Dans la bouche de ces 18 momies égyptiennes dormait un objet dont la fonction va vous glacer

Imaginez rouvrir une tombe restée scellée depuis l’époque des Ptolémées, deux mille ans sans qu’aucune main humaine n’y ait touché. C’est exactement ce qui vient d’arriver le long de la côte méditerranéenne égyptienne, à quelques centaines de kilomètres d’Alexandrie. Dans la bouche de 18 défunts, les archéologues ont retrouvé de fines languettes d’or, et leur usage n’a rien d’esthétique.
Un site funéraire resté intact pendant vingt siècles
La découverte s’est faite sur une ancienne cité portuaire de l’Égypte gréco-romaine, prospère à l’époque ptolémaïque et romaine. Une équipe d’archéologues égyptiens y a mis au jour 18 sépultures, dont onze hypogées creusés directement dans la roche et sept structures de surface bâties en calcaire.
Certaines ont été retrouvées intactes, encore protégées par leurs couvertures d’origine, un état de conservation rare qui a de quoi rendre jaloux n’importe quel chercheur habitué aux sites déjà pillés.
Ce silence archéologique absolu, aucun pillage, aucune intrusion depuis l’Antiquité, offre un instantané figé des rites funéraires tels qu’ils étaient réellement pratiqués.
Les fouilles n’ont pas livré que des bijoux en métal précieux : une statue de sphinx en plâtre, une stèle représentant un homme berçant un oiseau, et une sculpture inachevée qui semble figurer Aphrodite ont aussi émergé du sable.
Un mélange d’imaginaire pharaonique et de références grecques qui, sous les Ptolémées, dynastie macédonienne ayant régné près de trois siècles sur l’Égypte, n’a rien d’étonnant. Ce genre de découverte rappelle à quel point le passé cache parfois des vérités qu’on n’imagine pas.
Pourquoi glisser de l’or dans la bouche d’un mort
La réponse, documentée depuis des décennies par les égyptologues, tient à une croyance précise. Hesham Hussein, sous-secrétaire à l’archéologie de Basse-Égypte et du Sinaï, l’explique sans détour : ces languettes sont « généralement interprétées comme des amulettes funéraires symboliques destinées à permettre au défunt de communiquer et de réciter des formules sacrées dans l’au-delà ». Rien d’anodin, donc : c’était une question de survie de l’âme.
Concrètement, il s’agissait d’assurer au mort la capacité de parler correctement lors de la pesée de son âme, cette scène de jugement où le cœur du défunt était mis en balance face à la plume de Maât, déesse de la vérité. Sans voix, aucune plaidoirie possible devant Osiris, dieu des morts.
Cette pratique trouve son origine dans la formule 158 du Livre des Morts égyptien, qui prescrit de poser un ornement d’or sur le défunt pour garantir sa protection.
Une croyance transmise sur des siècles, un peu comme ces gestes ancestraux que les anciens répétaient sans jamais les questionner, et qui a traversé les frontières religieuses successives. On pourrait croire que l’arrivée des Grecs puis des Romains aurait dilué ce rituel autochtone.
C’est l’inverse qui s’est produit, et la suite révèle une géographie funéraire bien plus large qu’on ne l’imaginait.

Une tradition répétée sur tout le delta du Nil
Ce type de découverte n’est pas isolé, et c’est là que l’histoire prend une autre dimension.
Le temple de Taposiris Magna, fondé par Ptolémée II à l’ouest d’Alexandrie, reste la référence en la matière depuis qu’une mission dirigée par l’archéologue Kathleen Martinez y a exhumé en 2021 une momie féminine portant elle aussi une langue en feuille d’or.
Depuis, le même rituel a refait surface à Al-Bahnasa, l’ancienne Oxyrhynchus, et dans la nécropole d’Al-Quweisna en Menoufia.
Une pratique distribuée sur tout le delta du Nil, répétée par des familles qui n’avaient sans doute jamais entendu parler les unes des autres, un peu comme certains gestes du quotidien dont on ignore l’origine exacte.
Sur ce dernier site, les habitants ont aussi été enterrés avec d’autres instruments rituels pharaoniques : amulettes en forme d’œil d’Horus, et un autel invoquant le concept de la fausse porte, qui avait culminé à l’Ancien Empire, environ 2 500 ans avant la construction de ces tombes.
La présence de ces rites dans un port commercial loin des grands centres sacerdotaux du Nil souligne à quel point cette tradition s’était répandue. Un doute persiste toutefois : un archéologue italien, spécialiste des amulettes antiques, estime que certaines pièces récemment découvertes pourraient représenter un épi de blé, symbole de fertilité, plutôt qu’une langue.
Un détail qui ne change rien à l’ampleur du site, mais qui rappelle qu’en archéologie, la certitude se construit toujours à coups de nuances.
Deux mille ans plus tard, ces languettes d’or continuent de faire parler les morts, et surtout de nous parler à nous. Reste une question qui traverse les siècles sans trouver de réponse définitive : combien d’autres tombes, ailleurs sur le delta du Nil, attendent encore d’être ouvertes pour livrer leur propre version de ce rituel millénaire ?