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Tour de France 2026 : ce médicament aux effets calqués sur une gastro pourrait échapper aux contrôles antidopage

Publié par Mathieu le 14 Juil 2026 à 8:25
Cycliste épuisé lors d'une étape de montagne

Chaque été, le Tour de France charrie son lot de soupçons. Coureurs métamorphosés, abandons suspects, silences gênés dans les hôtels d’étape. Cette fois, l’histoire commence par un médicament tout ce qu’il y a de plus légal, validé aux États-Unis puis en Europe.

Son nom : le Kygevvi. Sa promesse : redonner de l’énergie aux muscles là où l’organisme n’en produit plus assez. Sauf que ses effets secondaires ressemblent à s’y méprendre à une intoxication alimentaire, et ça change tout sur ce qui pourrait se jouer en coulisses cet été.

Une vieille affaire qui refait surface trente ans après

Il faut remonter à décembre 1994 pour comprendre. Greg LeMond, triple vainqueur du Tour de France, annonce alors la fin brutale de sa carrière. Le motif officiel : une myopathie mitochondriale, une maladie rare qui grignote l’énergie musculaire.

L’Américain avait pourtant survécu à un accident de chasse en 1987, avec une trentaine de plombs logés dans des organes vitaux. Il remporte malgré tout les Tours 1989 et 1990, à l’époque exacte où l’EPO commence à circuler dans le peloton, un peu comme les scandales de dopage qui ont depuis touché d’autres sports.

Problème : à l’époque, la seule myopathie acquise connue résultait d’un traitement à la zidovudine, le premier antiviral contre le sida. Une maladie génétique comme celle décrite par LeMond n’aurait tout simplement pas permis de gagner trois Tours. L’explication tenait difficilement, un peu comme d’autres justifications douteuses vues plus tard dans le sport de haut niveau.

Le mécanisme derrière ce médicament qui intrigue les laboratoires

Trente ans plus tard, la science a rattrapé le mystère. Les chercheurs ont identifié une cause précise : un déficit en thymidine kinase 2 (TK2), une enzyme qui incorpore la thymine dans l’ADN mitochondrial. Sans elle, la synthèse d’énergie s’effondre dans les muscles et les organes.

C’est exactement ce déficit que cible le Kygevvi, commercialisé par UCB Pharma depuis 2025 aux États-Unis et depuis début 2026 en Europe. Formé de deux nucléosides pyrimidiques, il comble le manque de TK2 et relance la production d’ADN mitochondrial, donc l’énergie musculaire.

Dans une étude clinique, 84% des patients traités ont regagné au moins une capacité motrice perdue. Le produit se prend sous forme de poudre à diluer, trois fois par jour. Un dispositif discret, presque invisible dans un sac de sportif, comme certaines substances qui échappent longtemps aux contrôles avant d’être détectées.

Sachet de poudre médicamenteuse près d'un verre d'eau

Diarrhées, vomissements : les effets qui pourraient tout masquer

Voici le détail qui change la donne pour le monde du cyclisme, un peu comme d’autres rivalités surveillées de près sur le Tour. Les effets indésirables du Kygevvi sont dose-dépendants, mais surtout terriblement communs : diarrhées dans 86% des cas, vomissements pour 28% des patients, douleurs abdominales pour 26% d’entre eux.

Rien de spécifique, rien qui alerte a priori. Ce sont exactement les symptômes qu’on attribue spontanément à une gastro-entérite, particulièrement plausible lors d’un Tour de France couru sous forte chaleur. Des abandons en cascade ou des retraits d’équipes entières pourraient donc masquer bien autre chose qu’un simple virus digestif.

Autre détail crucial : l’Agence mondiale antidopage (AMA) n’a pour l’instant pas inscrit ce médicament sur sa liste des produits interdits. Il pourrait théoriquement rejoindre la catégorie des modulateurs métaboliques, mais pas celle du dopage génétique, qui suppose une manipulation directe du génome.

Des laboratoires travailleraient déjà sur un test de détection, en attente de validation par l’AMA, un peu comme pour d’autres cas rapportés dans l’actualité récente du dopage sportif.

Une étude de référence sur ces maladies mitochondriales, publiée dans le New England Journal of Medicine, avait posé les bases scientifiques de ce débat dès 1996.

Le Kygevvi n’est officiellement destiné qu’à une maladie génétique rare touchant l’enfant avant douze ans. Mais son mécanisme, sa discrétion clinique et son absence de la liste noire pourraient bien en faire un candidat de choix pour certaines équipes fortunées du World Tour, voire pour d’autres disciplines d’endurance. Rendez-vous en juillet pour voir si les abandons se multiplient sous prétexte de chaleur.

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