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En 1958, Nancy lance une barre HLM de 410 mètres et 917 logements : elle est aujourd’hui découpée en trois immeubles de 299 logements

Publié par Ambre Détoit le 04 Nov 2026 à 16:29
Ni démolie, ni sauvée : à Nancy, la barre HLM de 410 mètres est amputée en trois immeubles

Quatre cent dix mètres de béton, treize étages, une silhouette que tout Nancy connaît par cœur. Sur les hauteurs du Haut-du-Lièvre, le Cèdre bleu ne tombe pas sous les explosifs : on le découpe, tranche après tranche. Selon Sciencepost, le chantier transforme un bloc unique en plusieurs immeubles, et le chiffre final de logements a de quoi surprendre.

Un plateau vide, 3 388 logements à bâtir et un architecte de l’Unesco

Tout commence en 1956. La ville de Nancy lance un programme de 3 388 logements à construire sur le plateau du Haut-du-Lièvre, à l’écart de la ville ancienne. La France manque alors cruellement de toits, et les grands ensembles sont la réponse industrielle à la pénurie.

Le projet est confié à Bernard Zehrfuss, un architecte qui a aussi signé le siège de l’Unesco à Paris. Le plateau offre l’espace nécessaire pour voir grand, très grand.

L’ossature du quartier tient en deux barres. Le Cèdre bleu d’abord, avec ses 11 entrées et ses 917 logements. Puis le Tilleul argenté, 300 mètres de long, 15 étages et 716 logements. À elles deux, elles pèsent 1 633 logements, soit un peu moins de la moitié du programme total.

Le chantier du Cèdre bleu démarre en mars 1958. Pour mesurer l’échelle : 410 mètres, c’est près de quatre terrains de football alignés, ou environ cinq minutes de marche tranquille d’un bout à l’autre. Un peu comme ces cabines d’ascenseur d’il y a 80 ans, tout semblait fait pour impressionner.

Zehrfuss, lui, voit encore plus loin. Il annonce une ville satellite de 25 000 à 30 000 habitants « d’ici vingt ans ». Alors, que s’est-il passé ensuite ?

12 500 habitants en 1968, puis la dégringolade que personne n’avait prévue

Le pic de population tombe dès 1968 : 12 500 habitants. C’est à peine la moitié du bas de la fourchette promise par l’architecte. Et la dynamique s’inverse aussitôt.

En 1975, le quartier ne compte plus que 10 650 habitants, soit 1 850 de moins en sept ans. Entre 1970 et 1976, la totalité des logements change de locataire. Ça, c’est un quartier qu’on traverse plus qu’on n’y reste, comme la boîte aux lettres d’un immeuble qui ne cesse de changer de noms.

En 1980, 800 logements sont vacants. Une réhabilitation est menée de 1981 à 1988, sans inverser la tendance sur le long terme. Le quartier recensait 5 509 habitants en 2018, moins de la moitié du pic de 1968.

Reste une étiquette tenace : celle de « plus longue barre d’Europe », longtemps reprise par la presse locale. Elle est pourtant contestée, nous y reviendrons.

Face à ce déclin, le Haut-du-Lièvre entre dans un vaste plan de rénovation de 140 millions d’euros jusqu’en 2026. Les financements viennent notamment de l’agence nationale pour la rénovation urbaine, de l’État et des bailleurs sociaux. Le quartier s’inscrit dans un plan plus large qui touche aussi le plateau de Haye, les Provinces à Laxou, les Nations à Vandœuvre et Haussonville à Nancy.

Et la solution retenue pour le Cèdre bleu ? Ni destruction totale, ni simple ravalement : le bloc continu est découpé depuis 2023 pour devenir trois immeubles distincts. Une amputation planifiée, pas une démolition.

Appartement vide aux murs de béton éventrés par le chantier

917, 566, 299 : la vraie ampleur de l’amputation

Quand une habitante d’un autre quartier se retrouve face à un logement qui lui échappe, la question du logement devient vite brûlante. Ici, les chiffres racontent la même tension.

Pour le Cèdre bleu, le nombre de logements va passer de 566 à 299, répartis dans trois immeubles séparés. Le chiffre d’origine, 917, n’était déjà plus d’actualité avant le chantier : la barre n’en comptait plus que 566.

Sur les deux barres réunies, on passe de 1 257 à 713 logements. Autrement dit, près de la moitié des logements disparaît, mais l’essentiel du bâti reste debout.

Les habitants ont été évacués en 2022, année où les travaux ont été engagés. Le découpage proprement dit a commencé en 2023. Il fallait vider les barres pour pouvoir les traiter.

Un intervenant cité par ici (ex-France Bleu) en 2021 résumait le choix : « La solution de facilité aurait été de tout démolir. » Le pari consiste à redonner de l’attractivité à ces logements plutôt qu’à les raser.

Quant au titre de « plus longue barre d’Europe », il est contesté : une barre d’un kilomètre d’un seul tenant est bâtie à Novi Beograd, alors en Yougoslavie, à partir de 1959. Le Karl-Marx-Hof de Vienne, construit entre les deux guerres, atteint lui aussi un kilomètre.

Ce qu’il reste à faire après la scie : relouer, convaincre, changer l’image

Découper ne suffit pas. Il restera ensuite à relouer environ 700 logements sur les deux barres, et à travailler sur l’image du quartier. C’est peut-être le chantier le plus difficile, car un quartier se vide vite et se repeuple lentement.

Rappelez-vous les pièces du quotidien qui ont disparu sans qu’on s’en aperçoive, comme ces jouets disparus des rayons : l’habitat aussi se démode, parfois plus vite qu’on le croit.

Le Tilleul argenté doit être réhabilité après le Cèdre bleu. Mais aucune date de fin du découpage ni de retour des habitants n’est confirmée. En 2021, l’échéance de 2024 avait été évoquée, et rien ne permet de l’affirmer aujourd’hui.

L’histoire du Haut-du-Lièvre reste donc ouverte. Une page s’écrit comme d’autres s’effacent, comme ces dates qui basculent dans l’histoire, et il faudra attendre pour savoir si le pari tient.

Selon Sciencepost, qui s’appuie notamment sur France Bleu et deux sites d’architecture, l’enjeu dépasse Nancy. Il pose une question simple à de nombreuses villes : que fait-on de ces géants construits dans l’urgence ?

Ni raser, ni laisser pourrir : le Cèdre bleu choisit la troisième voie, celle de la scie. Reste à savoir si des familles voudront y vivre.

Et si vous croyez que la chute d’un bâtiment est la pire histoire de logement, le passage d’un hôtel particulier à un HLM raconté par un ex-candidat d’Affaire conclue vous fera changer d’avis. Et dans un tout autre registre, ce ticket à gratter acheté par erreur cache une chute bien plus heureuse.

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