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Aux États-Unis, ces millionnaires snobent jet privé et yacht pour un wagon de train à 900 000 dollars

Publié par Ambre Détoit le 28 Sep 2026 à 11:33
Wagon de train privé vintage attelé à un convoi

Aux États-Unis, la fortune s’affiche traditionnellement en jet privé ou en yacht amarré à Miami. Mais une poignée de millionnaires ont choisi un tout autre symbole de réussite, plus discret et bien plus ancien. Leur secret : un wagon de train à eux, accroché aux convois de la compagnie nationale Amtrak. Combien coûte vraiment ce caprice de riche, et pourquoi ce cercle très fermé est-il en train de se réduire comme peau de chagrin ?

Un club très fermé qui roule à contre-courant du luxe moderne

Pendant que la jet-set s’affiche sur les tarmacs privés, un autre genre de fortune préfère le rythme des rails. Amtrak, la compagnie ferroviaire nationale américaine, a mis en place un programme officiel permettant aux propriétaires de voitures privées de les atteler à ses trains réguliers, moyennant une somme conséquente. Le site de la compagnie vante ce dispositif comme « une façon extraordinaire de découvrir l’Amérique du Nord ».

Le concept paraît anachronique dans un pays où le train a perdu depuis longtemps son prestige d’antan, éclipsé par l’avion et la route. Pourtant, ces wagons anciens, restaurés à prix d’or, continuent de circuler entre les grandes villes américaines, accrochés discrètement en queue de convoi. Un peu comme le TGV a transformé le voyage ferroviaire en France, ces voitures privées perpétuent une époque où le train incarnait le grand luxe.

Mais qui sont ces passionnés capables de dépenser des fortunes pour un simple wagon ? Et surtout, à quel prix ce rêve ferroviaire se paie-t-il vraiment au quotidien ?

Des sommes vertigineuses pour un rêve d’un autre siècle

Patrick Henry, entrepreneur américain de 74 ans, possède trois wagons privés. Il a acheté ses deux premières voitures en 2004 pour 900 000 dollars, soit environ 789 000 euros, et les a baptisées du nom de ses parents, Warren R. et Evelyn Henry, selon le récit détaillé du New York Times. Plus récemment, il s’est offert une pièce de collection datant de 1954.

L’entretien de ces trois voitures lui coûte à lui seul 100 000 dollars par an, soit près de 88 000 euros. Patrick Henry utilise ses wagons pour ses déplacements personnels, mais les loue aussi à des amateurs de voyages de luxe : comptez 16 000 dollars par jour pour une voiture panoramique et une voiture-lit, repas, boissons et frais Amtrak inclus. Un tarif digne d’une croisière fluviale, mais sur des rails.

D’autres ont vu encore plus grand. John Paul Dejoria, milliardaire de la tequila, possède un bijou roulant datant de 1927, baptisé le Patron Tequila Express, doté de deux chambres, d’une salle à manger et d’une cuisine équipée. Sa restauration lui a coûté 2 millions d’euros. « C’est un jouet très onéreux mais ça vaut le coup, vous voyez défiler toute l’Amérique », a-t-il confié à la RTBF. Reste à savoir ce que ressentent réellement ceux qui montent, ne serait-ce qu’une nuit, à bord de ces wagons hors du temps.

Intérieur luxueux d'un wagon-restaurant ferroviaire ancien

« C’est comme être bercé pour s’endormir » : l’expérience qui justifie le prix

Le slow travel séduit un public grandissant, et les locataires de ces wagons privés en sont la version la plus radicale. Leonard Cherry, entrepreneur à la retraite, a loué trois fois l’une des voitures de Patrick Henry. « C’est comme être bercé pour s’endormir le soir », résume-t-il au New York Times.

Il détaille ce qui fait, selon lui, tout le prix de l’expérience : « Ce que nous préférons, c’est nous asseoir dans le wagon panoramique, jouer aux cartes, avoir des conversations intéressantes, bien dîner et écouter de la bonne musique tout en admirant le paysage. » Une autre voyageuse, Terry Tomsick, avocate, a déboursé 5 500 dollars pour un séjour de huit jours. Elle évoque des arrêts dans de petits villages inaccessibles autrement que par le rail, où l’on passe la nuit en profitant pleinement de la soirée.

Voilà donc le vrai luxe que s’offrent ces millionnaires : non pas la vitesse d’un jet, mais un temps suspendu, ralenti volontairement, au prix fort. Sauf que ce petit monde très codifié est en train de se refermer, et les raisons sont beaucoup plus terre à terre que le romantisme du rail.

Pourquoi ce club de passionnés fond à vue d’œil

En 2016, on comptait 125 propriétaires de wagons privés attelés au réseau Amtrak. Ils ne sont plus que 38 aujourd’hui, selon les chiffres cités par le New York Times. La faute à l’explosion des coûts d’entretien des lignes ferroviaires, qui a poussé Amtrak à revoir ses tarifs à la hausse.

Borden McGahee, propriétaire d’un wagon depuis 2006, a dû se résoudre en 2019 à cesser de l’utiliser : le seul stationnement lui coûtait 2 000 dollars par mois. Sa voiture est aujourd’hui louée à une entreprise touristique en Géorgie. « Je regrette que nous ne puissions plus le faire, nous avions ce wagon pour préserver l’histoire », confie-t-il, un brin nostalgique.

L’attelage lui-même relève du casse-tête logistique. Selon Marc Magliari, porte-parole d’Amtrak, l’opération peut prendre jusqu’à une heure et nécessite de couper le chauffage, la climatisation, les toilettes, l’éclairage, le service de restauration et les prises électriques dans le reste du train pendant la majeure partie de la manœuvre. Le 1er juin, Amtrak a retiré six villes de la liste des destinations où l’attelage de wagons privés reste autorisé, resserrant encore un peu plus ce cercle déjà minuscule.

Reste à savoir combien de ces passionnés tiendront encore quelques années face à la hausse continue des coûts, avant que ce dernier vestige du train de luxe américain ne disparaisse pour de bon.

Entre wagons hors de prix et villes retirées de la carte, l’Amérique referme doucement une page entière de son histoire ferroviaire. Et si ce genre de voyage suspendu dans le temps vous fascine, ce train de verre à 11 000 euros la nuit qui traverse l’Europe pourrait bien vous faire rêver encore davantage. Et avant de vous demander comment ces millionnaires financent un tel caprice, peut-être faudrait-il d’abord se pencher sur cette carte qui fait déjà baisser le prix du train pour des millions de Français.

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