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Canicule au travail : ce décret de mai 2025 change tout pour des millions de salariés français

Publié par Ambre Détoit le 18 Juin 2026 à 13:07
Ouvrier essuyant la sueur sous un soleil intense

Les vagues de chaleur se multiplient, et chaque été la même question revient : peut-on vraiment bosser quand le thermomètre explose ? Un décret du 27 mai 2025 vient rebattre les cartes. Il impose aux employeurs des obligations bien plus strictes qu’avant, dès que Météo-France passe en vigilance jaune. Voici ce que ça change concrètement pour vous.

Vigilance jaune, orange, rouge : pourquoi votre employeur ne peut plus improviser

Jusqu’ici, la protection des salariés face à la chaleur reposait sur des textes épars et souvent flous. France Stratégie le pointait dès 2023 : les travailleurs exposés à la chaleur sont « mal cartographiés ». On pense spontanément aux ouvriers du BTP ou aux livreurs, mais la réalité dépasse largement ces métiers.

Un open space mal ventilé au cinquième étage, un entrepôt logistique sans clim, une cuisine de restaurant : la chaleur en intérieur peut être tout aussi dangereuse. Déshydratation, crampes, malaises, coups de chaleur, baisse de vigilance… Les pathologies liées aux pics de température ne sont pas anecdotiques. Elles provoquent même une surmortalité au travail documentée.

Le nouveau chapitre du Code du travail, introduit par le décret n° 2025-482, s’appuie désormais sur le dispositif de vigilance canicule de Météo-France. Quatre niveaux — vert, jaune, orange, rouge — et une règle simple : dès le jaune, l’employeur doit agir. Plus question d’attendre que les salariés tombent.

Concrètement, il doit évaluer l’exposition de chaque poste, adapter l’organisation du travail, fournir de l’eau potable fraîche en quantité suffisante, et revoir les équipements de protection individuelle. Les horaires peuvent être décalés, la durée d’exposition réduite. Et ce n’est que le début.

Droit de retrait, activité partielle : ce que la loi autorise vraiment quand il fait trop chaud

Beaucoup de salariés l’ignorent, mais le droit de retrait s’applique bel et bien en cas de chaleur extrême. L’article L. 4131-1 du Code du travail ne précise pas l’origine du danger grave et imminent. La jurisprudence a fait le reste.

Dès 1988, la cour d’appel de Paris a validé un retrait lié à l’ambiance thermique. En 2019, la Cour de cassation a confirmé qu’un épisode de canicule pouvait justifier ce droit. Si votre bureau ressemble à un four et que votre employeur ne prend aucune mesure, vous êtes légalement fondé à quitter votre poste.

Côté employeurs, une autre option existe : l’activité partielle. Un décret de juin 2024 a intégré les « périodes de canicule » dans la définition légale des intempéries. Les entreprises du BTP en bénéficient de plein droit dès la vigilance orange. Leurs salariés sont alors indemnisés au titre des arrêts pour intempéries.

Pour les autres secteurs, c’est possible mais plus encadré. L’employeur doit prouver le caractère exceptionnel de la vague de chaleur, démontrer un impact direct sur l’activité, et surtout être à jour de ses obligations de prévention. Pas de raccourci : on ne met pas ses équipes au chômage partiel si on n’a même pas distribué de bouteilles d’eau.

Ventilateur et verre d'eau sur un bureau en open space

Travailleurs vulnérables et jeunes : les protections renforcées que peu connaissent

La température ressentie sur un poste de travail peut largement dépasser ce qu’affiche votre smartphone. Et pour certains profils, le danger est encore plus élevé. Le décret de 2025 identifie deux publics prioritaires : les travailleurs vulnérables aux fortes chaleurs et les jeunes travailleurs.

Pour les premiers — personnes souffrant de pathologies chroniques, femmes enceintes, salariés sous traitement médicamenteux —, l’employeur a des obligations supplémentaires. Il doit solliciter l’avis du médecin du travail et du comité social et économique avant de définir les mesures de protection adaptées.

Pour les seconds, la règle est plus tranchante : il est interdit d’affecter un jeune travailleur à des postes l’exposant à des températures extrêmes susceptibles de nuire à sa santé. Point final. Les épisodes caniculaires se multiplient en fréquence et en intensité. Ce n’est plus un aléa, c’est une donnée structurelle.

D’ailleurs, la négociation collective commence à s’en emparer. Les partenaires sociaux peuvent désormais intégrer la prévention des effets de la chaleur dans les accords sur la qualité de vie au travail, au titre des « températures extrêmes » listées comme facteur de risque professionnel. Plusieurs accords d’entreprise existent déjà. Mais il en faudra beaucoup plus.

Travailler sous 40 °C n’est pas une fatalité. Le droit s’adapte, les obligations se durcissent, et les salariés ont des leviers concrets pour se protéger. Reste à savoir combien d’employeurs joueront le jeu avant le prochain pic de chaleur. Et vous, votre entreprise a-t-elle déjà pris les devants ?

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