Gaël Monfils a 40 ans : le dernier survivant de sa génération raconte pourquoi son corps a tenu
Il reste. C’est presque devenu son identité. Autour de lui, tous ses copains de génération ont raccroché la raquette depuis longtemps.

Gaël Monfils, lui, souffle ses 40 bougies toujours en tenue de match. Un chiffre rond qui sonne comme une victoire en soi, dans un sport où le corps lâche bien avant l’âge de la retraite classique.
Un corps qui aurait dû craquer depuis longtemps
Genoux, dos, pieds, mollets : la liste des bobos de Monfils tiendrait sur plusieurs pages. Le Parisien a connu des saisons entières sabordées par les pépins physiques, des opérations, des mois d’absence forcée.
Beaucoup, à sa place, auraient plié bagage à 33 ou 34 ans. Lui a continué, encaissé, recommencé. Cette capacité à se relever rappelle un peu celle d’un Yannick Noah, qui a lui aussi traîné des séquelles physiques longtemps après avoir raccroché.
Son style de jeu spectaculaire, fait de sauts, de grands écarts et d’efforts explosifs, aurait dû accélérer l’usure. C’est presque l’inverse qui s’est produit : plus il vieillissait, plus il semblait apprivoiser son propre corps.
Le dernier de sa génération encore sur le court

Nadal a arrêté. Federer aussi, depuis un moment déjà. Djokovic tourne au ralenti. Autour de Monfils, le tennis mondial a changé plusieurs fois de visage.
Chez les Français, le constat est encore plus frappant. Tsonga, Gasquet, Simon : tous ses rivaux de toujours ont quitté les courts professionnels.
Monfils, lui, continue à enchaîner les tournois, souvent avec un plaisir affiché qui ne trompe personne. Cette longévité fait de lui une pièce à part dans l’histoire récente du tennis mondial, où les jeunes générations arrivent vite et repartent parfois tout aussi vite.
Le showman qui a fait chavirer le public français
On ne retient pas Monfils que pour ses statistiques. On le retient pour ce qu’il dégage sur un court : cette énergie brute, ces sourires, ces gestes improbables qui font lever des stades entiers.
Contrairement à d’autres champions plus austères, Monfils a toujours joué avec le public, littéralement. Un smash entre les jambes, une accélération soudaine, une grimace théâtrale : il a transformé chaque match en spectacle.
Ce rapport particulier au jeu rappelle l’histoire d’un autre joueur qui a marqué les esprits un 6 juin, un jour où les règles du tennis ont basculé pour toujours. Monfils, lui, n’a pas changé les règles. Il a changé la manière de les habiter.
Ce supplément d’âme explique pourquoi le public français ne l’a jamais lâché, même dans les défaites. On ne pardonne pas tout à un joueur, mais on pardonne beaucoup à celui qui donne du plaisir.
Elina Svitolina, la rencontre qui a tout changé
Sur le circuit, tout le monde connaît l’histoire. Monfils et l’Ukrainienne Elina Svitolina, elle-même ancienne top 5 mondiale, se sont rencontrés entre deux tournois, comme souvent chez les joueurs professionnels.
Le couple s’est marié, puis a accueilli une petite fille prénommée Skaï en 2022. Une naissance qui a visiblement changé la manière dont Monfils envisage la fin de sa carrière.
Il l’a d’ailleurs exprimé publiquement, dans une déclaration bouleversante adressée à sa femme, où transparaissait toute la gratitude d’un homme conscient que sa carrière tardive doit beaucoup à son équilibre familial.
Ce genre d’histoire d’amour entre deux athlètes de haut niveau n’est pas isolé dans le sport. On pense par exemple à Aryna Sabalenka, récemment fiancée, ou encore à Caroline Garcia, qui a elle aussi construit sa vie de famille en parallèle du circuit.
Comment tenir jusqu’à 40 ans dans un sport aussi violent
La question mérite d’être posée franchement. À l’heure où beaucoup de joueurs raccrochent entre 32 et 35 ans, comment expliquer une telle longévité chez Monfils ?

Une partie de la réponse tient sans doute à sa gestion physique, affinée au fil des blessures justement. L’autre partie, plus intangible, relève du mental : Monfils a toujours semblé jouer par plaisir plus que par obligation.
Cette approche contraste avec d’autres champions qui ont vécu leur fin de carrière comme un fardeau. Rafael Nadal, par exemple, a évoqué un rapport à la vie qui a évolué avec l’âge, préférant désormais les voyages aux possessions matérielles.
Monfils, lui, semble avoir trouvé dans le jeu lui-même une source de longévité. Ce n’est pas tant la performance qui le fait tenir que le plaisir renouvelé de fouler un court, saison après saison.
Un symbole plus qu’un simple joueur
À 40 ans, Gaël Monfils n’est plus seulement un joueur de tennis. Il est devenu une sorte de témoin vivant d’une époque entière du sport français, celle qui a vu Roland-Garros vibrer sous les exploits d’une génération dorée.
Il incarne aussi une idée simple mais rare dans le sport de haut niveau : celle qu’on peut vieillir sans forcément perdre ce qui nous rend uniques. Le showman n’a pas disparu avec les années, il s’est juste affiné.
Reste une question que tout le monde se pose désormais : combien de temps encore ? Pour l’instant, Monfils n’a donné aucune date, et c’est peut-être exactement là que réside toute sa magie.