Tour des Flandres : 54 coureurs risquent le tribunal dont Pogacar et Evenepoel

Dimanche dernier, en plein Tour des Flandres, 54 coureurs professionnels ont franchi un passage à niveau alors que le feu était rouge et qu’un train approchait. Parmi eux, des coéquipiers du vainqueur Tadej Pogacar et le champion olympique Remco Evenepoel. Si personne n’a été blessé, la justice belge ne compte pas en rester là : une enquête pénale est ouverte et les cyclistes pourraient finir devant le tribunal.
Un peloton lancé à pleine vitesse face aux barrières
La scène s’est produite à 212 kilomètres de l’arrivée, dans les premières heures de course. Le peloton arrive à vive allure sur un passage à niveau. Le feu passe au rouge, les barrières s’apprêtent à descendre. Mais au lieu de freiner, 54 coureurs décident de passer coûte que coûte, quelques instants avant le passage d’un train.

Leur calcul est simple : s’arrêter, c’est perdre un temps précieux sur l’échappée. Dans une course aussi prestigieuse que le Tour des Flandres, chaque seconde compte. Mais ce choix, aussi compréhensible soit-il sur le plan sportif, constitue une infraction extrêmement grave au regard du code de la route belge.
Pogacar, Evenepoel : des noms prestigieux dans la liste
Ce ne sont pas des coureurs anonymes qui ont bravé le danger. Parmi les 54 identifiés, on retrouve plusieurs coéquipiers de Tadej Pogacar, le Slovène qui a remporté l’épreuve ce jour-là. Remco Evenepoel, champion olympique belge et fierté nationale du cyclisme, figure également sur la liste.
Tous ont fait le choix de ne pas perdre le contact avec la tête de course. Un réflexe de compétiteur qui pourrait désormais leur coûter très cher, bien loin des podiums et des maillots distinctifs.

À l’inverse, deux autres stars du peloton ont choisi la prudence. Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert ont mis pied à terre et attendu le passage du train. Ils ont ensuite rattrapé le groupe de tête, la direction de course ayant ordonné aux fuyards de ralentir pour neutraliser la situation. Sur le plan sportif, l’incident n’a donc eu aucune conséquence. Mais sur le plan judiciaire, c’est une tout autre histoire.
Une infraction du quatrième degré, la plus grave en Belgique
Le parquet de Flandre-Orientale ne fait pas dans la demi-mesure. Dans un communiqué officiel, il a annoncé l’ouverture d’une enquête en rappelant que le franchissement d’un feu rouge à un passage à niveau constitue une infraction de quatrième degré. En droit routier belge, c’est la catégorie la plus sévère. Elle est réservée aux comportements qui mettent directement en danger la vie des usagers.
À lire aussi
« Une telle infraction représente un risque sérieux pour la sécurité des coureurs et des tiers », a précisé le parquet. En clair, le fait d’être un athlète professionnel en pleine compétition ne constitue en rien une circonstance atténuante. Le code de la route s’applique à tous, y compris sur le parcours d’un monument du cyclisme.
Pour donner un ordre de comparaison, ce type d’infraction est comparable en gravité à une conduite dangereuse à grande vitesse. Les sanctions prévues sont lourdes : amendes conséquentes, voire des poursuites pénales pouvant mener devant le tribunal de police.
Les 54 coureurs identifiés, un rapport en cours
Le parquet a été catégorique sur un point : tous les auteurs ont été identifiés. Les images télévisées de la course, filmée sous tous les angles, ont permis de reconnaître chaque coureur ayant franchi le passage à niveau. Un rapport officiel est actuellement en cours d’élaboration.
D’éventuelles poursuites pénales pourraient être engagées « sur la base des éléments de l’enquête et des constatations complémentaires », selon le communiqué. L’affaire pourrait donc aboutir à une comparution devant le tribunal de police pour chacun des 54 cyclistes concernés.
C’est une situation inédite dans l’histoire du cyclisme professionnel. Voir des dizaines de coureurs d’un Grand Monument convoqués devant la justice pour une infraction routière commise en pleine course serait un précédent retentissant. L’affaire rappelle celle de comportements routiers dangereux qui font régulièrement la une, mais transposée dans le monde ultra-codifié du cyclisme pro.
Un débat relancé sur la sécurité dans le peloton
L’incident ravive un vieux débat dans le monde du cyclisme. Les passages à niveau sont un danger récurrent sur les courses en ligne, et les organisateurs sont censés les sécuriser en coordination avec les autorités ferroviaires. Mais quand un peloton lancé à 40 ou 50 km/h arrive face à un feu qui vient de passer au rouge, la décision se prend en une fraction de seconde.
À lire aussi
Les commissaires de course, eux, n’ont infligé aucune sanction sportive aux 54 coureurs. La direction avait simplement demandé aux fuyards de ralentir pour permettre à ceux qui s’étaient arrêtés de revenir. Une gestion qui a évité toute polémique sportive, mais qui n’a visiblement pas suffi à calmer les autorités judiciaires.
Le cyclisme professionnel a connu ces dernières années de nombreuses controverses liées à la sécurité, des questions de régulation sportive aux débats sur les parcours dangereux. Mais une enquête pénale visant plus de cinquante coureurs d’une même épreuve reste sans précédent.
Quelles sanctions concrètes pour les coureurs ?
Si les poursuites sont effectivement engagées, les coureurs risquent des amendes pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros en Belgique pour une infraction du quatrième degré. Une déchéance du droit de conduire est également envisageable, même si elle aurait un impact limité pour des cyclistes professionnels.
La vraie question est celle du signal envoyé. Le parquet de Flandre-Orientale semble déterminé à montrer que la compétition sportive ne peut pas servir de prétexte pour mettre des vies en danger. Reste à savoir si cette fermeté ira jusqu’au bout du processus judiciaire, ou si l’affaire se résoudra par des sanctions administratives.
Une chose est certaine : la prochaine fois qu’un peloton arrivera face à un passage à niveau fermé lors d’une course en Belgique, les coureurs y réfléchiront à deux fois avant de forcer le passage. Le précédent est posé, et la justice belge a clairement fait savoir qu’elle ne plaisantait pas.