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Neymar « capable de jouer 90 minutes » au Mondial : comment un joueur déclaré fini a forcé son retour en sélection

Publié par Mathieu le 25 Juin 2026 à 9:39

Il y a dix-huit mois, les médecins parlaient de retraite forcée. Le genou gauche de Neymar était en miettes, sa carrière considérée comme terminée par à peu près tous les observateurs du football mondial. Et puis, mardi, Carlo Ancelotti a prononcé six mots qui ont fait trembler la planète foot : « Neymar est capable de jouer 90 minutes. »

Neymar

Quatre syllabes — « quatre-vingt-dix » — et soudain le Mondial 2026 a pris une tout autre dimension. Le Brésil affronte l’Écosse en phase de poules, et son numéro 10 pourrait être titulaire. Comment un joueur que le monde entier avait enterré s’est-il retrouvé à nouveau au centre de tout ?

La phrase d’Ancelotti qui a électrisé le vestiaire brésilien

La conférence de presse était censée être routinière. Le sélectionneur du Brésil devait simplement commenter la préparation face à l’Écosse. Mais quand un journaliste a demandé si Neymar serait limité à 20 ou 30 minutes, Ancelotti a secoué la tête.

« Neymar est capable de jouer 90 minutes. Il l’a prouvé à l’entraînement, il l’a prouvé dans les matchs de préparation. » Le silence dans la salle a duré trois secondes. Trois secondes pendant lesquelles tout le monde a compris que ce n’était pas du bluff.

Le technicien italien, connu pour ne jamais surjouer l’émotion, n’a pas souri en prononçant ces mots. Il a regardé droit dans la caméra, comme s’il s’adressait directement à ceux qui avaient passé un an et demi à écrire des nécrologies sportives.

Pour les joueurs brésiliens, l’effet a été immédiat. Plusieurs coéquipiers ont relayé la déclaration sur les réseaux dans les minutes qui ont suivi. Vinicius Jr a posté une photo d’entraînement avec Neymar, légende : un simple emoji flamme. Parfois, un symbole suffit.

Mais derrière cette déclaration tonitruante, il y a une question que tout le monde se pose : Ancelotti joue-t-il un coup de poker monumental, ou a-t-il réellement vu quelque chose que personne d’autre n’a vu ? Pour comprendre l’ampleur du pari, il faut remonter au tout début.

Le gamin de Mogi das Cruzes qui faisait pleurer les défenseurs

Joueur de football blessé au genou en séance de rééducation

Neymar da Silva Santos Júnior n’est pas né dans une favela, contrairement à ce que la légende raconte souvent. Il a grandi à Mogi das Cruzes, banlieue de São Paulo, dans un milieu modeste mais pas misérable. Son père, ancien joueur professionnel sans carrière marquante, a tout misé sur le talent de son fils.

Jeune joueur brésilien jouant au football dans une cour au Brésil

À 11 ans, le Real Madrid lui propose un essai. Santos refuse de le laisser partir. À 13 ans, il intègre le centre de formation du club pauliste. À 17 ans, il est titulaire en équipe première. Le Brésil n’avait pas vu un talent aussi précoce depuis Ronaldo, le vrai, celui de 1996.

Entre 2009 et 2013, Neymar transforme Santos en machine à spectacle. Il marque 136 buts en 225 matchs, remporte la Copa Libertadores en 2011 — la première du club depuis l’ère Pelé — et devient le joueur le mieux payé du championnat brésilien avant même ses 20 ans.

Ce qui frappe à cette époque, ce n’est pas seulement sa technique. C’est son insouciance. Il dribble comme on joue dans une cour de récréation, avec une joie brute qui rend les stades euphoriques. Les défenseurs brésiliens, pourtant habitués aux attaquants virevoltants, ne savent littéralement pas quoi faire de lui.

Le FC Barcelone finit par poser 88 millions d’euros sur la table en 2013. Neymar a 21 ans, et le monde entier l’attend. Personne ne se doute encore que cette trajectoire ascensionnelle va connaître autant de turbulences que de sommets.

MSN, 222 millions et les premières fissures

À Barcelone, Neymar forme avec Messi et Suárez le trio offensif le plus dévastateur de l’histoire récente du football. La fameuse « MSN » marque 364 buts en trois saisons. Ils remportent la Ligue des Champions en 2015, et Neymar inscrit un but en finale.

Sur le papier, tout est parfait. Dans les coulisses, c’est plus compliqué. Neymar vit dans l’ombre de Messi. Chaque Ballon d’Or qui passe confirme la hiérarchie : Leo d’abord, les autres ensuite. Pour un joueur convaincu d’être le meilleur du monde, c’est une pilule difficile à avaler.

Puis arrive l’été 2017 et le transfert qui a fait basculer l’économie du football. Le Paris Saint-Germain active la clause libératoire de 222 millions d’euros. Un montant tellement délirant qu’il a été qualifié d’« obscène » par plusieurs présidents de clubs. Le projet qatari venait de franchir un cap symbolique.

Neymar débarque à Paris avec une promesse : devenir le roi. Le club lui offre un salaire mensuel estimé à 3 millions d’euros net, une prime de fidélité colossale, et surtout la certitude d’être le patron de l’équipe. Mais être le roi à Paris, ce n’est pas la même chose qu’être le roi à Barcelone.

Car à Paris, un autre prodige avait déjà commencé à écrire sa propre légende. Et il ne comptait pas s’effacer.

Paris, Mbappé et les années qui ont tout abîmé

Les premières saisons parisiennes de Neymar ressemblent à un film qu’on aurait monté dans le désordre. Des éclairs de génie sur le terrain — son but contre Manchester United en huitièmes de finale reste dans les mémoires — mélangés à des absences à répétition qui exaspèrent tout le monde.

Blessure au métatarse en 2018, rechute en 2019, problèmes musculaires récurrents. Neymar rate les matchs les plus importants avec une régularité qui finit par ressembler à une malédiction. Le Parc des Princes, d’abord amoureux, commence à gronder.

Et puis il y a la relation avec Mbappé. Longtemps présentée comme fusionnelle, elle se fissure au fil des saisons. La question du leadership empoisonne le vestiaire. Qui tire les penaltys ? Qui occupe l’axe ? Qui est la vraie star du projet ?

Les fêtes d’anniversaire deviennent un sujet national. En plein mois de février, alors que la Ligue des Champions bat son plein, Neymar organise des soirées pharaoniques qui font les gros titres des tabloïds européens. Trois jours de festivités, des centaines d’invités, des DJ internationaux. Pendant que ses coéquipiers préparent le huitième de finale retour.

Les sifflets commencent à pleuvoir au Parc des Princes. Neymar, qui n’a jamais supporté la critique, les prend en pleine figure. Il répond parfois sur les réseaux sociaux, souvent maladroitement. L’image du génie insouciant de Santos s’éloigne chaque jour un peu plus.

Le PSG finit par comprendre que la cohabitation est devenue impossible. En 2023, après six saisons marquées par deux demi-finales de Ligue des Champions mais zéro titre européen, le club trouve une porte de sortie. Et cette porte mène au désert.

L’Arabie Saoudite et le genou qui a tout fait basculer

Quand Neymar signe à Al-Hilal en août 2023 pour un salaire annuel estimé à 100 millions d’euros, la planète foot hausse collectivement les épaules. Comme d’autres stars avant lui, il part finir sa carrière au soleil, loin des projecteurs européens.

Il ne joue que cinq matchs. Le 17 octobre 2023, lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde avec le Brésil contre l’Uruguay, son genou gauche cède. Rupture du ligament croisé antérieur et lésion du ménisque. Le diagnostic tombe comme un couperet : neuf à douze mois d’absence minimum.

À 31 ans, avec un historique de blessures long comme un roman, les experts sont quasi unanimes. « Sa carrière au plus haut niveau est terminée », écrit un chirurgien du sport réputé dans une tribune pour un grand quotidien brésilien. Les statistiques lui donnent raison : les joueurs de plus de 30 ans qui reviennent d’une rupture des croisés retrouvent rarement leur niveau d’avant.

Al-Hilal, qui avait misé un demi-milliard sur l’opération, se retrouve avec un joueur fantôme. Neymar tente un retour en octobre 2024, joue 13 minutes, puis rechute. Re-blessure musculaire. Le club saoudien décide de ne pas renouveler son contrat. Le message est clair : même avec tout l’argent du monde, personne ne veut parier sur lui.

En février 2025, Neymar retourne dans son ancien club, Santos, le club de ses débuts. C’est présenté comme un retour aux sources romantique. Beaucoup y voient un tour d’honneur avant la retraite. Mais ce qui se passe ensuite dans les coulisses, personne ne l’avait anticipé.

Dix-huit mois dans l’ombre : les coulisses d’une rééducation hors norme

La rééducation de Neymar n’a pas eu lieu dans un centre de rééducation classique. Il s’est entouré d’une équipe de six spécialistes — kinésithérapeutes, préparateurs physiques, nutritionnistes — qui ont travaillé avec lui quotidiennement pendant dix-huit mois, entre São Paulo et Miami.

Le protocole était draconien. Réveil à 5 h 30, première séance à 6 h, seconde séance à 15 h. Régime alimentaire calibré au gramme près. Zéro alcool, zéro écart. Pour un joueur dont le mode de vie avait été critiqué pendant une décennie, le changement était radical.

Les premières vidéos de reprise ont commencé à fuiter sur les réseaux en fin d’année 2025. On y voyait Neymar enchaîner des sprints, changer de direction sans hésitation, frapper du gauche avec une puissance qui semblait intacte. Les fans brésiliens ont commencé à y croire. Les sceptiques, eux, rappelaient que des vidéos d’entraînement ne veulent rien dire.

Puis sont arrivés les matchs avec Santos. D’abord 20 minutes par-ci, 30 minutes par-là. Des performances discrètes mais encourageantes. Neymar ne cherchait plus à dribbler cinq adversaires. Il jouait simple, orientait le jeu, décrochait pour toucher un maximum de ballons. Un Neymar méconnaissable pour ceux qui l’avaient connu flamboyant et imprévisible.

C’est à ce moment qu’Ancelotti entre dans l’équation. Le sélectionneur italien, nommé à la tête du Brésil en 2024, avait gardé un œil sur Neymar sans jamais s’exprimer publiquement. En coulisses, il avait envoyé son staff médical évaluer le joueur à trois reprises. Les rapports sont revenus positifs — suffisamment pour justifier un pari que peu de sélectionneurs auraient osé prendre.

En pleine préparation du Mondial, Neymar a été convoqué dans la liste des 26. La nouvelle a divisé le Brésil en deux camps : ceux qui croyaient au miracle, et ceux qui criaient à l’inconscience. Mais Ancelotti avait une certitude que les autres n’avaient pas : il avait vu Neymar courir pendant 90 minutes à l’entraînement sans la moindre gêne.

Écosse-Brésil : l’heure de vérité pour le revenant

Le calendrier du Mondial 2026 a placé le Brésil dans un groupe abordable sur le papier. Mais l’Écosse, portée par une génération dorée et un sélectionneur tactiquement affûté, ne sera pas un adversaire facile.

Pour Neymar, ce match est bien plus qu’une rencontre de phase de poules. C’est un examen de passage devant le monde entier. 3,5 milliards de téléspectateurs potentiels. Chaque touche de balle sera scrutée, analysée, disséquée. Le moindre signe de faiblesse physique sera amplifié par des millions de commentaires en temps réel.

Les analystes tactiques s’interrogent sur le rôle qu’Ancelotti lui réservera. Le Neymar de Santos 2025-2026, plus sobre et plus positionnel, correspond davantage à un meneur de jeu classique qu’à l’ailier dribbleur qu’il était à Barcelone ou au PSG. Un numéro 10 à l’ancienne, en somme.

Le sélectionneur a d’ailleurs construit son système autour de cette version 2.0 de Neymar. Vinicius Jr occupe le couloir gauche, Rodrygo le droit, et Neymar évolue dans l’axe, derrière l’attaquant de pointe. Un rôle de chef d’orchestre qui limite les efforts physiques tout en maximisant son influence sur le jeu.

Le dispositif est malin. Mais il repose sur un postulat fragile : que le genou tienne 90 minutes sous la pression d’un match de Coupe du monde, avec des tacles, des changements de rythme et une intensité incomparable avec le championnat brésilien.

Et c’est précisément là que le doute persiste, même chez les plus optimistes. Car entre un entraînement à huis clos et un stade de 80 000 personnes, il y a un gouffre que seul le terrain peut combler.

Coup de poker ou coup de génie : le vrai pari d’Ancelotti

Carlo Ancelotti a remporté quatre Ligues des Champions. Il a dirigé le Real Madrid, le Milan AC, le Bayern Munich, Chelsea. C’est l’un des rares entraîneurs vivants à pouvoir se vanter d’avoir eu sous ses ordres Zidane, Cristiano Ronaldo, Maldini et Benzema. Son CV n’a pas besoin de prise de risque pour briller.

Alors pourquoi miser sur un joueur de 34 ans au genou reconstruit, alors que le Brésil ne manque pas de talents offensifs ? Comme Ronaldo qui participe à un sixième Mondial, Neymar représente quelque chose qui dépasse les statistiques.

La réponse tient en un mot : charisme. Ancelotti l’a expliqué en conférence de presse sans le dire aussi frontalement. « Quand Neymar est sur le terrain, les adversaires le regardent. Ils pensent à lui. Ça libère de l’espace pour les autres. » En clair, même à 70 % de ses capacités physiques, Neymar attire l’attention de deux ou trois défenseurs, ce qui ouvre des boulevards pour Vinicius et Rodrygo.

Mais le pari a aussi un revers. Si Neymar se blesse à nouveau en plein match, l’image sera dévastatrice. Le sélectionneur qui a envoyé un joueur cassé au casse-pipe — voilà le récit que les médias du monde entier écriraient dans les minutes suivantes.

Ancelotti le sait. Et il a prévu un plan B. Sur le banc, Endrick et d’autres talents attendent leur chance. Si le genou lâche à la 55e minute, le remplacement sera instantané. Mais si Neymar tient, si le pari fonctionne, le message envoyé au reste du tournoi sera terrible pour les adversaires du Brésil : leur meilleur joueur est de retour.

Et les pronostics les plus fous redeviendraient envisageables.

Le poids de l’histoire : la dernière danse ou le début d’un dernier chapitre ?

Neymar a 34 ans. S’il joue ce Mondial, il rejoindra le cercle très fermé des joueurs brésiliens ayant disputé trois Coupes du monde. En 2014, au Brésil, sa vertèbre fracturée en quart de finale contre la Colombie avait symbolisé le traumatisme national du 7-1 contre l’Allemagne en demi-finale.

En 2022, au Qatar, il avait marqué un but sublime contre la Croatie en quart de finale, avant que la Seleção ne s’incline aux tirs au but. Ce soir-là, Neymar avait pleuré sur la pelouse pendant de longues minutes. Beaucoup pensaient que c’était sa dernière image en sélection.

Quatre ans plus tard, le scénario d’un retour en grâce au Mondial relevait de la science-fiction. Même à Santos, au quotidien, ceux qui côtoient Neymar reconnaissent que les premiers mois de rééducation ont été psychologiquement dévastateurs. La douleur, l’isolement, le doute permanent.

Des proches ont confié à la presse brésilienne qu’il avait traversé une phase dépressive fin 2024, quand la rechute musculaire à Al-Hilal avait réduit à néant six mois de travail. Il a fallu un entourage solide et une détermination hors du commun pour franchir ce cap.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si Neymar peut jouer. Ancelotti a répondu. La vraie question est : ce Mondial sera-t-il un baroud d’honneur ou la preuve que le football, parfois, offre des secondes chances que la vie refuse ?

Ce Mondial 2026 est déjà chargé en émotions. Mais si Neymar entre sur la pelouse face à l’Écosse, s’il touche son premier ballon, s’il déclenche sa première accélération — alors le stade entier retiendra son souffle. Et nous avec.

Car au fond, ce qu’on veut voir, ce n’est pas un joueur de 34 ans au genou fragile essayer de survivre 90 minutes.

Ce qu’on veut voir, c’est le gamin de Mogi das Cruzes, celui qui faisait pleurer les défenseurs et rêver tout un pays, prouver une dernière fois qu’il n’a jamais vraiment disparu.

L’hymne de ce Mondial est signé Shakira, mais la bande-son que tout le Brésil attend, c’est le bruit d’un dribble de Neymar suivi du rugissement d’un stade.

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