« Ici, il n’y a plus de classes sociales » : ces deux amis d’enfance ont installé un sauna sur remorque face à la mer
Un sauna face à la mer, ça se mérite d’habitude : chalet en bois, vue payante, réservation obligatoire. Sur la Côte de Nacre, deux copains d’enfance ont eu une idée qui change complètement la donne. Leur sauna, lui, se déplace. Et il vient jusqu’à vous, entre deux plages du Calvados.

Un sauna qui roule de plage en plage près de Caen
Depuis le 11 juin 2026, Matteo et Enzo sillonnent la Côte de Nacre avec un concept qu’on n’avait jamais vu en Normandie : un sauna monté sur remorque, baptisé Oter, qui veut dire « loutre » en norvégien. L’animal n’a pas été choisi au hasard : social, joueur, toujours dans l’eau, il incarne exactement l’esprit du projet.
Chaque jour, la remorque change d’endroit. Le mardi et le mercredi, elle s’installe entre Langrune-sur-Mer et Luc-sur-Mer, face à la Manche. Le week-end, elle descend sur la digue basse de Langrune, avant de rejoindre Bernières-sur-Mer en fin de semaine.
Ce nomadisme n’a rien d’un gadget. « Changer d’emplacement, ça nous permet aussi d’offrir aux clients des paysages différents », explique Matteo. Un principe qui tranche avec l’image figée du sauna, souvent associé aux clinique ou aux thalassos plutôt qu’à la nature. Ici, on peut se baigner avant, pendant ou après la séance, en plein air, avec la mer en ligne de mire.
De l’échange étudiant en Norvège au road trip fondateur
L’histoire commence loin des plages normandes, en 2021, quand Matteo part étudier un an à Oslo dans le cadre de sa fac d’économie. C’est presque par accident qu’il découvre la pratique. « Un de mes colocataires m’a proposé d’aller plonger dans le fjord pour y remonter tout ce qui y était tombé, raconte-t-il. En échange, on a eu le droit à une session sauna. »
Le déclic est immédiat. En Norvège, les saunas sont posés à même le fjord : on peut sauter à l’eau à tout moment de la séance. Ce contraste entre chaleur intense et eau glacée devient un rituel pour l’étudiant, bien avant de devenir un projet professionnel.
L’idée business, elle, naît quatre ans plus tard. En 2025, Matteo part avec Enzo, son ami d’enfance, pour un road trip d’un an entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
« En Nouvelle-Zélande, on a vu des saunas sur remorque et on s’est dit : c’est ce qu’il nous faut », se souvient-il.
Le reste du voyage se transforme en séance de brainstorming permanente, un peu comme ces projets qui germent loin de chez soi avant de trouver leur terre d’accueil, et parfois de surprendre par leur destination finale, à l’image de certaines initiatives inattendues venues d’ailleurs.

Vingt euros l’heure et zéro barrière sociale
Originaires du sud de la France, Matteo et Enzo auraient pu s’installer n’importe où. Le choix du Calvados tient à un souvenir d’enfance. « Petits, on passait toutes nos vacances chez nos grands-parents qui habitaient dans le coin, sourit Matteo. Alors le Calvados s’est imposé comme une évidence. »
Leur sauna accueille jusqu’à huit personnes en simultané, dans des sessions collectives pensées comme un Tiers-Lieu, ce concept d’espace ni domestique ni professionnel qui favorise les rencontres. « Il n’y a plus de concept de classes sociales, assure Matteo. Tout le monde est à égalité et discute.
» Le tarif suit la même logique d’accessibilité : 20 euros l’heure, un montant qui devient dégressif via différentes formules d’abonnement, loin des prix parfois pratiqués sur d’autres solutions bien-être équivalentes.
La canicule récente a compliqué les débuts. « Ça nous a fait un peu mal, reconnaît Matteo. C’est compréhensible que les gens ne viennent pas faire un sauna avec cette chaleur. » Pour compenser, la remorque reste ouverte jusqu’à 22 heures, histoire de capter la clientèle du soir quand les températures redeviennent supportables, un peu comme ces astuces pour gagner quelques degrés en pleine chaleur.
Pour l’instant, la fidélisation fait le gros du chiffre d’affaires, et les deux fondateurs rêvent déjà d’étendre leur concept à d’autres façades du littoral normand. Une loutre sur remorque qui refait le tour du bien-être français, ça n’était vraiment jamais arrivé. La prochaine plage à accueillir Oter pourrait bien être la vôtre.