Bannie à vie du marathon de Londres, cette athlète a dû rembourser 378 000 livres de gains

Elle était considérée comme la deuxième femme la plus rapide de l’histoire du marathon. Trois victoires consécutives à Chicago, des médailles internationales plein les poches, et un chrono de 2h22 au marathon de Londres en 2010. Puis tout s’est effondré. Liliya Shobukhova, athlète russe autrefois célébrée, a été bannie de la compétition, ses résultats annulés, et contrainte de rembourser l’intégralité de ses gains londoniens. Retour sur l’un des scandales de dopage les plus marquants de l’athlétisme moderne.
Un palmarès qui forçait le respect

Avant de devenir un symbole de la triche dans le sport, Liliya Shobukhova était tout simplement impressionnante. En 2009, à 32 ans, elle remporte le marathon de Chicago. L’année suivante, elle récidive à Chicago et enchaîne avec une victoire au marathon de Londres dans un temps de 2 heures et 22 minutes. À cette époque, seule la Britannique Paula Radcliffe faisait mieux qu’elle dans l’histoire du marathon féminin.

Ses exploits ne s’arrêtaient pas aux courses sur route. Shobukhova avait aussi décroché des médailles d’argent aux Championnats d’Europe et aux Championnats du monde en salle. Trois titres consécutifs à Chicago entre 2009 et 2011, plus des performances régulières à Londres : son CV était celui d’une championne d’exception. Mais derrière les chronos, quelque chose clochait.
Le passeport biologique qui a tout fait basculer
C’est en 2014 que la Fédération russe d’athlétisme lâche la bombe. Des anomalies ont été détectées dans le passeport biologique de Shobukhova. Pour ceux qui ne connaissent pas le principe, ce passeport suit l’évolution des paramètres sanguins d’un athlète au fil du temps. Quand les courbes dévient de façon inexpliquée, c’est souvent le signe que quelque chose d’interdit circule dans les veines.
Le verdict tombe : l’athlète est accusée de dopage. La sanction est lourde. Shobukhova écope d’une suspension de 38 mois, et l’ensemble de ses résultats à partir d’octobre 2009 sont purement et simplement annulés. Ses trois victoires à Chicago, sa victoire et sa deuxième place au marathon de Londres… tout disparaît des tablettes. Comme si ces courses n’avaient jamais eu lieu.
Jimmy Gressier, devenu champion du monde du 10 000 m, a d’ailleurs affirmé que les contrôles antidopage avaient directement contribué à son titre. Preuve que la lutte contre la triche profite à ceux qui jouent le jeu. Mais pour Shobukhova, la facture ne faisait que commencer.
378 000 livres à rembourser : la note salée de la triche
L’annulation des résultats, c’est une chose. Mais les organisateurs du marathon de Londres ont voulu aller plus loin. Bien plus loin. London Marathon Events Ltd a exigé que Shobukhova rembourse les 378 000 livres sterling (environ 440 000 euros) qu’elle avait touchées en frais de participation et en primes lors des éditions 2010 et 2011.
Le directeur de l’événement, Nick Bitel, ne mâche pas ses mots en juin 2016 : « Les tricheurs ne doivent pas en tirer profit. Ce sera un processus long et difficile, mais nous irons jusqu’au bout. » Il précise que chaque livre récupérée sera redistribuée aux athlètes que Shobukhova a privés de leurs primes légitimes.
La démarche était inédite à l’époque. Habituellement, les sanctions se limitaient à des suspensions et des annulations de résultats. Réclamer le remboursement des gains envoyait un message clair : la triche dans le marathon a un coût, et pas seulement sportif. On est loin des scandales parfois surréalistes qui éclaboussent le sport, mais l’impact financier, lui, est bien réel.
À lire aussi
Une coopération tardive… et une fin de carrière discrète
Shobukhova a finalement choisi de coopérer avec l’enquête menée par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Cette coopération lui a valu une réduction de peine de sept mois, ramenant sa suspension de 38 à 31 mois. Un geste qui, selon certains observateurs, visait aussi à faire tomber d’autres noms dans le réseau de dopage institutionnalisé en Russie.
Paula Radcliffe, la détentrice du record mondial de l’époque et légende britannique du marathon, n’a pas caché son soulagement quand l’affaire a éclaté. Elle s’est exprimée publiquement lorsque Shobukhova a été « enfin démasquée comme tricheuse ». Pour Radcliffe, c’était une question de justice pour toutes les coureuses honnêtes qui avaient fini derrière la Russe pendant des années.
En mai 2016, Shobukhova annonce sa retraite de la course de fond. À 39 ans, elle se serait reconvertie dans l’entraînement de jeunes athlètes et d’enfants. Une reconversion discrète, à des années-lumière des podiums et des chèques à six chiffres. On peut se demander quelles leçons elle transmet à ses élèves.
Le marathon de Londres 2025 sous haute surveillance
Ce dimanche, la 46e édition du marathon de Londres a pris son départ avec des milliers de coureurs, des élites aux amateurs en costume de dinosaure. Les enjeux financiers restent colossaux : 40 500 livres pour le vainqueur, et jusqu’à 92 500 livres de bonus si un record du monde venait à tomber.

Depuis l’affaire Shobukhova, les organisateurs ont considérablement renforcé leurs protocoles. Nick Bitel l’avait promis : « Nous sommes déterminés à faire du marathon un refuge contre le dopage. Nous ferons tout pour que les tricheurs soient attrapés et ne profitent pas de leur tricherie. »
Le sport de haut niveau reste un terrain miné. Entre les enjeux financiers démesurés et la pression de la performance, les tentations existent toujours. Mais l’histoire de Shobukhova sert d’avertissement : une carrière brillante peut s’écrouler du jour au lendemain, et même l’argent encaissé peut être réclamé. Dans le monde du marathon, la violence n’est pas toujours physique — parfois, elle prend la forme d’une seringue et d’un mensonge qui dure des années.
Ce matin à Londres, on espère que les vainqueurs n’auront carburé qu’aux gels énergétiques et aux bagels au beurre de cacahuète. L’histoire de Liliya Shobukhova est là pour rappeler que le prix de la triche dépasse toujours celui de la victoire.