On lui vole son matériel à 4 000 m d’altitude en pleine nuit — il enchaîne quatre ascensions du Mont-Blanc en quatre jours
Un alpiniste genevois de 44 ans vient de signer une première mondiale absolue sur le toit de l’Europe occidentale. Quatre ascensions du Mont-Blanc, quatre voies différentes, quatre jours consécutifs, zéro assistance. Et un vol de matériel en pleine nuit qui aurait pu tout faire basculer.
162 kilomètres et 17 671 mètres de dénivelé : les chiffres d’un exploit hors normes

Du 12 au 15 juin 2026, Nicolas Lehmann a enchaîné quatre fois le sommet du Mont-Blanc à 4 808 mètres d’altitude. Chaque ascension empruntait un itinéraire distinct, pour un total de 162,5 kilomètres parcourus. Le dénivelé positif cumulé atteint 17 671 mètres, soit l’équivalent de deux fois l’Everest.

Le temps d’effort cumulé sur les quatre jours s’élève à 54 heures et 21 minutes. L’ensemble a été réalisé en mode FKT unsupported : aucune aide extérieure, aucun ravitaillement, aucun porteur. L’athlète a porté seul l’intégralité de son matériel et géré sa logistique en totale autonomie.
Personne n’avait encore réussi cet enchaînement. Le projet, mûri pendant près de deux ans, consistait à gravir le plus haut sommet des Alpes par quatre voies reconnues de l’alpinisme. Sur le papier, l’idée semblait presque simple. Dans la réalité, chaque journée représentait un combat contre l’altitude, le froid et l’épuisement.
Mais les conditions météo et un incident inattendu allaient transformer ce défi en véritable épreuve de survie mentale.
Quatre voies, quatre mondes différents
Les quatre itinéraires retenus couvrent les faces les plus exigeantes du massif. Le premier jour, Lehmann est parti de Chamonix par les Grands Mulets, l’une des voies historiques du Mont-Blanc. Le deuxième jour, il a emprunté la voie normale du Goûter depuis Saint-Gervais, l’itinéraire le plus fréquenté mais redouté pour son couloir exposé aux chutes de pierres.

La troisième ascension a suivi la Traversée Royale, un itinéraire technique qui traverse plusieurs arêtes sommitales. Chaque voie impose ses propres contraintes : crevasses, pentes glacées, passages rocheux. Enchaîner les quatre en quatre jours exige une capacité de récupération hors du commun entre chaque effort.
Pour la quatrième et dernière ascension, le plan initial prévoyait le versant italien via Courmayeur. Mais un imprévu de taille allait forcer Lehmann à improviser. Et ce n’était pas le seul obstacle sur sa route.
Le vol qui aurait pu tout arrêter
La troisième nuit, à environ 4 000 mètres d’altitude, l’impensable s’est produit. Pendant que Lehmann bivouaquait, quelqu’un lui a dérobé son baudrier et une partie de son matériel technique. Sans baudrier, impossible de s’encorder, de se sécuriser sur les passages exposés, ni de poursuivre l’aventure.
Pour un athlète engagé dans une tentative de record mondial en totale autonomie, ce vol représentait bien plus qu’un contretemps. C’était potentiellement la fin du projet. À cette altitude, on ne redescend pas acheter du matériel au village.
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Lehmann a alors fait appel à la solidarité des autres alpinistes présents sur la montagne. Une collecte improvisée lui a permis de rassembler l’équipement minimum nécessaire pour repartir. Ce geste collectif, dans un univers où chaque gramme de matériel compte, a sauvé la tentative de record.
L’histoire rappelle celle de ce sherpa porté disparu 48 heures dans la zone de la mort de l’Annapurna : en haute montagne, la frontière entre exploit et drame ne tient parfois qu’à un fil. Restait encore une ascension à boucler, et les conditions n’allaient pas faciliter les choses.
Un dernier jour sous tension
Le quatrième matin, Nicolas Lehmann a dû renoncer au versant italien initialement prévu. Les conditions côté Courmayeur étaient jugées trop dangereuses pour une ascension en solo et sans assistance. La décision de modifier l’itinéraire s’imposait.
Il a finalement validé sa quatrième et dernière ascension par la voie des 3 Monts, qui traverse le Mont Maudit et le Mont Blanc du Tacul avant d’atteindre le sommet. Un itinéraire exigeant, avec des passages en haute altitude exposés au vent et aux crevasses. Mais Lehmann l’a bouclé en autonomie complète, fidèle aux règles qu’il s’était fixées depuis le départ.
Avec cette quatrième arrivée au sommet, la première mondiale était actée. Quatre jours, quatre voies, quatre sommets à 4 808 mètres. Un exploit que personne dans l’histoire de l’alpinisme n’avait encore accompli dans ces conditions.
Un palmarès déjà hors du commun
Ce record ne sort pas de nulle part. Nicolas Lehmann, 44 ans, est un habitué des défis qui repoussent les limites de l’endurance humaine. Triple vainqueur de l’UTMB Eiger 250, une course de 250 kilomètres à travers le massif alpin, il fait figure de référence dans le milieu de l’ultra-trail.

Il est également double lauréat de la PTL du Mont-Blanc, une boucle monstrueuse de 300 kilomètres pour 25 000 mètres de dénivelé positif. Ces épreuves, parmi les plus dures au monde, attirent des athlètes d’élite venus de tous les continents. Lehmann les a remportées plusieurs fois.
Son exploit rappelle à quel point la montagne reste un terrain d’aventure sans équivalent. Gravir le Mont-Blanc est déjà un défi pour la majorité des alpinistes. Le faire quatre fois de suite par quatre voies différentes, en portant tout sur son dos et en survivant à un vol de matériel, place cet accomplissement dans une catégorie à part.
L’aventure ne s’arrête pas là. Un documentaire produit par Out Studio retracera l’intégralité de cette tentative de record en 2027. Comme le documentaire Kaizen d’Inoxtag l’avait montré, les récits d’exploits en montagne captivent bien au-delà du cercle des initiés. Celui de Nicolas Lehmann promet d’être à la hauteur de la performance : vertigineux.