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Pourquoi certains avions laissent des traînées blanches dans le ciel et d’autres non ?

Publié par Killian Ravon le 18 Mar 2026 à 19:30

Dans un ciel apparemment identique, deux avions peuvent se suivre à quelques secondes d’intervalle et pourtant ne pas laisser la même trace. L’un dessine une longue ligne blanche. L’autre semble traverser l’air sans rien produire. La scène intrigue souvent, alimente parfois des idées fausses, mais elle s’explique très bien par la physique de l’atmosphère.

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Pourquoi certains avions laissent des traînées blanches dans le ciel
Derrière les lignes blanches visibles au-dessus de nos têtes, c’est surtout l’état de l’atmosphère qui décide de ce que l’on voit.

Ces traînées blanches ne sont pas des “chemtrails”. Ce sont des contrails, abréviation de condensation trails, autrement dit des traînées de condensation. Elles apparaissent quand un avion rencontre, à haute altitude, des conditions très précises de température et d’humidité. Et c’est justement là que le sujet devient plus intéressant qu’il n’y paraît, car ces traces sont à la fois un phénomène banal du trafic aérien, un enjeu climatique sérieux et un terrain où l’aviation commence seulement à agir.

Un avion de ligne laisse une traînée de condensation nette dans une masse d’air favorable. Crédit : Nestek.
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Les traînées blanches ne sont pas de la fumée

Vu du sol, on pourrait croire que l’avion “rejette” une fumée blanche. En réalité, ce n’est pas cela. Les moteurs d’un avion produisent notamment de la vapeur d’eau et des particules très fines. Quand ces gaz très chauds arrivent dans un air extrêmement froid, la vapeur peut condenser puis geler presque instantanément autour de ces particules. Le résultat visible, ce sont des cristaux de glace suspendus dans l’air, donc une sorte de nuage artificiel très fin.

Le groupe ADP rappelle qu’il existe aussi un autre type de traînée, beaucoup plus brève, liée non pas aux réacteurs mais à l’aérodynamique de l’appareil. Au bout des ailes ou des ailerons, une chute de pression peut faire baisser la température localement et provoquer une condensation rapide. Ces marques-là durent peu et n’ont pas le même comportement que les longues traînées qui se forment derrière les moteurs à haute altitude.

Autrement dit, la traînée blanche n’est ni un délestage de carburant, ni une pulvérisation volontaire. C’est un phénomène atmosphérique. L’avion apporte de la vapeur d’eau, des particules et une perturbation locale dans un air déjà très froid. Si toutes les conditions s’alignent, la traînée apparaît. Sinon, elle n’apparaît pas.

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Plusieurs contrails persistent et s’élargissent dans un ciel froid et humide. Crédit : Leslie Anne Perry.

Pourquoi certaines traînées disparaissent vite

Toutes les traînées ne se ressemblent pas. Certaines s’effacent en quelques secondes. D’autres s’élargissent, se déforment avec le vent et finissent par former un voile de nuages élevés. La différence ne vient pas d’un “type de produit”, mais de l’état de l’atmosphère au moment exact où l’avion passe.

Quand l’air est froid mais relativement sec, les cristaux de glace se subliment rapidement. La traînée se dissipe alors presque aussitôt. À l’inverse, quand l’avion traverse une zone très humide, parfois dite sursaturée en glace, les cristaux peuvent persister, grossir et étendre la traînée. C’est dans ce cas que la ligne blanche cesse d’être un simple trait passager pour devenir un cirrus artificiel.

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Ce détail est essentiel pour comprendre pourquoi on voit parfois un quadrillage dans le ciel. Il ne s’agit pas forcément d’un trafic plus dense que d’habitude. Il suffit que plusieurs avions passent dans une couche atmosphérique favorable pour que les traînées restent visibles longtemps et s’accumulent.

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Une vue d’aile rappelle l’altitude à laquelle se forment la plupart des traînées persistantes. Crédit : CAPTAIN RAJU.

Pourquoi deux avions au même endroit n’ont pas le même comportement

C’est la question la plus intuitive, et aussi la plus trompeuse. Depuis le sol, deux avions peuvent sembler voler exactement au même endroit. En pratique, ils ne sont pas forcément dans la même masse d’air. Une différence d’altitude de quelques centaines de mètres, invisible à l’œil nu, peut suffire à changer complètement les conditions rencontrées.

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La température n’est pas uniforme. L’humidité non plus. Or les contrails ne se forment que dans des couches bien particulières, surtout dans la haute troposphère, souvent entre environ 8 et 15 kilomètres d’altitude. Un appareil peut donc croiser une zone assez froide et humide pour créer une traînée persistante, tandis qu’un autre, légèrement plus haut ou plus bas, traverse un air trop sec ou pas assez froid pour en produire une.

La motorisation compte aussi. Les particules émises par les moteurs servent de noyaux autour desquels la glace peut se former. Selon le type de moteur, son rendement, sa température de sortie et même le carburant utilisé, la probabilité de former une traînée peut varier. Des travaux de la NASA ont d’ailleurs montré que des carburants plus propres peuvent réduire la quantité de particules de suie et donc modifier les propriétés des contrails.

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Un impact climatique bien réel, surtout la nuit

Longtemps, les traînées de condensation ont été vues comme un simple effet visuel du trafic aérien. Les recherches récentes montrent pourtant qu’elles ont un impact climat réel, surtout lorsqu’elles persistent et se transforment en cirrus artificiels.

Le mécanisme est proche de celui des nuages élevés naturels. Ces voiles peuvent réfléchir une partie du rayonnement solaire, ce qui a un léger effet refroidissant en journée. Mais ils piègent aussi le rayonnement infrarouge émis par la Terre. Or, au bilan, l’effet de réchauffement l’emporte généralement. La NASA résume ce point de façon claire : les contrails agissent globalement comme une fine couverture qui retient davantage de chaleur qu’elle n’en renvoie.

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Les études récentes montrent aussi que le problème est très concentré. Une minorité de vols produit la majorité du réchauffement lié aux contrails persistants. Une analyse publiée dans Atmospheric Chemistry and Physics indique qu’en 2019, environ 14 % des vols ont formé des traînées à effet réchauffant net, et qu’environ 2 % des vols ont généré 80 % de l’énergie de forçage annuelle associée aux contrails.

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Les solutions existent, mais elles demandent de changer la routine

La première solution est la plus évidente : réduire le trafic aérien là où des alternatives crédibles existent. Cette question reste centrale, d’autant que le trafic mondial a fortement progressé. L’IATA indique que le trafic total de passagers en 2024 a augmenté de 10,4 % par rapport à 2023, avec une hausse encore plus marquée sur l’international.

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Mais il existe aussi des leviers plus ciblés. Le plus commenté aujourd’hui consiste à éviter, quand c’est possible, les couches atmosphériques propices aux contrails persistants. En clair, un léger changement d’altitude ou de trajectoire peut parfois empêcher la formation d’une traînée très réchauffante, sans bouleverser tout le vol. Plusieurs expérimentations industrielles et travaux de modélisation vont dans ce sens.

Un autre levier concerne les carburants et les moteurs. En réduisant les émissions de particules, notamment de suie, on peut limiter la formation ou l’intensité de certaines traînées. Cela ne fait pas disparaître le phénomène dans tous les cas, car l’atmosphère reste le facteur décisif, mais cela peut aider.

Enfin, l’Europe encadre progressivement le sujet. La Commission européenne a mis en place un système de suivi, de déclaration et de vérification des effets non-CO2 de l’aviation à partir du 1er janvier 2025. Une interdiction stricte n’est pas encore à l’ordre du jour, mais un rapport sur les résultats est attendu d’ici fin 2027, avec la possibilité d’une proposition législative ensuite.

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Cirrus clouds
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Ce que révèle vraiment ce phénomène

Le sujet fascine parce qu’il donne l’illusion d’un mystère. On croit voir deux avions dans le même ciel, au même moment, produisant des effets opposés. En réalité, ce que l’on observe, c’est surtout l’extrême sensibilité de l’atmosphère. Quelques degrés, un peu plus d’humidité, une altitude légèrement différente, un moteur moins émetteur en particules, et le ciel ne répond plus de la même façon.

La vraie réponse tient donc en une phrase, mais elle n’apparaît qu’à la fin de l’explication : si certains avions laissent des traînées blanches et d’autres non, c’est parce qu’ils ne traversent pas exactement les mêmes conditions d’air, même quand ils semblent être au même endroit depuis le sol. C’est cette combinaison de froid, d’humidité, d’altitude et d’émissions moteur qui décide, à la seconde près, si le ciel restera vierge… ou s’il se couvrira d’une fine cicatrice blanche.

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