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Porté disparu 48 heures dans la « zone de la mort » de l’Annapurna, ce sherpa est retrouvé avec les mains gelées

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 14:03
Porté disparu 48 heures dans la « zone de la mort » de l'Annapurna, ce sherpa est retrouvé avec les mains gelées

Il avait atteint le sommet de l’Annapurna, l’un des pics les plus meurtriers de la planète. Mais au moment de redescendre, Dawa Nurbu Sherpa a perdu sa route. Pendant plus de 48 heures, personne ne savait s’il était encore en vie. Quand on l’a enfin retrouvé, ses mains racontaient à elles seules l’enfer qu’il venait de traverser.

Le sommet atteint, puis le silence radio

Le 19 avril 2026, Dawa Nurbu Sherpa, alpiniste expérimenté travaillant pour l’agence 8K Expeditions, se trouvait au sommet de l’Annapurna aux côtés de son client, Richard Markus, guide de montagne suisse. L’Annapurna culmine à 8 091 mètres. C’est le dixième plus haut sommet du monde, mais surtout celui qui affiche le taux de mortalité le plus élevé de tous les 8 000. Environ un grimpeur sur trois n’en revient pas.

Sherpa népalais en tenue d'alpinisme sur l'Annapurna

La montée s’est bien passée. C’est la descente qui a tout fait basculer. Lakpa Sherpa, propriétaire et directeur d’expédition chez 8K Expeditions, a résumé la situation de manière glaçante dans sa simplicité : « Dawa a perdu le contact dans le couloir au-dessus du camp IV lors de sa descente. » Un couloir en haute altitude, à cette heure-là, c’est un labyrinthe de glace, de vent et de visibilité quasi nulle. Un pas de travers, et on disparaît.

Ce genre de drame rappelle d’autres histoires terrifiantes en haute montagne. On pense notamment à cette alpiniste bloquée à 7 000 m que ses compagnons avaient jugée impossible à sauver. Sauf qu’ici, l’histoire ne s’arrête pas au moment de la disparition.

Un hélicoptère envoyé… pour rien

Dès que l’alerte a été donnée, les secours se sont organisés. Un hélicoptère a été dépêché pour effectuer une recherche aérienne au-dessus de la zone où Dawa avait été vu pour la dernière fois. Mais à près de 7 500 mètres d’altitude, les conditions rendent ce type d’opération extrêmement aléatoire. Vents violents, nuages bas, températures qui plongent sous les -30 °C. L’hélicoptère n’a rien trouvé.

Hélicoptère de secours près d'une paroi glacée en Himalaya

Quarante-huit heures. C’est le temps pendant lequel Dawa Nurbu est resté seul, quelque part entre le camp IV et le sommet de l’Annapurna. À cette altitude, on parle littéralement de la « zone de la mort » : au-dessus de 7 500 mètres, le corps humain ne peut tout simplement pas fonctionner normalement. L’oxygène se fait rare, chaque respiration est un combat, et le froid attaque les extrémités en quelques heures.

Désorienté. Épuisé. Seul. Trois mots qui résument son calvaire, selon le compte Everest Today, référence dans le suivi des expéditions himalayennes. Les photos publiées sur les réseaux sociaux montrent un homme affaibli mais vivant. Ses mains, en revanche, portent les stigmates brutaux de ces deux jours passés dans le néant glacé. Mais comment a-t-il été retrouvé si l’hélicoptère avait échoué ?

Ashok Lama, le guide qui a réussi là où la machine avait échoué

C’est finalement un homme, et non un appareil, qui a sauvé Dawa Nurbu. Le guide Ashok Lama est parvenu à localiser son collègue à environ 7 700 mètres d’altitude, près du sommet. Là où le premier hélicoptère n’avait rien vu, Ashok a utilisé ce que la technologie ne remplacera jamais : l’instinct d’un montagnard, la connaissance du terrain et une détermination à toute épreuve.

Ashok a ensuite ramené Dawa jusqu’au camp III, un exploit physique considérable à cette altitude. C’est là qu’un second hélicoptère a pu prendre le relais et évacuer le sherpa blessé vers la vallée. Ce type de sauvetage entre guides fait écho à la solidarité — parfois mise à mal — qui règne dans le milieu de l’alpinisme himalayen. On sait que les pratiques sur l’Everest ont parfois défrayé la chronique pour des raisons bien moins glorieuses.

Un mineur mexicain avait survécu 14 jours sous terre sans eau ni nourriture. Dawa, lui, a tenu deux jours dans l’air le plus fin de la planète, sans abri, sans équipe. Deux contextes radicalement différents, mais un même fil conducteur : la résistance humaine poussée au-delà de toute logique.

« Sain et sauf » mais avec les mains ravagées

Les premières nouvelles se voulaient rassurantes. Lakpa Sherpa a déclaré dans des propos rapportés par The Tourist Times : « Il est sain et sauf malgré de légères gelures. » Mais les images racontaient une tout autre histoire.

Mains gelées d'un alpiniste hospitalisé après un sauvetage

Les photos diffusées par Everest Today montrent les mains de Dawa Nurbu dans un état qui fait froid dans le dos. Des doigts gonflés, noircis par les gelures profondes. « Ces blessures montrent le coût brutal de la survie dans la zone de la mort », écrit le compte sur X. Le terme « légères gelures » semble, au vu des clichés, relever d’un euphémisme assez spectaculaire.

Dawa a été hospitalisé au CIWEC Hospital and Travel Medicine Center de Pokhara, au Népal. Cet établissement est une référence pour la prise en charge des alpinistes blessés dans la région de l’Annapurna et de l’Everest. Le pronostic concernant ses mains n’a pas été détaillé publiquement, mais les gelures de ce type, à cette altitude, entraînent fréquemment des amputations partielles.

L’Annapurna, la montagne qui ne pardonne pas

Ce que beaucoup ignorent, c’est que l’Annapurna est statistiquement bien plus dangereux que l’Everest. Si l’Everest livre ses morts au fil de la fonte des glaces, l’Annapurna, lui, tue plus vite et plus souvent. Ses pentes sont exposées aux avalanches massives, ses conditions météo changent en quelques minutes, et les voies de descente deviennent des pièges mortels dès que la visibilité tombe.

En 2026, la saison de printemps sur les sommets himalayens bat son plein. Des dizaines d’expéditions commerciales se pressent chaque année sur ces géants, portées par un engouement croissant pour l’alpinisme extrême. Inoxtag atteignant le sommet de l’Everest avait d’ailleurs participé à médiatiser ce monde auprès d’un public bien plus large que les cercles habituels de l’alpinisme.

Mais derrière les images spectaculaires et les vidéos de sommet, il y a la réalité crue. Les sherpas, ces guides népalais qui portent le matériel, fixent les cordes et ouvrent la voie, prennent des risques considérables pour des salaires qui restent modestes au regard du danger. Dawa Nurbu travaille depuis des années dans ce milieu. Son profil sur le site de 8K Expeditions le présente comme un professionnel aguerri. Ça ne l’a pas empêché de frôler la mort.

Et son client dans tout ça ?

Un détail intrigue dans cette histoire : Richard Markus, le guide suisse que Dawa accompagnait au sommet, semble avoir regagné le camp sans encombre. Les sources disponibles ne précisent pas les circonstances exactes de leur séparation. On sait simplement que Dawa a perdu le contact « dans le couloir au-dessus du camp IV lors de sa descente ». Richard est-il descendu en premier ? Se sont-ils perdus de vue dans le brouillard ?

Cette question reste sans réponse pour l’instant. Mais elle soulève un débat récurrent en haute altitude : jusqu’où va la responsabilité d’un client envers son guide ? Sur les 8 000, quand chaque minute compte et que l’oxygène manque, les décisions se prennent dans l’urgence absolue. On a vu des situations où des grimpeurs se retrouvaient coincés en altitude sans plan de repli crédible.

Dawa Nurbu Sherpa est vivant. C’est l’essentiel. Mais ses mains gelées, photographiées sur son lit d’hôpital à Pokhara, rappellent une vérité que les brochures des agences d’expédition ne montrent jamais : dans la zone de la mort, le corps humain n’est qu’un invité temporaire. Et la montagne finit toujours par présenter l’addition.

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