Genou de Mbappé : le diagnostic du Real Madrid cache une fourchette qui va de 10 jours à 3 mois
Un but, un soulagement, puis la panique. Contre la Turquie, Kylian Mbappé a ouvert le score avant de se tordre de douleur quelques secondes plus tard. Sorti à la 59e minute, le capitaine des Bleus a quitté le rassemblement dès le lendemain sur ordre du staff médical.
Le mot lâché par Zinédine Zidane, « hyperextension », a inquiété tout le monde sans vraiment rien expliquer. Ce terme technique cache en réalité deux réalités totalement différentes : une simple gêne de quelques jours, ou une blessure qui peut tenir un joueur éloigné des terrains pendant des mois. Un kinésithérapeute du sport a accepté de décortiquer pour nous ce que cache vraiment ce diagnostic.
Une frappe anodine qui a tourné au cauchemar
Tout s’est joué en une fraction de seconde. Sur sa frappe du pied droit, Mbappé a posé son pied gauche au sol pour prendre appui et transmettre sa puissance dans le ballon. C’est ce même pied gauche qui a lâché.
« Il est droitier, donc il a frappé du pied droit. La blessure est intervenue sur son genou gauche, sur son pied d’appui, comme on dit au football », détaille Guilhem Macia, kinésithérapeute auprès de sportifs de haut niveau.
La scène, filmée sous tous les angles, a de quoi glacer : le joueur grimace, porte la main à son genou, retente de jouer puis s’écroule à nouveau. Il cède finalement sa place à Désiré Doué, sous les regards inquiets du banc français.
Pourquoi ce genou en particulier a-t-il autant souffert ? Parce qu’au moment de frapper, il joue un rôle de pivot absolu pour tout le corps. Et c’est justement là que le geste peut virer à l’accident.
Ce que le mot « hyperextension » révèle vraiment
« Le genou vient se bloquer pour permettre la frappe du côté opposé », explique Guilhem Macia. L’articulation stabilise le corps et transmet la force vers l’autre jambe. Mais si elle part trop loin vers l’arrière, la contrainte devient brutale.
C’est exactement ce qui s’est produit chez Mbappé : le genou gauche est allé au-delà de son amplitude normale en extension. Le lendemain, le Real Madrid a précisé le diagnostic après ses propres examens : une « hyperextension de la capsule postérieure du genou gauche », sans annoncer la moindre durée d’absence.
« Il a subi une hyperextension, qui peut alors abîmer certaines structures du genou », précise le spécialiste. Bonne nouvelle immédiate : les premiers examens réalisés en Turquie ont permis d’écarter une rupture des ligaments croisés, le scénario le plus redouté.
Mais un point reste flou, et c’est justement lui qui va tout déterminer : le geste est identifié, pas encore la blessure. « L’hyperextension correspond au geste lésionnel. On n’a pas forcément encore la blessure elle-même à ce stade. Tout dépend de ce qu’elle a provoqué », rappelle Guilhem Macia. Autrement dit, deux joueurs peuvent réaliser exactement le même mouvement et repartir avec des lésions totalement différentes.

Entre 10 jours et 3 mois : pourquoi personne ne peut trancher
Chez le Real Madrid, on attend patiemment les résultats des examens complémentaires avant de communiquer une quelconque durée. « Pour un joueur, il y aura toujours une batterie d’imagerie », indique Guilhem Macia. L’IRM doit permettre de rechercher une éventuelle atteinte ligamentaire, articulaire ou osseuse.
Certains médias espagnols évoquent déjà une dizaine de jours d’absence, une estimation optimiste que le club n’a jamais confirmée. Le kinésithérapeute, lui, préfère la prudence face à ce flou entretenu par le club merengue.
« Sans avoir le diagnostic précis, on ne peut pas donner de durée. On a le mécanisme de la blessure, mais pas encore toute la nature de la lésion », explique-t-il. Mais selon son expérience clinique, le spécialiste table sur une fourchette bien plus large : entre 1 et 3 mois d’indisponibilité.
Un écart qui change tout, pour Mbappé comme pour le Real Madrid en pleine saison chargée. Une simple atteinte de la capsule ne se soigne pas comme une lésion ligamentaire, et la rééducation ne suit pas le même chemin selon le cas de figure.
« S’il s’agit plutôt d’une atteinte ligamentaire, il y aura beaucoup de travail de proprioception et de remise en charge progressive du ligament. Si l’atteinte est davantage articulaire, on va plutôt mettre l’articulation au repos avant de reprendre progressivement », détaille Guilhem Macia. Le protocole, et donc le calendrier de retour, dépend entièrement de ce que révéleront les prochains examens.
Ce que ça change pour les Bleus et le Real
Une chose est déjà actée : Mbappé ne participera à aucune des trois prochaines rencontres de Ligue des nations. Son absence prive Didier Deschamps de son capitaine pendant toute cette trêve internationale, à un moment charnière de la préparation vers le Mondial.
Pendant que le genou récupère, le travail des kinésithérapeutes ne s’arrête pas au reste du corps. « Il faut éviter qu’il perde de la force sur ses principaux groupes musculaires. Il y aura donc tout un travail adapté, mais il n’y a pas de recette magique : tout dépend du contexte et de la blessure », souligne Guilhem Macia.
Le Real Madrid, de son côté, se contente pour l’instant de « suivre l’évolution » de son attaquant vedette, sans donner le moindre calendrier officiel. Une prudence qui tranche avec l’agitation autour du dossier, alors que le club vit déjà une saison sous tension, entre polémiques internes et calendrier surchargé.
Reste à savoir si les prochains examens confirmeront le scénario le plus favorable ou révéleront une lésion plus profonde, cachée derrière ce simple mot d’hyperextension.
Un mot technique, deux réalités possibles, et un genou qui va décider seul du calendrier de tout un club. La suite se jouera dans un cabinet de radiologie, loin des projecteurs.
Après ce coup dur, difficile de ne pas repenser à d’autres retours spectaculaires après un diagnostic sombre : celui de Neymar, donné fini avant de forcer son retour en sélection, prouve que ces blessures ne signent jamais une fin écrite d’avance.
Et pendant qu’on scrute le genou de Mbappé, un autre feuilleton continue de secouer les Bleus : le départ soudain de Didier Deschamps en plein Mondial n’a pas fini de faire parler.