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Cette église de 672 tonnes a traversé une ville suédoise à 0,5 km/h pour fuir un gouffre minier

Publié par Cassandre le 16 Sep 2026 à 10:15
Église suédoise transportée sur une plateforme géante à roues

Imaginez votre église, votre mairie, votre quartier entier posés sur des roues et roulés lentement vers un nouveau terrain. À Kiruna, en Suède, ce n’est pas de la science-fiction. C’est un chantier bien réel, planifié depuis des décennies. Et la raison de ce déménagement hors norme tient en un mot : le sol s’effondre sous la ville.

Une ville suédoise rongée par le sous-sol

Depuis 1898, la compagnie LKAB exploite à Kiirunavaara la plus grande mine souterraine de fer au monde. Le gisement s’étend sur 4 kilomètres de long et descend jusqu’à 2 kilomètres de profondeur. Plus de 950 millions de tonnes de minerai en ont déjà été extraites, alors qu’un tiers seulement du gisement a été entamé.

Le problème, c’est la méthode d’extraction. LKAB pratique le foudroyage par sous-niveaux : on retire le minerai par blocs, et la roche au-dessus s’effondre dans le vide laissé, sans aucun soutènement. Cette zone de déformation grandit à mesure que la mine descend, un peu comme des fissures qui gagnent des maisons ailleurs pour d’autres raisons géologiques. Ici, des écoles, un hôpital et des immeubles ont fini fissurés par les mouvements souterrains.

Dès 2004, LKAB a prévenu la municipalité : il faudrait déplacer le centre-ville. Le niveau d’extraction principal atteint aujourd’hui 1 365 mètres sous la surface, ce qui n’a fait qu’accélérer le calendrier. Contrairement à un séisme, ce mouvement progresse lentement et de façon mesurable, un phénomène presque aussi étrange à observer que le jour où une nation épuise ses ressources avant la fin de l’année.

Une église de 672 tonnes déplacée en deux jours

Au total, LKAB prévoit de déplacer 3 050 maisons et près de 200 000 mètres carrés de commerces, bureaux et bâtiments publics. Les propriétaires reçoivent 125 % de la valeur marchande de leur bien, ou un logement neuf dans la ville reconstruite. Les bâtiments trop fragiles sont démontés puis reconstruits à l’identique ailleurs.

Mais certains édifices méritent le voyage en un seul morceau. C’est le cas de l’église de Kiruna, une structure de 672,4 tonnes et 40 mètres de large. Les 19 et 20 août, elle a parcouru un itinéraire spécialement aménagé de 5 kilomètres, posée sur un chariot à 224 roues, avançant à peine plus vite qu’un piéton lent : un demi-kilomètre par heure. Avec sa plateforme de transport, l’ensemble pesait 1 200 tonnes.

Le spectacle, retransmis en direct à la télévision suédoise, a rassemblé des milliers de curieux le long du trajet — presque le même émerveillement que celui suscité par un train à vapeur traversant un paysage lunaire depuis 150 ans. Dès juillet 2025, 25 bâtiments avaient déjà été roulés vers l’est de la ville ; il en restait 16 à déplacer, dont l’église et la tombe de Hjalmar Lundbohm, fondateur historique de Kiruna.

Mine à ciel ouvert avec fissures près de bâtiments

Le sol s’affaisse plus vite que prévu

Le nouveau centre-ville, situé trois kilomètres à l’est de l’ancien, a déjà pris forme : l’hôtel de ville Kristallen a ouvert en 2018, suivi du centre commercial en septembre 2022, dix-huit ans après l’annonce initiale du projet. Mais le chantier n’est pas terminé, loin de là.

En août 2025, LKAB a annoncé une mauvaise surprise : le sol s’affaisse plus vite et sur une zone plus large qu’anticipé. Il faudra désormais déplacer 650 maisons et 20 commerces supplémentaires, pour environ 7 000 personnes concernées. LKAB et la municipalité ont demandé un soutien financier renforcé à l’État suédois, alors que la compagnie avait déjà provisionné 12 milliards de couronnes suédoises pour l’opération, dont l’achèvement complet est parfois évoqué à l’horizon 2100.

Un chiffre qui met en perspective l’ampleur du projet, presque aussi vertigineux que les questions posées par le corps humain confronté à des environnements extrêmes. Et si les mines de LKAB ont dégagé 21 milliards de couronnes de bénéfice en 2022, l’entreprise explore déjà le gisement Per Geijer, présenté comme l’un des plus riches d’Europe en terres rares. Le front d’extraction, lui, continue tranquillement de descendre sous la ville nouvelle.

Kiruna prouve qu’on peut déplacer une ville entière plutôt que de fermer une mine qui la fait vivre. Reste une question qui plane sur ce chantier centenaire : jusqu’où le sol suédois est-il prêt à céder avant que la ville ne rattrape, encore une fois, le trou qu’elle a elle-même creusé ?

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