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Barré depuis 1970, le Nil laisse s’évaporer chaque année l’équivalent de la Seine entière

Publié par Cassandre le 15 Sep 2026 à 11:03
Immense lac artificiel dans le désert égyptien au coucher du soleil

En 1970, l’Égypte achève un pari fou : dompter le Nil grâce au haut barrage d’Assouan. L’idée était simple, ne plus jamais dépendre des caprices des crues et garantir une réserve d’eau éternelle. Sauf que ce triomphe technique cache un revers insoupçonné, mesuré aujourd’hui à l’échelle d’un fleuve français entier qui disparaît chaque année sous l’effet du soleil.

Un lac artificiel géant en plein désert

Le haut barrage d’Assouan a donné naissance au lac Nasser, un réservoir capable de retenir entre 157 et 169 milliards de mètres cubes d’eau. À l’époque, les ingénieurs égyptiens y voyaient la fin des sécheresses dévastatrices et des mauvaises récoltes liées aux années de faible crue.

Mais étaler une nappe d’eau aussi immense au cœur d’une des régions les plus arides du globe crée des conditions redoutables. La région d’Assouan cumule chaleur extrême, air sec et un ensoleillement quasi constant, un contexte qui rappelle à quel point l’humanité peine parfois à anticiper les conséquences de ses grands aménagements, un peu comme certaines îles artificielles remodelées ailleurs dans le monde changent durablement leur environnement. Le désert, silencieux, s’est révélé un adversaire redoutable pour cette réserve censée être intouchable, un peu à l’image de ce lac de Savoie qui cache lui aussi les vestiges d’une gestion humaine de l’eau.

Douze milliards de mètres cubes qui s’envolent chaque année

La surface du lac Nasser agit comme une casserole d’eau laissée en permanence sur le feu. L’eau ne fuit pas par une fissure : elle disparaît molécule par molécule dans l’atmosphère, sous l’effet conjugué du soleil et du vent.

Sur les 120 milliards de mètres cubes qui s’écoulent chaque année dans le bassin du Nil, on estime que 50 milliards s’évaporent, dont une part considérable directement depuis le lac. Ce phénomène modifie même le microclimat local, en humidifiant l’air d’une zone naturellement hyper-aride, un comble pour un aménagement pensé comme un simple outil de stockage, un peu comme d’autres phénomènes environnementaux méconnus, à l’image de la vie discrète qui persiste dans la Seine malgré la pollution urbaine. Avec le réchauffement climatique, cette évaporation devrait encore s’accentuer dans les décennies à venir, un enjeu qui n’est pas sans écho avec l’assèchement d’autres grands fleuves du Moyen-Orient.

Contraste entre sable désertique craquelé et eau turquoise du réservoir

L’équivalent exact de la Seine perdu chaque année

C’est là que la comparaison devient frappante pour un public français, bien loin des débats sur certains carburants non conformes autorisés à la vente. Les estimations les plus solides situent l’évaporation annuelle du lac Nasser autour de 12 milliards de mètres cubes, avec une fourchette qui s’étend de 10 à 16 milliards selon les années.

Or le débit annuel moyen de la Seine, ce fleuve qui traverse Paris, avoisine justement les 13 à 14 milliards de mètres cubes. Autrement dit, c’est comme si l’intégralité de l’eau qui coule dans la Seine pendant douze mois s’évaporait chaque année dans le ciel égyptien. Rapportée au débit total du Nil, cette perte représente environ 14 % du fleuve, un chiffre lourd pour un pays qui approche le seuil critique de stress hydrique absolu.

Face à ce constat, l’Égypte a lancé plusieurs projets, dont le canal de secours de Toshka, censé détourner une partie du surplus vers des zones de culture, limitant ainsi l’exposition prolongée de l’eau à la chaleur. Mais aucune solution ne fait encore l’unanimité chez les experts.

L’histoire du lac Nasser rappelle une leçon simple mais souvent oubliée : vouloir maîtriser totalement une ressource naturelle revient parfois à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. L’Égypte a gagné en stabilité face aux caprices du Nil, mais elle a ouvert une brèche invisible où s’échappe, chaque année, l’équivalent d’un fleuve français tout entier. Le désert, lui, continue silencieusement à reprendre sa part.

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