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Paul Seixas : c’est officiel !

Publié par Elsa Lepic le 04 Mai 2026 à 10:22
Tour de France 2025 : Paul Seixas veut y être, mais son propre directeur sportif hésite

À 19 ans, il vient d’écraser la Flèche Wallonne et de finir deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière Tadej Pogačar. Paul Seixas est le phénomène du cyclisme français. Mais alors que tout le monde le voit déjà sur les routes de juillet, une question divise le peloton : le prodige lyonnais doit-il vraiment s’aligner sur le Tour de France 2025 ? Son propre camp n’est pas unanime — et ce qu’a confié son directeur sportif en dit long sur le dilemme.

« Il a couru en patron » : à 19 ans, Paul Seixas écrase la Flèche Wallonne et entre dans l'histoire

Un début de saison qui a mis le feu au cyclisme tricolore

On ne va pas se mentir : ce qu’a fait Paul Seixas depuis le début de la saison, personne ne l’avait vu venir à ce niveau. Sa victoire sur la Flèche Wallonne l’a propulsé dans une autre dimension. À 19 ans, il est devenu le plus jeune vainqueur de l’histoire de cette classique mythique. Pas un coup de chance, pas une échappée solitaire profitant d’un peloton endormi. Non. Il a couru en patron, comme l’ont souligné tous les observateurs.

Quelques jours plus tard, sur Liège-Bastogne-Liège, il a encore frappé. Seul Pogačar — le meilleur coureur du monde, rappelons-le — a réussi à le devancer. Le Slovène lui-même, habitué à écraser la concurrence, a dû prendre le gamin au sérieux. Deuxième place, donc. Mais dans les yeux de tout le monde, une certitude : ce coureur de Décathlon-CMA CGM va marquer l’histoire du cyclisme français.

Après ces exploits sur les Ardennaises, Seixas s’est accordé quelques jours de repos. Logique. Mais dans les coulisses, les discussions ont déjà commencé. Et elles sont bien plus tendues qu’on pourrait le croire.

« On lui met une pression de dingue » : quand Hinault freine l’enthousiasme

Bernard Hinault n’est pas du genre à tourner autour du pot. Le quintuple vainqueur du Tour de France a pris la parole dans les colonnes d’Ouest France, et son message est limpide : ne brûlez pas les étapes avec ce gamin.

Antoine-Dupont-Tadej-Pogacar-dopage-suspecter

« On lui met une pression de dingue… Tout le monde le voit déjà gagner le Tour, et en face de lui s’il y participe il n’aura pas un manchot ! », a lancé Hinault. Le Blaireau — son surnom ne doit rien au hasard — met le doigt sur un point crucial. Parce que si Seixas est présenté au grand public comme le futur vainqueur, tout résultat en dessous sera perçu comme un échec. Et à 19 ans, porter ce poids-là sur trois semaines de course, face à un Pogačar au sommet de son art, c’est un pari risqué.

L’ancien champion a même un conseil précis : « Si j’étais à sa place, j’irais plutôt faire un autre Tour pour commencer, pour me tester, et pour tenter pourquoi pas de le gagner. » Traduction : la Vuelta, le Tour d’Espagne, où le plateau est traditionnellement moins dense et la pression médiatique incomparablement plus faible qu’en juillet.

Un avis de poids, venant d’un homme qui sait mieux que quiconque ce que le Tour fait aux coureurs — surtout aux jeunes. Mais Hinault n’est pas le seul à prêcher la prudence. Et c’est là que ça devient intéressant.

Son propre directeur sportif admet qu’il est « mitigé »

Didier Jannel connaît Paul Seixas mieux que la plupart des commentateurs. Il était derrière lui sur les Strade, sur le Tour du Pays basque, sur les classiques ardennaises. C’est l’un de ses directeurs sportifs chez Décathlon-CMA CGM. Et quand il s’exprime auprès de La Dépêche du Midi, on sent un homme tiraillé entre la raison et le respect de l’ambition de son coureur.

« Je serai plus favorable qu’il continue à construire un palmarès, gagner tant qu’il le peut San Seb, le Tour de Pologne ce serait pas mal », a-t-il d’abord confié. L’idée est claire : accumuler des victoires sur des courses prestigieuses mais moins exposées, forger la confiance, muscler le palmarès avant d’attaquer le monstre. Les confrontations face à « Pogi », comme il le surnomme, viendront « naturellement ».

Mais Jannel ne ferme aucune porte. « Y aller, c’est une option. Il peut découvrir où il en est par rapport à lui, où il est en haute montagne face à ces coureurs-là, et ça peut lui permettre d’avancer pour 2027-2028. » Le directeur sportif reconnaît la valeur pédagogique d’un Tour de France, même disputé sans ambition de victoire. Sauf que Paul Seixas, justement, n’a pas le profil d’un coureur qui « découvre ». Et c’est bien tout le problème.

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« Lui a envie de faire le Tour » : le tempérament Seixas

Hinault l’a dit sans détour : « Y aller pour apprendre, vu son tempérament, je n’y crois pas trop. » Et Didier Jannel confirme cette lecture du bonhomme. Après avoir exposé toutes les raisons rationnelles de privilégier la Vuelta, il lâche une phrase qui change tout : « D’un autre côté, je pense que lui a envie de faire le Tour. »

Tadej Pogacar

Et cette envie, dans le cyclisme, c’est une force qui pèse plus lourd que n’importe quel plan de carrière élaboré par un staff. Seixas n’est pas un coureur qu’on dirige. C’est un compétiteur pur, forgé dans les classiques les plus dures dès sa première saison pro. Lui dire « attends 2027 » quand il vient de battre la moitié du peloton mondial à 19 ans, c’est un exercice délicat. Voire impossible.

Jannel en est parfaitement conscient. Et ce qu’il a ajouté dans La Dépêche du Midi donne une idée assez nette du rapport de force : « Oui, il faut construire au-delà de 2027 avec lui, alors si tu lui fermes des possibilités, il risque de ne pas vouloir rester dans un Team qui n’aurait pas des ambitions à la hauteur des siennes. On est obligés de l’écouter… Il faut parler avec lui de chaque course. »

Le message est sans ambiguïté. Si l’équipe Décathlon-CMA CGM bloque l’accès au Tour de France, elle prend le risque de perdre le coureur le plus prometteur du cyclisme français. Un scénario catastrophe que personne dans la structure ne peut se permettre.

Vuelta ou Tour de France : un choix aux conséquences énormes

Pour bien comprendre l’enjeu, il faut mesurer ce que représentent les deux options. Le Tour de France, c’est trois semaines sous le regard de millions de téléspectateurs, des étapes de haute montagne qui ne pardonnent pas, et surtout un adversaire nommé Tadej Pogačar, tenant du titre et favori absolu. Le Slovène a dominé chaque course où il s’est présenté ces derniers mois.

La Vuelta, elle, offre un terrain de jeu différent. Un plateau moins garni au sommet. Une médiatisation moindre. Mais aussi une vraie chance de jouer la victoire finale, comme l’a fait Remco Evenepoel à ses débuts. Pour un coureur de 19 ans, décrocher un Grand Tour à la Vuelta serait déjà un exploit historique.

Le départ du Tour de France 2025 est fixé au 4 juillet. D’ici là, une réunion entre Seixas et sa direction doit sceller la décision. La Grande Boucle, qu’elle soit masculine ou féminine, reste l’événement sportif le plus suivi de l’été en France. Et si le natif de Lyon y prend le départ, l’Hexagone entier retiendra son souffle.

Et si la vraie question était ailleurs ?

Au fond, le débat entre Tour et Vuelta masque une question plus profonde. À quel point l’équipe Décathlon-CMA CGM est-elle prête à accompagner les ambitions démesurées de son joyau ? Jannel l’a sous-entendu : si le cadre est trop étroit, Seixas partira. Et les équipes du WorldTour qui rêveraient de l’accueillir ne manquent pas.

En attendant, le cyclisme français tient enfin un coureur capable de rivaliser avec les meilleurs du monde. Que ce soit en juillet sur les routes du Tour ou en août sur celles de la Vuelta, une chose est certaine : Paul Seixas ne fera pas de la figuration. Son tempérament l’interdit. Et c’est peut-être ça, finalement, qui rend la décision aussi compliquée — et aussi passionnante à suivre.

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