Il vend son appli 46 millions d’euros, part 5 mois en voyage avec ses enfants : 11 ans plus tard, 100 pays et deux îles privées

Vendre son application pour 54 millions de dollars, puis vider sa maison et partir avec ses enfants : le scénario ressemble à un rêve d’adolescent. Garrett Gee, Américain de l’Utah, l’a vécu en 2015, avec un plan de cinq ou six mois. Onze ans plus tard, la famille n’est toujours pas rentrée, et le butin de la vente n’est pas la vraie surprise de l’histoire.
Une appli cédée à Snapchat, puis une maison vidée en 2015
Tout commence fin 2014. Étudiant à l’université Brigham Young, Garrett Gee cède à Snapchat Scan, l’application de lecture de codes qu’il a cofondée. La transaction est estimée à 54 millions de dollars, soit environ 46 millions d’euros.
Un an plus tard, en 2015, il part avec sa femme Jessica, surnommée « Settie », et leurs deux jeunes enfants, Dorothy et Manilla. Ils vendent tous leurs biens et quittent leur maison de l’Utah. La vente des affaires leur rapporte 45 000 dollars, environ 38 500 euros.
Le plan est modeste : voyager cinq ou six mois, puis voir. Rien dans cette décision ne ressemble à un tour du monde à vie.
Et le détail le plus troublant, c’est ce que la famille a fait de l’argent de la vente. Pour comprendre le dénouement, il faut regarder ces voyageurs qui vendent tout pour partir, car ils ne sont pas les seuls à avoir sauté le pas, mais peu l’ont fait avec une telle suite.
Les 45 pays de 2017, et l’argent qu’ils n’ont jamais touché
Deux ans après le départ, en septembre 2017, la famille compte déjà 45 pays et 150 vols, d’après CNBC. Le voyage n’a donc rien d’un séjour de quelques mois.
Au début, c’est la vente de leurs affaires qui finance la route. Mais Garrett et Jessica filment et photographient tout pour YouTube et Instagram. Peu à peu, ces publications se mettent à rapporter de l’argent.
Les marques suivent. Disney, GoPro, Airbnb, des hôtels et des marques de vêtements signent des partenariats. Pour Disney, la famille dort chaque jour dans un hôtel différent du groupe pendant un mois.
Les tarifs de 2017 donnent le vertige : une vidéo YouTube sponsorisée rapporte entre 10 000 et 20 000 dollars, une publication Instagram entre 5 000 et 8 000 dollars. Pour comparer avec d’autres routes, cette puce virtuelle qui remplace les cartes SIM règle un problème que Garrett cite lui-même comme son principal obstacle.
Selon CNBC, la famille n’avait pas dépensé un seul dollar de l’argent de la vente de Scan. Le voyage s’est payé tout seul, grâce aux contenus.
Réveil à 7 heures, école à la maison et Wi-Fi capricieux
Garrett Gee le répète : ce ne sont pas des vacances sans fin. Le travail est partagé. Jessica s’occupe de la planification et de l’itinéraire, tandis que Garrett gère vidéos, montage et photos.
Les journées suivent un rythme fixe : réveil vers 7 heures, quel que soit le fuseau horaire, école à la maison en fin de matinée, exploration l’après-midi, travail en soirée.
Le principal obstacle, selon lui, est un Wi-Fi capricieux. Son bureau change à chaque pays : parfois un bateau, parfois une plage, parfois un café insolite en pleine ville.
Interrogé par CNBC en 2017, il disait ne pas avoir l’impression de travailler, tant il aime ce qu’il fait.
Le voyage a aussi un volet solidaire : les Gee ont levé plus de 50 000 dollars pour construire une école au Népal, qui aide à lutter contre la traite de jeunes filles. Mais l’empire qu’ils ont bâti depuis dépasse de loin ce que ce plan de cinq mois laissait imaginer.

100 pays, trois enfants et deux îles privées
Le palmarès, détaillé par HONOLULU Magazine dans un portrait d’août 2026, est impressionnant : la famille, connue sous le nom de « The Bucket List Family », a visité 100 pays. Le dernier, les Philippines, est symbolique : Garrett est à moitié philippin, et le prénom de Manilla s’en inspire.
Depuis 2018, Hawaï est leur base. Ils sont aujourd’hui cinq : Dorothy, 13 ans, Manilla, 11 ans, et Calihan, 8 ans. Leur audience a grandi avec eux : 1,5 million d’abonnés sur YouTube, 3,1 millions sur Instagram, un demi-million sur TikTok.
Ils ont nagé avec des orques au Mexique, plongé dans l’eau glacée de l’Antarctique et croisé un grand requin blanc, dans une vidéo qui a dépassé les 26 millions de vues. Jessica ajoute que la famille a aussi eu droit à des points de suture dans trois pays.
Et voici le payoff : toujours selon HONOLULU Magazine, les Gee ont acheté l’an dernier deux îles privées, en Colombie-Britannique et à Tonga, où ils accueillent des familles pour des expériences autour de la faune. Un séjour de cinq mois s’est transformé en entreprise familiale.
Livre Disney, série animée : la suite du voyage
Autour de leurs aventures, le couple a bâti tout un univers : une application, un guide de voyage pour les familles publié par National Geographic, une boutique de vêtements et d’équipement de plein air. À cela s’ajoute un livre pour enfants paru chez Disney Hyperion en octobre 2025, qui raconte la décision de partir.
Une série animée est aussi en préparation avec Big Shot Pictures. La famille y deviendra des personnages de dessin animé, dans l’idée d’inciter d’autres familles à rêver et à vivre leurs propres aventures.
Ce genre de vie hors norme attire toujours la curiosité, comme cette Mercedes qui vise le million de kilomètres, autre histoire de route sans fin. Ici, la durée donne tout son relief au pari.
Reste une question que la source ne tranche pas : jusqu’où ira cette aventure ? Pour l’instant, les Gee n’ont annoncé aucun retour. Et d’autres voyageurs repoussent aussi les limites, comme ce hostel du Costa Rica qui loge gratuitement contre 24 heures de travail par semaine.
Cinq mois de plan, onze ans de route : la famille Gee a prouvé qu’un voyage peut devenir un métier. Et si l’on se demande comment les voyageurs se retrouvent parfois coincés, ces 1 700 passagers bloqués deux jours sur un bateau resté à quai racontent l’envers du rêve. Quant aux petites règles cachées derrière nos trajets, les numéros de train pairs ou impairs dissimulent une logique vieille de 1842.