Ce col reliant deux régions de Géorgie fait 12 morts par an, sans aucune barrière de sécurité

Il existe des routes qu’on emprunte sans y penser, et des routes qui se méritent. Celle-ci appartient clairement à la seconde catégorie. Perchée dans les montagnes du Caucase, en Géorgie, elle porte un surnom qui ne laisse aucune place au doute : la route de la mort. Et ce n’est pas une légende de voyageurs en mal de sensations fortes.
Le seul passage vers une région coupée du monde
Bienvenue sur le col d’Abano, dans les montagnes du Caucase géorgien. C’est l’unique itinéraire routier qui relie les plaines de la région de Kakhétie à Toucheti, un territoire montagnard resté profondément isolé. Sans cette piste, pas d’accès possible : ni pour les habitants, ni pour les rares visiteurs qui osent s’y aventurer.
La distance paraît anodine sur le papier, à peine 70 kilomètres. Sauf qu’ici, les kilomètres ne se comptent pas comme ailleurs. Un conducteur expérimenté met généralement entre quatre et six heures pour parcourir ce tracé, tant les virages sont serrés et les montées vertigineuses. On est loin des standards des grandes traversées françaises tranquilles au bord de l’eau.
La route n’est d’ailleurs praticable qu’une partie de l’année, généralement de mai à octobre, selon les conditions météo du moment. Le reste du temps, la montagne reprend ses droits et ferme purement et simplement l’accès. Un peu comme certains phénomènes météo extrêmes qui redessinent le paysage ailleurs en Europe, mais ici c’est chaque année, sans exception.
Cascades, éboulements et véhicules qui basculent dans le vide
Le danger ne tient pas qu’à la pente. Le site spécialisé dangerousroads.org recense entre 10 et 12 morts chaque année sur ce seul tronçon. Un chiffre glaçant pour une route aussi courte, mais qui s’explique par l’accumulation de pièges.
D’abord, la surface. Escarpée, imprévisible, elle n’est accessible qu’aux véhicules 4×4, tant les virages sont abrupts et les montées raides. Les pluies fréquentes et la fonte des neiges provoquent régulièrement des chutes de pierres, voire des glissements de terrain capables d’effacer purement et simplement la chaussée.
Ensuite, il y a l’eau. Plusieurs cascades traversent directement la route, la rendant humide et glissante en permanence. Pire : ces nappes d’eau dissimulent parfois des nids-de-poule profonds, invisibles jusqu’au dernier moment.
Quand le débit est plus fort qu’à l’accoutumée, le courant peut carrément déporter un véhicule sur le côté, direction la falaise, avec très peu de préavis. Le décor rappelle presque ces infrastructures suisses pensées pour dompter l’eau, sauf qu’ici, personne n’a rien dompté du tout.

La technique méconnue pour croiser une autre voiture sans mourir
Le pire scénario sur ce genre de tracé isolé ? Croiser un autre véhicule. La chaussée est si étroite que certains conducteurs sont tentés de se serrer l’un contre l’autre pour se dépasser en douceur. Grave erreur.
Selon le site spécialisé IsleofNomads, le bord de la route peut céder à tout moment sous ce genre de manœuvre, précipitant la voiture extérieure droit dans le ravin. Il n’existe aucune barrière de sécurité pour retenir quoi que ce soit : juste 70 pieds de vide, soit un peu plus de 20 mètres de chute libre.
La bonne méthode, beaucoup plus lente mais infiniment plus sûre : reculer prudemment jusqu’à trouver un renfoncement, y glisser son véhicule, puis laisser passer l’autre voiture. Une manœuvre qui demande du sang-froid, mais qui a déjà sauvé bien des vies sur ce col.
Et malgré tout ça, malgré les 70 mètres de vide, les cascades traîtresses et l’absence totale de garde-fou, le col d’Abano attire chaque été son lot de voyageurs venus admirer des panoramas que peu d’endroits au monde peuvent offrir.
Vertigineux, imprévisible, presque irréel : ce bout de route géorgien résume à lui seul ce que la montagne peut avoir de plus beau et de plus impitoyable à la fois. Si un jour vous croisez cette route sur votre itinéraire, une seule question mérite d’être posée avant de démarrer le moteur : votre chauffeur regarde-t-il vraiment la piste, ou déjà le paysage ?