« On est prisonniers chez nous » : à Lyon, un restaurant japonais empoisonne les nuits de ses voisins

Un nouveau restaurant qui cartonne, des clients ravis, une terrasse animée. Sur le papier, rien d’anormal dans cette rue vivante du 2ᵉ arrondissement de Lyon. Sauf que derrière la façade, des habitants racontent un tout autre quotidien, fait de nuits blanches et de fenêtres qu’on ne peut plus ouvrir. Leur cible : un système de climatisation qui tourne sans relâche, et qu’ils accusent de leur voler leur sommeil.
Un barbecue japonais à la mode, une cour intérieure devenue invivable
Depuis début juin, Ushi BBQ attire les foules rue des Marronniers, à deux pas de la place Bellecour. Le concept plaît : de la viande grillée devant les clients, dans une ambiance conviviale qui a rapidement fait le plein tous les soirs.
Mais pour les riverains qui partagent la cour intérieure de l’immeuble, l’ouverture a marqué le début d’un calvaire. Benoit (prénom modifié) vit au 5 rue des Marronniers. Il décrit des soirées où il devient impossible de fermer l’œil avant la fermeture du restaurant.
Le contexte n’a rien arrangé. Après plus de dix jours de canicule interminable, impossible pour lui d’ouvrir les fenêtres le soir sans subir le bruit. « On est en train de cuire dans notre appartement », confie-t-il, épuisé. Un thermomètre sonore a même relevé 70 décibels à l’intérieur de son logement, fenêtres fermées.
D’autres habitants de l’immeuble, comme Philippe (prénom modifié également), évoquent une « soufflerie insupportable » qui vient s’ajouter aux nuisances déjà provoquées par d’autres établissements de la rue donnant sur la même cour. Un cocktail sonore devenu, selon eux, ingérable dès que les beaux jours reviennent. La situation rappelle d’autres tensions urbaines, comme celles vécues récemment par des habitants confrontés à des infrastructures défaillantes en pleine chaleur.
Une pétition, un huissier, et une autorisation contestée
Face à l’ampleur du problème, les riverains ne sont pas restés silencieux. Une pétition a été lancée et les services de la Ville de Lyon ont été officiellement saisis dès début mai, avant même l’ouverture au public du restaurant.
Benoit affirme avoir alerté la régie de l’immeuble en amont, lorsque Ushi BBQ a commencé à tester ses installations. Deux gros blocs de climatisation ont été fixés sur la façade arrière du bâtiment, juste sous les fenêtres des logements concernés.
Selon les déclarations du voisin, le restaurant n’aurait pas obtenu l’autorisation nécessaire auprès de la Ville pour installer ces climatiseurs. Un huissier serait venu constater le niveau sonore, et un agent municipal aurait lui aussi contrôlé l’installation sur place.
« Il leur a été demandé de la démonter sous quinzaine de jours », rapporte Benoit. Une exigence qui, à l’entendre, n’a pour l’instant pas été suivie d’effet concret sur le terrain, alors même que le restaurant s’apprête à ouvrir 7 jours sur 7, y compris désormais le dimanche.
De quoi rappeler d’autres situations où les habitants se sentent démunis face à des décisions qui les dépassent, ou encore les tensions liées aux changements d’organisation imposés sans réelle concertation.

Rongeurs, mégots, poubelles : la version du restaurant qui dément
Au-delà du bruit, les vieux immeubles urbains cumulent parfois plusieurs soucis, et celui-ci ne fait pas exception. Les habitants dénoncent aussi la présence de rongeurs dans la cour, des poubelles qui s’accumulent, des mégots de cigarette au sol, et des portes d’accès laissées ouvertes à toute heure, augmentant selon eux le risque de cambriolage.
Interrogée, « l’équipe Ushi BBQ » livre une version bien différente. Le restaurant affirme que les climatiseurs incriminés étaient déjà présents avant son arrivée : « Le local disposait déjà d’un équipement de climatisation avant l’ouverture de notre établissement. Durant deux années et demie, il est resté sans exploitant », explique l’établissement.
Selon cette version, la remise en service d’un système inutilisé pendant si longtemps aurait simplement rendu sa présence « plus perceptible et intense » pour le voisinage, sans qu’il s’agisse d’une nouveauté liée à l’exploitation du restaurant. Le riverain, lui, maintient avoir « vu leur installation » de ses propres yeux, une contradiction frontale qui alimente la tension.
Ushi BBQ précise aussi que le passage des services municipaux relevait de contrôles menés à l’échelle de toute la rue, et non d’une démarche ciblée sur l’établissement. Le restaurant assure enfin être « attentif à la tranquillité des riverains » et travailler sur des « possibilités d’amélioration ou d’insonorisation du dispositif ». Sollicitée sur ce dossier, la Ville de Lyon n’a pour l’instant pas répondu.
Entre viande grillée et nuits sans sommeil, la cour de la rue des Marronniers résume à elle seule un conflit de voisinage devenu classique dans les grandes villes : la vitalité commerciale d’un côté du mur, l’épuisement silencieux de l’autre. Reste à savoir qui, du restaurant ou des riverains, finira par céder en premier.