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Piégé 14 jours sous terre sans eau ni nourriture, ce mineur mexicain doit sa survie à un détail improbable

Publié par Elsa Fanjul le 11 Avr 2026 à 18:49

Le 25 mars dernier, une mine s’effondre à El Rosario, dans l’État de Sinaloa, au Mexique. Vingt-cinq hommes se trouvent alors sous terre. Si la plupart parviennent à remonter rapidement, trois d’entre eux restent piégés dans les galeries inondées. Quatorze jours plus tard, Francisco Zapata Najera est remonté vivant à la surface. Voici comment un phénomène naturel aussi simple qu’une poche d’air a séparé cet homme de la mort.

Le jour où la montagne s’est refermée

Ce mardi 25 mars, les équipes de la mine Santa Fe procèdent à des travaux d’excavation de routine. Rien ne laisse présager un drame. Puis les galeries cèdent. L’effondrement est massif, bloquant plusieurs voies d’accès et provoquant une montée rapide des eaux souterraines dans les tunnels.

Sur les vingt-cinq mineurs présents, vingt et un réussissent à s’extraire dans les heures qui suivent. Quatre hommes restent coincés en profondeur, dans des zones désormais submergées ou obstruées par des tonnes de roche. Le Mexique entier retient son souffle : les opérations de sauvetage démarrent immédiatement, mais la configuration des lieux rend chaque mètre gagné extrêmement dangereux.

Les secouristes font face à un obstacle de taille. L’eau envahit les galeries et empêche physiquement toute progression vers les zones où les hommes sont susceptibles de s’être réfugiés. Des catastrophes naturelles de ce type sont particulièrement redoutées dans les mines artisanales de la région, où les normes de sécurité restent souvent précaires. Mais ce qui se joue sous terre dépasse tout ce que les équipes de secours imaginaient.

Plus de 312 heures dans le noir total

Francisco Zapata Najera, originaire de l’État voisin de Durango, se retrouve isolé dans un recoin de la mine. Pas de lampe frontale fonctionnelle au-delà des premières heures. Pas de nourriture. Pas d’eau potable. Autour de lui, l’eau monte puis se stabilise, bloquant toute tentative de rejoindre une sortie.

Entrée effondrée de la mine à El Rosario au Mexique

Pendant ce temps, à la surface, les secours déploient des pompes submersibles à haute puissance, comme l’a rapporté le quotidien argentin El Litoral. L’objectif : abaisser le niveau de l’eau centimètre par centimètre pour accéder aux galeries profondes. Chaque jour qui passe réduit les chances de retrouver les mineurs en vie. Le corps humain peut survivre environ trois semaines sans nourriture, mais rarement plus de trois à cinq jours sans eau. Au-delà du dixième jour, les médecins considèrent la survie comme quasi impossible sans le moindre apport hydrique.

Alors comment un homme peut-il tenir 14 jours complets — plus de 312 heures — dans ces conditions ? La réponse tient à un phénomène que même les sauveteurs n’osaient pas espérer.

Ce phénomène géologique qui a tout changé

Lors de l’effondrement, la configuration des roches a créé une bulle d’air naturelle dans la zone où Francisco Zapata Najera s’était réfugié. Cette poche, suffisamment grande pour lui fournir de l’oxygène respirable, l’a protégé de l’asphyxie. Sans cette formation accidentelle, l’issue aurait été fatale en quelques heures seulement.

Ce type de bulle se forme lorsque des blocs rocheux s’imbriquent de manière à piéger un volume d’air au-dessus du niveau d’eau. C’est un phénomène connu des spéléologues, mais extrêmement rare dans un contexte minier où les galeries sont souvent trop étroites pour qu’une telle réserve se constitue. Le mineur a vraisemblablement eu accès à de l’eau suintant des parois — pas potable au sens strict, mais suffisante pour maintenir un minimum d’hydratation.

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Quand on pense aux limites de la survie humaine dans des situations extrêmes, le cas de Francisco Zapata Najera repousse toutes les estimations. Mais avant qu’il ne soit atteint, un autre mineur avait déjà donné un premier motif d’espoir.

Un premier miracle avait précédé le sien

Quelques jours après l’effondrement, les équipes de secours étaient parvenues à extraire un premier mineur, retrouvé vivant après plus de 100 heures passées sous terre. Cette première extraction avait galvanisé le pays et relancé l’espoir de retrouver les autres survivants. Les autorités de Sinaloa avaient alors intensifié les moyens déployés, avec l’envoi de pompes supplémentaires et de spécialistes venus de plusieurs États mexicains.

Ce premier rescapé avait lui aussi bénéficié d’une zone partiellement épargnée par l’inondation. Son témoignage avait permis aux secouristes de mieux comprendre la topographie des galeries effondrées et d’orienter les recherches vers les secteurs les plus susceptibles d’abriter des poches d’air. C’est en partie grâce à ces informations que les équipes ont pu localiser Francisco Zapata Najera.

Pourtant, au moment où le deuxième mineur est retrouvé, un troisième homme reste introuvable. Et le temps joue contre lui.

Galerie de mine inondée avec poche d'air au plafond

Le mercredi où le Mexique a respiré

Le 8 avril 2025, soit exactement 14 jours après l’effondrement, les secouristes atteignent enfin la zone où Francisco Zapata Najera est piégé. Quand ils le découvrent, l’homme est affaibli mais conscient. « C’est un miracle », lâchent les équipes de secours en le ramenant à la surface, selon les médias mexicains.

Les images de sa sortie, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent un homme amaigri mais debout, accueilli par les cris de joie de ses proches et des secouristes. Il est immédiatement pris en charge par les équipes médicales sur place. Les premiers examens révèlent une déshydratation sévère et une perte de poids importante, mais aucune blessure grave ni séquelle neurologique apparente.

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Francisco Zapata Najera rejoint ainsi la liste très courte des personnes ayant survécu plus de dix jours dans un environnement souterrain hostile sans approvisionnement. En 2010, les 33 mineurs chiliens d’Atacama avaient survécu 69 jours sous terre, mais ils disposaient d’un abri structuré, de provisions minimales et d’un contact établi avec la surface dès le 17ᵉ jour. Ici, rien de tout cela. L’isolement était total.

Un dernier mineur reste sous terre

Au moment de l’extraction de Francisco Zapata Najera, les opérations de sauvetage ne sont pas terminées. Un troisième mineur reste porté disparu dans les galeries de la mine Santa Fe. Les équipes continuent de pomper l’eau et de progresser mètre par mètre dans les tunnels effondrés, à la recherche de cet homme dont le sort reste inconnu.

Chaque jour supplémentaire réduit statistiquement les chances de le retrouver en vie. Mais l’exemple de Francisco Zapata Najera — que personne n’osait espérer vivant après une semaine — interdit désormais tout pronostic définitif. Les autorités de Sinaloa ont confirmé que les recherches se poursuivaient sans relâche, avec des équipes qui se relaient 24 heures sur 24.

L’effondrement de la mine d’El Rosario relance aussi le débat sur la sécurité des exploitations minières au Mexique, pays où le secteur emploie des centaines de milliers de personnes dans des conditions parfois extrêmement dangereuses. Entre 2006 et 2024, plus de 200 mineurs mexicains ont perdu la vie dans des effondrements, des inondations souterraines ou des explosions de gaz. La mine Santa Fe, de type artisanal, ne disposait selon les premiers éléments d’enquête que de dispositifs de sécurité rudimentaires.

Ce que 14 jours sans eau font au corps humain

Survivre 14 jours en étant quasiment privé d’eau défie les manuels de médecine. En temps normal, au-delà de 72 heures sans hydratation, les reins commencent à défaillir. Le sang s’épaissit, la pression artérielle chute, et le risque d’arrêt cardiaque augmente de façon exponentielle.

Les spécialistes avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette survie hors norme. La température dans les galeries profondes — généralement comprise entre 15 et 20 °C au Mexique — a pu limiter les pertes hydriques par transpiration. L’humidité ambiante extrêmement élevée dans une mine inondée a sans doute permis au corps d’absorber une infime quantité d’eau par voie respiratoire. L’immobilité quasi totale a également réduit les besoins métaboliques au strict minimum.

Francisco Zapata Najera est aujourd’hui en observation médicale. Les médecins surveillent particulièrement ses fonctions rénales et hépatiques, les plus susceptibles d’avoir été endommagées par la privation prolongée. Mais le simple fait qu’il ait été capable de marcher seul à sa sortie de la mine reste, selon les termes du personnel soignant, « inexplicable par la seule physiologie ».

Équipes de secours mexicaines pompant l'eau près de la mine

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