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Route du Rhum : Erwan Le Draoulec victime d’une luxation de l’épaule, il se la remet en place tout seul

Publié par Mathieu le 05 Nov 2026 à 13:56

Depuis le départ de Saint-Malo dimanche, la Route du Rhum n’épargne personne : la casse matérielle s’accumule. Un matin, pourtant, c’est le corps d’un skipper qui a cédé, seul, au milieu de l’Atlantique. Ce qu’il a fait dans les minutes qui ont suivi, et ce que son équipe prépare désormais, raconte mieux que n’importe quel classement la dureté de cette course.

Une épaule qui lâche à 100 milles de Flores : le moment où la course bascule

La Route du Rhum a quelque chose d’une légende, mais aussi d’une épreuve de force. Les bateaux tapent, les structures encaissent des chocs violents, et la casse guette chaque concurrent. Cette année, selon Le Parisien, elle s’est déjà invitée dans la course depuis le départ de Saint-Malo dimanche.

Mais il existe une autre casse, plus rare et plus intime : celle du marin lui-même. Elle ne se répare pas avec une pièce de rechange ni un coup de téléphone à l’équipe technique. Elle se règle à bord, avec les moyens du bord, parfois en serrant les dents.

C’est ce qui est arrivé à Erwan Le Draoulec, 29 ans, skipper du trimaran Lazare x Hellio. Engagé dans la classe des Ocean Fifty, ces multicoques de course réputés physiques, il naviguait ce matin-là dans un vent de nord-ouest d’environ 25 nœuds. Il se trouvait à quelque 100 milles au sud-ouest de l’île de Flores, aux Açores.

À 7h39, l’épaule a lâché. Une luxation, en pleine mer, seul sur un bateau lancé dans la houle. Le genre de scène que l’on imagine mal quand on regarde une course depuis son canapé.

Les marins connaissent ce risque, comme ils connaissent celui d’un chavirage ou d’un démâtage. Certains ont déjà dû composer avec la douleur et la fatigue pendant des jours. D’autres ont vu leur course s’arrêter net, comme on le verra plus loin avec la bataille secrète que Charlie Dalin a menée pendant tout un Vendée Globe.

Alors, que fait-on quand l’épaule d’un skipper sort de son logement, à des centaines de milles de tout secours ? La réponse tient en quelques minutes, et elle surprend.

Le premier réflexe : prévenir l’équipe, avant de se soigner soi-même

Ce n’est pas la douleur qui a dicté la première action d’Erwan Le Draoulec, mais la discipline. Selon le récit de la source, le jeune skipper a immédiatement prévenu son équipe à terre. Pas de héros solitaire qui s’enferme dans son silence : un marin qui informe, qui garde le lien, parce qu’en mer, l’information est aussi une sécurité.

Cette précision a son importance. Dans une course au large, l’équipe à terre suit l’état du bateau, mais aussi celui de l’homme ou de la femme à bord. Prévenir tout de suite, c’est lui permettre d’évaluer la gravité et d’anticiper les options possibles.

L’incident tombe dans un contexte déjà tendu. Les participants de la Route du Rhum affrontent des conditions qui laissent peu de répit, et les blessures, grandes ou petites, font partie du paysage. Les skippers apprennent à vivre avec, comme ils apprennent à vivre avec le manque de sommeil.

Dans le monde du sport de haut niveau, une articulation qui sort de son logement est déjà un sale moment, même entouré de soignants. À bord d’un trimaran de course, sans médecin à portée de main et avec le bateau à gérer, la situation prend une tout autre dimension.

On pense à la lecture d’un diagnostic compliqué, comme celui du genou de Mbappé et de sa fourchette de 10 jours à 3 mois, sauf qu’ici personne n’attend un avis : il faut agir.

Alors, que s’est-il passé après ce coup de fil à l’équipe ? C’est là que l’histoire prend un tour étonnant, et que le skipper a fait quelque chose que peu de gens oseraient imaginer.

Selon l’équipe du skipper, rapportée par Le Parisien, Erwan Le Draoulec est parvenu quelques minutes plus tard à remettre son épaule en place. Tout seul, à bord, en pleine course. Son équipe précise qu’elle reste en contact étroit avec lui et étudie les différentes options pour la suite de sa navigation.

Mains de marin gantées sur un cordage mouillé, trousse de secours

Se « rafistoler » en mer : une formation prévue pour ces moments-là

Ce geste n’a rien d’un coup de folie : il s’appuie sur une préparation. Selon la source, les navigateurs reçoivent une formation de secours spécifique avant de s’engager sur ces courses au large. Pas de miracle, donc, mais un apprentissage destiné aux situations où personne d’autre ne peut intervenir.

Le principe est simple : en mer, l’autonomie n’est pas une option. Quand on est seul sur un bateau, on doit savoir réagir à une blessure, même si l’on n’est pas médecin. L’histoire des courses au large est jalonnée de ces moments où le marin a dû devenir son propre soignant.

Le cas le plus célèbre est celui de Bertrand de Broc. En janvier 1993, lors du Vendée Globe, le skipper s’était blessé au large des Kerguelen. Il avait dû se recoudre la langue tout seul, un épisode resté dans les mémoires de la course au large.

Face à ce précédent, l’épaule d’Erwan Le Draoulec paraît presque banale. Pourtant, remettre en place une articulation luxée n’a rien d’anodin, et ce type de geste demande du sang-froid. Il faut ensuite composer avec la douleur et la fatigue, alors que le bateau, lui, ne s’arrête pas.

Sur ce sujet, le témoignage d’un homme qui avait assuré la prise en charge d’un blessé célèbre reste frappant : le secouriste qui a sauvé Schumacher a fini par briser le silence, et son récit rappelle à quel point les premières minutes comptent.

Voilà donc la réponse à ce qui paraissait impossible : un skipper formé, un geste maîtrisé, quelques minutes de lutte et une épaule revenue à sa place. Reste une question plus importante que le geste lui-même : est-ce que cela suffit pour continuer la course ?

Ce que l’on sait de la suite de sa Route du Rhum

À ce stade, rien n’est tranché. L’équipe de Lazare x Hellio indique qu’elle étudie les différentes options pour la suite de la navigation d’Erwan Le Draoulec. Autrement dit, la décision n’est pas annoncée, et il serait imprudent d’en dire plus que ce que dit la source.

Ce qui est sûr, c’est que le jeune skipper n’est pas resté seul moralement. Depuis l’annonce de l’incident, il a reçu de nombreux messages de soutien, venus d’anonymes comme de ses pairs. Parmi eux, ceux de Clarisse Crémer et de Matthieu Perraut.

Le nom de Matthieu Perraut a une résonance particulière : il venait tout juste d’être secouru, dans la matinée de jeudi, après un chavirage. Dans la vidéo associée à la source, il le dit lui-même : « Le chavirage, c’est vraiment game over ». Un marin qui sort d’une telle épreuve et qui encourage un autre concurrent, c’est aussi cela, l’esprit de cette course.

Pour d’autres, la gestion du corps passe par des habitudes d’entraînement bien en amont. Les coachs insistent sur ces routines, comme les 4 gestes quotidiens jugés non négociables après 55 ans, même si la mer impose évidemment un tout autre rythme.

Reste l’idée que la Route du Rhum se joue autant sur la mécanique que sur la résistance humaine. Dans l’histoire des courses mythiques, la vitesse a parfois un prix très lourd, comme le rappelle la mort d’un vainqueur des 24 Heures du Mans lors d’une course historique. Ici, l’issue est heureusement tout autre.

Quelle que soit la décision de l’équipe, l’épisode restera comme l’un des moments marquants de cette édition. Un skipper de 29 ans, une épaule, quelques minutes de sang-froid. Pas de grand spectacle, juste la réalité brute de la course au large.

Ce qu’il faut retenir : en mer, le plus solide des bateaux ne vaut que ce que vaut son skipper, et celui-ci vient de montrer qu’il sait encaisser. Les marins appellent ça la course, nous, on appelle ça du cran.

Et si cette histoire vous a donné envie de plus d’incroyable en conditions limites, cette chute de quatre étages révèle une erreur que presque tout le monde commet. Quant à ceux qui aiment les secrets bien gardés, la vérité sur le Père Fouras, que la production a fait disparaître, mérite le détour.

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