Elle saisit la justice pour faire cesser le bruit des cloches près de sa résidence secondaire : « On ne peut pas prendre l’apéro dehors », se plaint la retraitée

Une chapelle, une cloche, une terrasse. Sur le papier, le décor des vacances parfait. Pour une propriétaire landaise, c’est devenu un combat judiciaire de plusieurs années. Elle a tout tenté, jusqu’au tribunal, et le verdict de Pau, avec une facture à la clé, est tombé sans ménagement.
Une cloche qui sonnait dans le vide depuis des années, jusqu’en 2020
Tout commence en 2019. Cette retraitée achète une résidence secondaire à Capbreton, dans les Landes, juste à côté de la chapelle Sainte-Thérèse. À l’époque, l’édifice est en travaux. Et la cloche, elle, ne fonctionne plus depuis plusieurs années.
Le silence ne dure pas. Un an plus tard, en 2020, le dispositif est remis en service. Depuis, la cloche résonne chaque jour, à midi et à 19 heures, avec des tintements qui peuvent durer près d’une minute et demie.
Depuis la terrasse de sa maison, le volume serait particulièrement fort. « Personne ne nous a demandé notre avis, ni ne nous a prévenus », déplore-t-elle auprès de Sud Ouest. Elle y vit l’été et y revient régulièrement, mais elle dit ne plus pouvoir envisager de la louer à l’année.
Sa phrase la plus citée est presque comique : « On ne peut même pas prendre l’apéro dehors ». Mais derrière la formule, la querelle est devenue très sérieuse. Ce clocher n’est d’ailleurs pas le seul à diviser : l’origine des sonneries de midi et de 19 heures n’a rien de religieux, et elle éclaire cette histoire sous un autre jour.
Au départ, elle n’était d’ailleurs pas seule à râler. Alors, que s’est-il passé pour qu’elle se retrouve seule face à la mairie ?
Du compromis collectif au combat solitaire
Au début, plusieurs riverains se plaignent. Une rencontre est organisée avec la mairie et le diocèse, pour chercher un terrain d’entente. Le résultat : la sonnerie de 8 heures est supprimée, et le nombre de coups réduit de moitié.
La majorité des voisins s’en contente. Pas elle. « Ils se sont tous dégonflés, personne ne voulait porter plainte. J’y suis allée seule », lâche-t-elle, amère.
Côté voisinage, l’accueil est froid. Interrogés par nos confrères, plusieurs habitants se montrent dubitatifs : « Cette chapelle était là avant cette dame. Quand on décide d’habiter à côté d’une chapelle, on sait qu’il peut y avoir des tintements ».
Les querelles de voisinage sonores, on connaît. Il y a eu l’histoire de ce coq qui chante jour et nuit, preuve que le bruit peut faire basculer n’importe quel quartier tranquille.
La retraitée change alors de stratégie. Elle demande que le son soit atténué grâce à un dispositif posé autour de la cloche. La paroisse refuse. Selon le diocèse, « il est très difficile d’atténuer le son du tintement d’une cloche ». Il dit comprendre les désagréments, mais ne veut pas engager de telles dépenses pour une seule personne.
Alors elle franchit le pas : elle saisit la justice. Elle fait constater les nuisances par un huissier, et les mesures montreraient un niveau sonore supérieur aux seuils légaux. Elle attaque ensuite la mairie de Capbreton, à qui elle reproche de ne pas avoir pris les mesures nécessaires.

Le verdict du tribunal administratif de Pau
Avant la décision, un détail compte. Les litiges de voisinage finissent souvent à la mairie, et c’est précisément là que cette affaire s’est jouée.
Le tribunal administratif de Pau a rejeté son recours. Le motif tient en une ligne : la requérante n’habite pas dans la maison de façon permanente.
Selon les juges, elle ne pourrait donc pas être directement affectée par les nuisances qu’elle dénonce. Le constat de l’huissier, pourtant favorable sur le plan des décibels, n’a rien changé à l’affaire.
Autrement dit, le tribunal ne s’est pas prononcé sur le fond du bruit, du moins d’après ce que rapportent les médias régionaux. Il s’est arrêté à une question de principe : qui a le droit de se plaindre.
Et la facture tombe. La retraitée devra verser 1 500 euros à la commune au titre des frais de justice. Pour une cloche qui sonne deux fois par jour, l’addition est lourde.
Mais cette décision pose une question bien plus large que celle d’une seule chapelle.
Ce que cette affaire dit des résidences secondaires
Cette histoire met le doigt sur une tension très actuelle : celle des propriétaires qui ne vivent pas sur place à l’année. Leur maison est un refuge d’été, mais le village, lui, vit toute l’année avec ses traditions, ses clochers et ses habitudes.
Ce n’est pas un cas isolé. Le classement des départements où les Français possèdent le plus de résidences secondaires montre l’ampleur du phénomène, et donc le potentiel de frictions.
Dans cette affaire, plusieurs éléments restent à surveiller. La retraitée peut-elle encore agir ? La source ne le dit pas. Le diocèse maintient son refus d’installer un dispositif d’atténuation, et la mairie a obtenu gain de cause.
Les voisins, eux, semblent surtout soucieux de garder leur cloche telle quelle, avec ses deux sonneries quotidiennes réduites. C’est un compromis qui leur convient, et c’est ce qui rend la position de la plaignante si isolée.
Reste une leçon, très concrète pour tout acheteur : visiter une maison en période de travaux, c’est parfois acheter le silence d’une saison seulement. Et les voisinages ne manquent pas de surprises, comme cette ruche qui a envoyé un voisin en mairie pour de tout autres raisons que les piqûres.
Chez nos voisins landais, la cloche continue donc de sonner. La loi, elle, a rappelé qu’on ne se plaint pas à n’importe quel titre.
Moralité : la cloche a gagné, la retraitée a payé, et l’apéro attendra. Et si vous pensiez que le bruit était le seul sujet de discorde entre voisins, ce qui est arrivé à celui qui a abattu des arbres pour une vue sur l’océan risque de vous surprendre. Et pour ceux qui croient que leur maison est à l’abri de tout, ces arbres vendus en jardinerie qui fissurent les fondations pourraient bien vous faire changer d’avis.