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Sous le sable d’Oxyrhynque, 52 momies vieilles de 2 000 ans cachaient 13 langues en or

Publié par Cassandre le 26 Juil 2026 à 19:14
Langue en or entre les mâchoires d'une momie égyptienne

Deux mille ans sous le sable, et pas un mot n’a été prononcé. Jusqu’à ce que des archéologues rouvrent ces tombes de Moyenne-Égypte et découvrent que certains défunts avaient été équipés pour parler dans l’au-delà. Littéralement.

Sur le site d’Oxyrhynque, une mission hispano-égyptienne a mis au jour 52 momies datant de l’époque ptolémaïque. Treize d’entre elles portaient une langue en or glissée entre les mâchoires. Une pratique funéraire rarissime, dont la logique religieuse va bien au-delà du simple geste de richesse.

Un chantier vieux de trente ans qui n’en finit pas de surprendre

L’ancienne cité d’Oxyrhynque se trouve près d’Al-Bahansa, à environ 160 kilomètres au sud du Caire. Les fouilles y sont menées depuis 1992 par l’université de Barcelone et l’Institut d’études du Proche-Orient ancien, sous la direction d’Ignasi-Xavier Adiego. Trente ans de sable tamisé, de couches épluchées avec patience, pour arriver à cette campagne exceptionnelle menée entre novembre et décembre 2024.

Le site n’a rien d’un gisement ordinaire. Situé sur une branche secondaire du Nil non soumise aux crues, aux portes du désert, il a conservé les vestiges antiques dans un état de préservation quasi parfait.

Cette alchimie climatique a déjà livré des milliers de papyrus antiques, dont des textes bibliques et des œuvres de littérature grecque inédites. De quoi rappeler que les grandes découvertes archéologiques ne se limitent pas aux tombeaux dorés : parfois, c’est un secret enfoui sous plusieurs mètres qui bouleverse toute une discipline.

Pourquoi glisser de l’or dans la bouche d’un mort

La réponse tient en un nom : Osiris. Dans la mythologie égyptienne, franchir le seuil de l’éternité suppose de passer devant un tribunal divin, une pesée des âmes où chaque parole compte. Un défunt muet risquait de ne jamais convaincre les juges de l’au-delà.

Les langues et ongles en or servaient précisément à cela : améliorer la parole et les gestes du mort pour qu’il puisse s’adresser aux dieux. Le cas le plus frappant reste celui d’une momie retrouvée avec deux langues en or superposées, un choix rituel qui intrigue encore les spécialistes. Une autre portait de petites plaques d’or recouvrant ses ongles, une découverte inédite sur ce site précis.

Autour de ces bijoux funéraires, tout un attirail protecteur accompagnait les défunts : 29 amulettes en forme de pilier djed, des figurines d’Horus et Isis, deux plaques représentant Harpocrate tenant la main d’Isis et de Nephtys. Chaque objet avait une fonction précise, entre protection et régénération, un peu à l’image de ces rituels dont la raison réelle échappe souvent au regard moderne.

Archéologue émerveillé découvrant un artefact doré antique

Trois cents corps entassés et un plafond peint qui glace le sang

La découverte des langues d’or n’est que la partie émergée d’un ensemble funéraire bien plus vaste. Les archéologues ont d’abord trouvé un puits rectangulaire en pierre menant à une tombe voûtée contenant trois chambres, où reposaient jusqu’à 300 momies placées dans un cadre collectif. Loin de l’image d’une sépulture individuelle et solennelle.

Le plafond d’une de ces chambres présente une scène céleste saisissante : la déesse Nout, figure blanche torse nu, se détache sur un fond bleu étoilé. Un peu plus loin se trouve la sépulture de Wen Nefer, identifiée grâce à des représentations le montrant avec sa famille en train de faire des offrandes.

Sa tombe scellée contenait un sarcophage avec les restes d’un homme adulte portant lui aussi une langue en or, accompagné d’une amulette scarabée-cœur, de quatre vases canopes et de 400 pièces de céramique funéraire.

Un an plus tard, la même équipe a poussé les fouilles vers un secteur romain plus récent. Elle y a localisé un fragment littéraire posé sur l’abdomen d’une momie enterrée il y a environ 1 600 ans, première œuvre grecque jamais identifiée comme partie intégrante d’un processus d’embaumement.

Certaines momies de cette période portaient encore des langues en or, une autre en cuivre : le rituel avait traversé les siècles, glissant du métal précieux vers un alliage plus modeste mais tout aussi symbolique.

Deux mille ans de silence, et une seule certitude : ces bouches d’or attendaient qu’on les entende enfin. Reste à savoir ce que les prochaines couches de sable d’Al-Bahnasa dissimulent encore. La saison de fouilles suivante pourrait bien réserver une nouvelle surprise, aussi improbable que les précédentes.

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