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« J’ai vu passer un requin dans la Seine » : requins, marsouins… quelles espèces nagent vraiment dans le fleuve, une expo gratuite révèle tout

Publié par Killian Ravon le 10 Mar 2026 à 18:00

Les poissons dans la Seine racontent une histoire bien plus riche qu’on ne l’imagine. À MuséoSeine, près de Rouen, l’exposition gratuite Dans la Seine… Des poissons ? montre comment le fleuve a changé, quelles espèces ont disparu, lesquelles reviennent, et pourquoi les requins n’y sont pas le vrai sujet. Jusqu’au 29 novembre 2026, le musée propose une plongée accessible et documentée dans la vie cachée de la Seine.

Vue photoréaliste du fleuve de la Seine à Paris avec bateaux, pont et monuments emblématiques, sans requins
Le fleuve de la Seine à Paris dans une ambiance lumineuse, entre promenade fluviale, architecture haussmannienne et grands monuments
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À première vue, le titre de l’exposition peut prêter à sourire. Pourtant, la question est tout sauf anecdotique. La Seine a longtemps été perçue comme un axe de transport, un paysage, un décor urbain ou industriel. Beaucoup moins comme un milieu vivant. C’est précisément ce renversement de regard que propose MuséoSeine à Rives-en-Seine, avec une exposition familiale et scientifique ouverte gratuitement du 15 février au 29 novembre 2026, aux horaires du musée.

L’intérêt du parcours tient à son angle. Il ne s’agit pas seulement de montrer des espèces, mais de raconter un fleuve transformé par l’activité humaine. L’exposition relie l’histoire des poissons à celle des digues, des travaux d’endiguement, de la navigation, de la pollution, puis des efforts plus récents de restauration écologique. Ce fil conducteur rend le sujet concret, lisible, et nettement plus passionnant qu’un simple inventaire naturaliste.

Vue de l’estuaire de la Seine avec le pont de Normandie. Crédit : Marc Ryckaert.
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Poissons dans la Seine : un fleuve vivant, mais profondément modifié

L’un des messages centraux de l’exposition est simple : la Seine n’a pas toujours eu le même visage. Les grands aménagements de l’estuaire et du fleuve se sont accélérés à partir du XIXe siècle, pour accompagner le développement urbain, portuaire, industriel et commercial. À mesure que la navigation gagnait en importance, les milieux annexes, les zones humides et certains habitats essentiels aux poissons ont reculé.

Cette transformation a eu des effets durables. Le GIP Seine-Aval rappelle que les poissons migrateurs ont été fragilisés par les barrages, l’endiguement, l’assèchement des marais et, plus largement, par la dégradation des habitats. Des espèces comme l’esturgeon, le saumon et la grande alose ont disparu du bassin de la Seine au début du XXe siècle. D’autres, comme l’éperlan, ont résisté plus longtemps avant de s’effondrer à la fin des années 1960, au moment où la pollution atteignait un niveau critique.

Le sujet n’est donc pas seulement celui des poissons encore visibles aujourd’hui. Il est aussi celui des absents. MuséoSeine remet cette mémoire au premier plan, ce qui explique la présence de l’esturgeon dans la scénographie et dans les supports de l’exposition. Derrière ce poisson emblématique, c’est toute une biodiversité oubliée qui réapparaît dans le récit du fleuve.

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Les zones humides de l’estuaire restent essentielles pour la biodiversité. Crédit : Charc2018.

Des décennies de pollution ont presque rendu le fleuve invivable

Au XXe siècle, la situation s’est encore dégradée. Les études sur l’estuaire de la Seine montrent qu’un déficit chronique en oxygène affectait la partie avale du fleuve, au point de créer une barrière écologique pour plusieurs poissons migrateurs. Cette situation était liée à la charge organique, aux rejets urbains et industriels, ainsi qu’à la faible qualité globale de l’eau.

La bonne nouvelle, c’est que ce tableau n’est plus figé. Depuis les années 1970 et plus nettement encore depuis les années 1980, la qualité de l’eau s’est améliorée sous l’effet du traitement des effluents, du contrôle accru des rejets et de la modernisation des stations d’épuration. Le GIP Seine-Aval évoque une “reconquête de la qualité”, tandis que l’Agence de l’eau Seine-Normandie signale aussi des améliorations ciblées et des kilomètres supplémentaires rendus accessibles aux poissons migrateurs depuis 2019.

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Ces progrès restent fragiles, mais ils ont des effets concrets. L’éperlan est revenu à des niveaux plus visibles dans l’estuaire à partir des années 2000, signe d’une meilleure oxygénation. Le saumon atlantique est lui aussi observé à la passe à poissons de Poses depuis le début du suivi en 2008. Plus largement, GIP Seine-Aval souligne qu’une centaine d’espèces de poissons sont aujourd’hui présentes dans l’estuaire au sens large, entre eau douce, saumâtre et marine. De plus, pollution de l’océan reste une préoccupation majeure pour l’équilibre de ces zones de contact.

L’anguille européenne fait partie des espèces emblématiques liées aux migrations entre mer et eau douce. Crédit : David Perez (DPC).

Requins ou marsouins : que peut-on vraiment croiser dans la Seine ?

C’est la question qui attire naturellement les visiteurs. Non, les requins ne sont pas le scénario réaliste mis en avant par l’exposition. Ce registre relève davantage du fantasme ou du film catastrophe que de l’observation courante du fleuve normand. En revanche, des mammifères marins peuvent bel et bien fréquenter l’estuaire et les eaux normandes proches. C’est là que l’exposition joue habilement avec l’étonnement du public.

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Les données de l’Agence normande de la biodiversité montrent que les eaux normandes abritent régulièrement plusieurs espèces de mammifères marins. Cinq espèces peuvent être observées sur l’ensemble du littoral normand : le grand dauphin, le dauphin commun, le marsouin commun, le phoque veau-marin et le phoque gris. L’agence précise aussi que, sur le littoral normand, les observations se concentrent surtout sur trois espèces communes : le grand dauphin, le marsouin commun et le phoque veau-marin.

Autrement dit, quand on parle de dauphins ou de marsouins dans “la Seine”, il faut comprendre l’estuaire et la zone de contact entre le fleuve et la mer, pas le cœur de Paris ou les portions les plus urbaines du cours d’eau. Cette nuance est essentielle. Elle permet de rester fidèle aux faits, sans casser la part de surprise du sujet. Oui, des cétacés peuvent être observés dans le système estuarien normand. Non, cela ne signifie pas qu’ils remontent ordinairement partout dans le fleuve. Le cas du marsouin est d’ailleurs particulièrement intéressant. Moins spectaculaire dans l’imaginaire collectif que le dauphin, il fait pourtant partie des espèces les plus régulièrement signalées sur le littoral normand. Son image colle bien à l’esprit de l’exposition : une faune discrète, réelle, locale, et souvent méconnue du grand public.

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Le retour de l’éperlan est l’un des signaux d’amélioration du milieu estuarien. Crédit : Nasser Halaweh.
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Ce que l’exposition montre aussi sur les poissons dans la Seine

L’autre réussite de MuséoSeine tient à sa dimension pédagogique. L’exposition rappelle que la Seine ne se résume pas à quelques espèces iconiques. Elle redonne une place à tout un cortège d’animaux que l’on connaît mal ou que l’on confond facilement : silure, anguille, chabot, truite, éperlan, aloses ou lamproies. Le propos ne cherche pas l’effet de catalogue. Il montre plutôt comment chaque espèce dépend d’un équilibre entre qualité de l’eau, accès aux zones de reproduction, courant, température et continuité écologique.

L’anguille, par exemple, résume à elle seule la complexité du sujet. Son cycle de vie relie la mer des Sargasses, l’océan et les eaux continentales européennes. Ce n’est pas un hasard si MuséoSeine programme en parallèle une rencontre consacrée à cette espèce menacée. La programmation culturelle autour de l’exposition prolonge justement le propos scientifique avec des conférences, des visites de terrain sur la restauration des rivières, une découverte de passe à poissons et d’autres ateliers pensés pour différents publics.

L’exposition ne tombe pas non plus dans l’optimisme facile. Malgré les signaux de reconquête, les pollutions chimiques, les plastiques, les altérations physiques du fleuve et le changement climatique continuent de peser sur les milieux aquatiques. L’Agence de l’eau Seine-Normandie souligne que les pressions agricoles, urbaines, industrielles et climatiques dégradent encore la qualité des eaux. Le GIP Seine-Aval insiste de son côté sur un héritage de pollution toujours présent dans l’estuaire.

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Le marsouin commun fait partie des mammifères marins régulièrement observés sur le littoral normand. Crédit : Erik Christensen.

Une exposition gratuite qui réussit à parler de biodiversité sans ennuyer

C’est sans doute là le plus intéressant. Dans la Seine… Des poissons ? parvient à traiter un sujet complexe sans l’écraser sous le jargon. Le visiteur comprend que la biodiversité n’est pas un décor abstrait. Elle dépend de choix d’aménagement, de politiques publiques, d’infrastructures, d’assainissement et de température de l’eau. En quelques salles, le musée relie histoire locale, science, usages du fleuve et enjeux écologiques actuels.

Pour un public familial, le format a un autre avantage. Il transforme une question amusante — “y a-t-il des requins dans la Seine ?” — en porte d’entrée vers un sujet plus solide : comment un fleuve perd ses espèces, puis tente de les retrouver. Le détour par les marsouins, les phoques ou les dauphins n’est pas un gadget. Il sert à rappeler qu’un estuaire vivant reste un lieu de circulation, de mélange et parfois de surprises.

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La gratuité renforce enfin l’intérêt pratique. À l’heure où beaucoup de sorties culturelles pèsent vite sur le budget, MuséoSeine propose ici une visite facile d’accès, dans un lieu déjà consacré à l’histoire de la Seine normande. L’adresse est simple à retenir : avenue Winston-Churchill, à Rives-en-Seine, en Seine-Maritime. Pour qui s’intéresse aux poissons, au fleuve, à la Normandie ou à l’écologie concrète, le détour mérite franchement le déplacement.

Une exposition gratuite sur la faune fluviale de la Seine

Non, la Seine n’est pas un décor vide. Non, les requins n’en sont pas les vedettes crédibles. En revanche, les poissons dans la Seine racontent une histoire fascinante de disparition, de pollution, de restauration et de retour progressif du vivant. C’est précisément ce que MuséoSeine réussit à rendre tangible avec cette exposition gratuite : derrière l’image du grand fleuve utilitaire, il existe encore un monde animal discret, fragile et bien réel.

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