« Je me suis laissé emporter » : Pogačar avoue avoir pris du poids avant le Tour de France
Trois Monuments remportés au printemps, un Tour de Romandie avalé avec trois victoires d’étape… et pourtant, Tadej Pogačar l’admet lui-même : il n’est pas au poids de forme. Le quadruple vainqueur du Tour de France a reconnu s’être « laissé emporter » à la salle de musculation pendant sa préparation pour les Classiques. Une confession surprenante, qui pose une vraie question à deux mois du départ du Tour.

Un printemps de patron sur les Classiques
Milan-San Remo, Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège : Pogačar a tout raflé. Trois Monuments en une seule campagne de printemps, un exploit rarissime dans l’histoire du cyclisme. Pour y parvenir, le Slovène de 27 ans avait un plan précis : gagner en puissance brute pour dominer les montées courtes et les secteurs pavés qui font la légende de ces courses.
Le résultat ? Une domination sans partage. Sur le Tour des Flandres, personne n’a pu suivre sa roue dans les monts. Sur Liège-Bastogne-Liège, il a survolé la Redoute, ce mur mythique où le jeune Paul Seixas avait pourtant tenté de le bousculer quelques jours plus tôt sur la Flèche Wallonne.
Mais cette puissance a un prix. Et Pogačar le sait mieux que quiconque. Les kilos gagnés en muscle pour écraser les Classiques ne s’évaporent pas du jour au lendemain. Surtout quand on y a pris goût.
La confession inattendue du champion du monde
Au micro des journalistes après sa victoire sur le Tour de Romandie, Pogačar n’a pas cherché à esquiver la question sur son physique. « Je ne nie pas que je suis plus lourd que d’habitude, mais je me sens bien sur le vélo », a-t-il déclaré avec un naturel déconcertant. « C’est ce qui compte le plus pour moi : ne pas souffrir et passer un bon moment. »
Le champion du monde a ensuite lâché une phrase qui en dit long sur sa méthode : « Je me suis aussi un peu laissé emporter à la salle de sport. J’ai vraiment aimé ça et je m’y suis mis à fond. » Un aveu rare dans le peloton, où la plupart des coureurs fuient la musculation de peur de prendre le moindre gramme. Pogačar, lui, a fait exactement l’inverse.

Là où d’autres auraient minimisé, le Slovène rigole presque de la situation. Ce mélange de décontraction et de lucidité, c’est sa marque de fabrique. C’est aussi ce qui alimente régulièrement les questions sur ses performances — auxquelles il répond toujours avec la même transparence.
Mais derrière le sourire, il y a un calcul très sérieux. Parce que ce qui fonctionne en avril sur les pavés belges peut devenir un boulet en juillet dans les Alpes.
Pourquoi ces kilos changent tout pour le Tour de France
En cyclisme, chaque gramme compte en montagne. La logique est implacable : sur une ascension de 20 kilomètres à 7 % de pente, un coureur qui pèse deux kilos de plus doit fournir environ 3 % de puissance supplémentaire pour maintenir la même vitesse. Sur trois semaines et des dizaines de cols, la facture peut être salée.
La masse musculaire qui a permis à Pogačar de dominer les Classiques — avec leurs efforts courts et explosifs — devient un handicap sur les longs cols du Tour de France. C’est d’ailleurs pour cette raison que les grimpeurs purs sont généralement les coureurs les plus légers du peloton. Le rapport poids-puissance est la clé absolue en haute montagne.
Pogačar le sait parfaitement. « Peut-être qu’il est temps maintenant de lever un peu le pied », a-t-il glissé avec un sourire. Derrière cette formule prudente, c’est toute sa préparation estivale qui se dessine. Le programme va changer. Moins de fonte, plus de bornes en altitude. Moins de puissance brute, plus de légèreté.
Marion Rousse l’a d’ailleurs souligné récemment : face à un Pogačar en pleine forme, les écarts sont tels que le moindre avantage physiologique peut sceller la course. Le Slovène en est conscient — et c’est bien pour ça qu’il a choisi le Tour de Romandie comme rampe de lancement.
Le Tour de Romandie comme laboratoire
Première course à étapes de sa saison 2026, le Tour de Romandie n’était pas un objectif en soi. Pogačar l’a utilisé comme un test grandeur nature : retrouver la montagne, recaler son rythme sur les efforts longs, évaluer où il en était physiquement après des semaines passées entre la salle de sport et les routes pavées du nord de l’Europe.

Le verdict est plutôt rassurant. Trois victoires d’étape et le classement général, même avec des kilos en trop. C’est la force de Pogačar : même quand il n’est pas à 100 %, il reste au-dessus du lot. Sur cette course suisse, il a montré que ses jambes tournaient déjà bien, malgré une condition physique qu’il qualifie lui-même de sous-optimale.
Le Slovène a désormais environ deux mois pour affiner sa silhouette. Deux mois pour retrouver le poids qui lui a permis de survoler les quatre derniers Tours de France. Un délai largement suffisant pour un athlète de son calibre, selon les observateurs. Mais la marge d’erreur est mince.
On sait que son entourage veille au grain et que rien n’est laissé au hasard dans sa préparation. L’enjeu, désormais, c’est de trouver le bon timing : perdre le surplus musculaire sans perdre la fraîcheur ni la motivation. Un exercice d’équilibriste que peu de coureurs maîtrisent aussi bien que lui.
Un aveu qui en dit long sur sa confiance
Ce qui frappe, au fond, c’est la décontraction avec laquelle Pogačar aborde la situation. Là où la plupart des prétendants au Tour de France passeraient en mode panique à l’idée d’être « trop lourds » à deux mois du départ, le Slovène, lui, savoure. Il a kiffé la musculation, il le dit, il en rigole.
Cette attitude en dit beaucoup sur son niveau de confiance. Pogačar sait qu’il a le temps. Il sait qu’il a la marge. Et surtout, il sait que la concurrence, même si elle progresse, reste à distance respectueuse. Son palmarès de Classiques au printemps vient de le prouver une fois de plus : même en cherchant la puissance plutôt que la légèreté, il a écrasé tout le monde.
Le Tour de France débutera avec un Pogačar affûté — ou du moins, c’est le plan. Mais même si quelques grammes persistaient, combien de coureurs au monde peuvent se permettre de gagner le Romandie en se sentant « trop lourd » ? La réponse tient en un nom. Et c’est peut-être ça, le plus impressionnant dans cette histoire.