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850 000 ans avant nous : les squelettes qui prouvent que nos ancêtres se mangeaient entre eux

Publié par Cassandre le 30 Juil 2026 à 15:05
Fouille archéologique dans une grotte avec fragments d'os anciens

Dans une grotte du nord de l’Espagne, des chercheurs viennent de mettre au jour des ossements vieux de 850 000 ans. Rien d’anodin dans leur découverte : ces os portent des traces qui ne trompent pas. Ce que les scientifiques ont fini par comprendre sur les habitudes alimentaires de nos lointains cousins a de quoi glacer le sang.

Une grotte espagnole qui garde ses secrets depuis un million d’années

Le site s’appelle Gran Dolina, niché sur le célèbre site archéologique d’Atapuerca, près de Burgos. C’est là que l’Institut catalan de paléoécologie humaine et d’évolution sociale (IPHES) mène des fouilles depuis des décennies, cherchant à percer les mystères d’une espèce aujourd’hui disparue : l’Homo antecessor, un lointain ancêtre de l’humanité qui aurait vécu entre 770 000 et 1,2 million d’années.

Lors de leur dernière campagne, les équipes ont retrouvé une vingtaine d’os et de dents dans une couche appelée « Aurora », déjà explorée dans les années 1990. Crâne, colonne vertébrale, bras, jambes : les fragments retrouvés dessinent peu à peu le portrait d’une communauté oubliée, un peu comme certains vestiges permettent de comprendre l’évolution de nos propres sociétés sur des échelles de temps bien plus courtes.

Fait marquant : le groupe qui occupait cette grotte comptait entre 13 et 15 individus, un chiffre bien supérieur à ce que l’on imaginait jusque-là. Une découverte qui rappelle à quel point la science continue de nous surprendre sur des phénomènes qu’on pensait pourtant bien compris.

Des marques de coupe qui trahissent un festin macabre

C’est là que l’histoire bascule. Plusieurs fragments osseux portent des marques de découpe laissées par des outils en pierre. Autrement dit : quelqu’un a délibérément détaché la chair de ces os, avec les mêmes gestes qu’on utiliserait pour dépecer une proie de chasse.

Le plus troublant, c’est que ces traces ne concernaient jusqu’ici que des ossements d’enfants. Cette fois, des restes adultes présentent exactement les mêmes stigmates. Autrement dit, le cannibalisme ne visait pas uniquement les plus jeunes du groupe, comme on le pensait après une découverte de 2025 qui avait déjà fait grand bruit dans la communauté scientifique, un peu à la manière dont certaines découvertes récentes rebattent les cartes d’un sujet qu’on croyait figé.

L’archéologue Palmira Saladie, qui coordonne les recherches à l’IPHES, avait déjà expliqué en juillet dernier qu’un enfant de deux à quatre ans avait été retrouvé décapité, « traité comme n’importe quelle autre proie ». Elle se disait alors « presque certaine » que l’enfant avait été mangé après sa mort. Un constat glaçant, mais loin d’être isolé.

Mains tenant un fragment d'os fossilisé avec traces de coupe

Ce que les nouveaux ossements changent vraiment

Avant cette campagne, les découvertes archéologiques sur ce site concernaient surtout des restes de nourrissons et de jeunes enfants, ce qui limitait forcément l’interprétation des chercheurs. L’arrivée de plusieurs squelettes adultes, portant les mêmes traces de découpe, change complètement la donne.

Selon Palmira Saladie, cette découverte représente un « tournant » dans l’étude du site. Elle permet enfin de comprendre la biologie, la démographie et le comportement de l’Homo antecessor à partir d’une population bien plus représentative que les précédents échantillons, majoritairement composés de très jeunes individus.

Son collègue Andreu Ollé, également archéologue à l’IPHES, confirme : l’augmentation du nombre d’individus retrouvés, notamment chez les adultes, offre une perspective totalement inédite sur cette population disparue depuis près d’un million d’années. Parmi les pièces les plus précieuses figure le tout premier cubitus jamais découvert sur ce site, accompagné de fragments de tibia, de fémur et d’humérus.

Les fouilles ont aussi livré des outils en silex, quartz et grès, ainsi que des ossements d’animaux : hyènes, cerfs, castors, chevaux et rhinocéros partageaient visiblement le territoire de ces hominidés. De quoi rappeler que la frontière entre chasseur et proie, il y a 850 000 ans, était parfois bien plus floue qu’on ne le croit.

Ces os fragmentés racontent une histoire brute, sans filtre : celle d’une communauté qui survivait en dévorant les siens. Une découverte qui questionne notre propre rapport à la violence et à la survie. Et si nos ancêtres n’étaient finalement pas si différents de nous qu’on veut bien le penser ?

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