site d’atterrissage d’origine.

Détail troublant : les carcasses sont restées disposées exactement dans la même configuration qu’au moment du crash, comme figées dans un instantané, un peu comme cette capsule temporelle qui traverse les décennies sans être touchée.

Treize expéditions se succèdent, combinant photographies aériennes, radar à pénétration de sol et magnétométrie, avant que la percée n’arrive enfin en 1992, financée par l’homme d’affaires Roy Shoffner et menée par Bob Cardin, un exploit qui rappelle d’autres découvertes improbables arrachées à des conditions extrêmes.

P-38 Lightning restauré volant dans le ciel

Le « Super Gopher » et dix ans pour réapprendre à voler

L’équipe invente alors un dispositif baptisé le « Super Gopher », littéralement le super furet : un système d’eau chauffée qui fait fondre des puits verticaux de plus de 260 pieds à travers la glace. Les techniciens y descendent, presque claustrophobes, pour démonter l’avion pièce par pièce.

Il faut vingt minutes pour envoyer un ouvrier dans un puits de 4 pieds de diamètre, et trois jours de manivelle pour remonter la dernière pièce : une section centrale de dix-sept pieds sur vingt et un, pesant sept mille livres.

Toute l’équipe redoute que le poids de la glace n’ait broyé la structure. Contre toute attente, le froid extrême a agi comme un immense congélateur, préservant le métal plutôt que de le presser jusqu’à la ruine.

Rebaptisé Glacier Girl, le P-38 part alors vers le Kentucky pour un chantier de restauration titanesque, qui durera dix ans. Le résultat dépasse toutes les attentes : l’appareil s’envole de nouveau le 26 octobre 2002, exactement soixante ans après son abandon dans la neige groenlandaise.

En 2007, il retente même la traversée de l’Atlantique nord jusqu’à Duxford, en Angleterre, bouclant enfin le trajet interrompu par la tempête de 1942. Aujourd’hui propriété de la collection Lewis Air Legends au Texas, il continue de voler lors de meetings aériens.

Quant à Echo, l’un des sept autres appareils toujours prisonniers de la glace et localisé en 2018, sa récupération reste jugée trop risquée à cause des crevasses environnantes.

Un avion abandonné, déplacé de cinq kilomètres, enseveli sous un immeuble de glace, et pourtant ramené au ciel intact : difficile de trouver plus belle métaphore de la ténacité humaine. Reste une question qui hante encore les passionnés : combien de temps avant qu’Echo, à son tour, ne revoie la lumière du jour ?

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