Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Sport

« C’est un bon gars » : quand Pogačar adoube Paul Seixas avant leur duel au Tour de France

Publié par Elsa Lepic le 11 Mai 2026 à 7:15

Le quadruple vainqueur du Tour de France ne cache plus son admiration pour le prodige français de 19 ans. Dans une interview accordée à RSI Sport, Tadej Pogačar revient sur un moment précis de Liège-Bastogne-Liège qui l’a marqué — et lâche une phrase que tout le peloton va retenir : « Il a montré qu’il pouvait aussi être le meilleur du monde. » À moins de deux mois du Grand Départ, le duel entre les deux hommes prend une dimension inédite.

La Redoute, là où tout a basculé

Pour comprendre pourquoi Pogačar parle de Seixas avec autant de respect, il faut revenir sur la dernière édition de Liège-Bastogne-Liège, la Doyenne des classiques. Dans l’ascension de la Côte de la Redoute, l’un des passages les plus exigeants du parcours, le champion du monde a senti une présence inhabituelle dans sa roue. Celle d’un coureur de 19 ans, maillot Decathlon CMA CGM sur le dos, qui refusait de lâcher.

Paul Seixas, qui avait déjà fait parler de lui en écrasant la Flèche Wallonne quelques jours plus tôt, s’est accroché mètre après mètre. Pogačar a fini par s’imposer, mais le Français ne s’est incliné que dans les derniers hectomètres. Le genre de performance qui laisse des traces dans la tête d’un champion, même quand il gagne.

Ce qui rend l’épisode encore plus frappant, c’est l’aveu que fait le Slovène dans cette interview. Il ne parle pas seulement de puissance ou de watts. Il parle de peur.

« J’avais peur de me dire : il est dans ma roue »

Pogačar ne mâche pas ses mots. « J’éprouvais de bonnes sensations en courant contre Paul. J’avais peur de me dire : OK, il est dans ma roue, je vais finir par abandonner. » Venant d’un coureur qui a dominé quasiment toutes les courses depuis le début de la saison, la confession a de quoi surprendre.

Tadej Pogacar

Mais le double champion du monde en titre va plus loin. Il décrit Seixas comme un coureur « très mature pour son âge », quelqu’un qui « roule avec le cœur, sans se prendre la tête ». Puis cette phrase, lâchée avec le sourire : « Je pense que c’est un bon gars. » Simple, directe. Et pourtant lourde de sens dans un peloton où les rivalités se construisent souvent dans la méfiance.

Le Slovène termine en reconnaissant une chose que peu de numéros un mondiaux concèdent volontiers : « Il m’a donné un élan de motivation supplémentaire pour le futur. Il a montré qu’il pouvait aussi être le meilleur du monde. » Un adoubement en bonne et due forme. Reste à savoir comment le principal intéressé reçoit ces louanges.

Seixas répond : « Je vais le titiller »

La réponse est venue quelques jours plus tôt, sur les ondes de RMC. Paul Seixas, dont la participation au Tour de France est désormais officielle, a posé les termes du débat avec une lucidité rare pour un coureur de son âge. « Aujourd’hui, les faits parlent pour lui. Il a gagné quasiment toutes les courses en début de saison. Il a déjà gagné quatre fois le Tour. Pour l’instant, je n’imagine même pas une comparaison. »

Pas de fanfaronnade, pas de déclaration de guerre. Juste un constat froid, suivi d’une ambition assumée : « Je vais me battre pour être le meilleur possible. Mais on verra, rien n’est impossible. » Le Français précise qu’il vise le classement général, pas les victoires d’étapes isolées. « J’y vais pour le général, je ne vais pas perdre de temps dans la première semaine pour jouer les étapes. C’est là que je vais prendre beaucoup d’expérience. »

À lire aussi

L’approche est calculée. En ciblant la première semaine comme terrain d’apprentissage plutôt que comme objectif, Seixas montre qu’il pense déjà au-delà de juillet 2025. Mais cette prudence affichée ne doit tromper personne — un coureur qui accroche la roue de Pogačar dans la Redoute ne vient pas au Tour pour faire de la figuration.

Un duel qui rappelle les grandes rivalités du cyclisme

Le cyclisme vit de ses confrontations générationnelles. Hinault contre LeMond, Indurain contre Rominger, Armstrong contre Ullrich. Chaque époque a besoin d’un challenger capable de bousculer le patron. Depuis quatre ans, Pogačar règne sur le peloton avec une domination qui, parfois, frise la monotonie pour les spectateurs.

Vue aérienne d'une route de montagne sinueuse dans les Alpes françaises, évoquant le parcours du Tour de France

L’émergence de Seixas change la donne. À 19 ans, le Français possède déjà un palmarès sur les classiques que la plupart des coureurs n’atteignent jamais en une carrière entière. Sa victoire à la Flèche Wallonne en a fait le plus jeune vainqueur de l’histoire de cette course. Sa résistance à Liège-Bastogne-Liège face au meilleur coureur du monde a confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un feu de paille.

Ce qui rend ce duel particulièrement savoureux, c’est le respect mutuel qui s’installe entre les deux hommes. Pogačar ne minimise pas la menace, il l’accueille. Seixas ne fanfaronne pas, il mesure l’écart avec précision. Pas d’animosité, pas de provocation — juste deux coureurs qui savent que la route départagera tout.

Le Tour de France 2025, théâtre de la confrontation

Le Grand Départ approche et les questions se multiplient. Seixas pourra-t-il tenir trois semaines au niveau qu’il affiche sur les courses d’un jour ? Son équipe Decathlon CMA CGM a-t-elle les moyens de protéger un leader aussi jeune en haute montagne ? Marion Rousse, qui commentera la course pour France Télévisions, a déjà souligné le fossé entre les classiques et un Grand Tour de trois semaines.

De son côté, Pogačar arrive avec la pression d’un quintuple potentiel. Le Slovène, malgré les suspicions qui entourent ses performances depuis plusieurs saisons, reste le favori écrasant. Mais l’histoire du cyclisme est remplie de favoris écrasants qui ont été surpris par un outsider affamé.

Seixas l’a dit lui-même : « Rien n’est impossible. » Pogačar, lui, a reconnu que le Français lui avait fait peur dans la Redoute. Quand le numéro un mondial avoue avoir craint un gamin de 19 ans sur une côte belge, c’est que quelque chose est en train de changer dans le cyclisme. Le Tour de France dira si cette promesse se transforme en réalité — ou s’il faudra simplement patienter un an de plus.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *